La salle Louis Jouvet du Conservatoire est à vendre !

Le Conservatoire national supérieur d’art dramatique va déménager pour rejoindre la future Cité du théâtre porte de Clichy, un beau projet. Que vont devenir ses locaux ? Le théâtre, classé monument historique, est incessible. Mais le reste, dont le fleuron qu’est la salle Louis Jouvet, est à vendre ! N’y a-t-il pas mieux à faire ?

Superbe affaire : à vendre, centre de Paris, proximité des grand boulevards, à deux pas du théâtre historique du Conservatoire national supérieur d’art dramatique, un joyau dont les boiseries proviennent de l’ancienne bibliothèque de l’établissement, tenant lieu de salle de répétitions et de représentations et qui a reçu le nom prestigieux de Louis Jouvet qui fut un grand professeur du Conservatoire. Une rareté. Prix à débattre. Possibilité d’aménagement en bureaux, show room, open space, etc. S’adresser à l’agence immobilière rue de Valois sise au sein du ministère de la Culture.

Ce n’est pas une blague, c’est un fait.

Dans quelques années, le « cons’ », comme l’appellent ses anciens élèves, rejoindra la Cité du théâtre porte de Clichy, un bel ensemble partagé avec la Comédie-Française et l’Odéon-Théâtre de l’Europe, les trois établissements réunissant leurs bibliothèques en une et chacun recevant un espace appréciable. Un projet réfléchi, cohérent et opportun.

Dès lors se pose la question : que faire de l’ensemble des locaux du Conservatoire ? Le théâtre historique (construit en 1811), une merveille réputée aussi pour son acoustique, est classé monument historique, il n’est donc pas cessible. L’idée est de le laisser au Conservatoire, ce qui n’est peut-être pas la meilleure idée, du moins pas la plus pratique. Mais le reste n’est pas classé ! Le hall, l’emplacement de la bibliothèque, les bureaux et surtout, au premier étage, cette merveille qu’est la salle Louis Jouvet (non parce qu’elle est chargée d’histoires et de souvenirs, mais tout simplement parce que c’est une salle merveilleuse). Que faire de cet ensemble ?

Les nombreux anciens élèves s'en inquiètent et ne voudraient pas que cet ensemble  quitte le giron du théâtre. Ils ont écrit une lettre ouverte  à la ministre de la culture et  proposent une pétition  ouvertes à tous (lire ici). L'émoi est grand.

Le ministère de la Culture qui ne semble pas voir plus loin que le bout de son nez (on l’a vu avec l’affaire Tarmac/Théâtre ouvert) et manque singulièrement d’imagination, s’est dit : vendons, cela réduira d’autant les recherches de financement de la Cité du théâtre. Une logique strictement comptable. 

N’y a-t-il rien d’autre à faire que de brader au plus offrant cet ensemble dont la salle Louis Jouvet est le fleuron ?

N’y aurait-il pas là une opportunité historique de réaliser cette Maison du théâtre ou Maison des jeunes compagnies, vieux rêve devenu chimère ? Non une entité admistrativo-technico-servicielle (on a déjà Artcena pour ça) ou post-écoles (on a le Jeune théâtre national pour ça) mais un lieu de travail, de répétitions, de stages pratiques, de présentations et de représentations pour les jeunes compagnies d’Ile-de-France (un tiers des compagnies du pays) et de toute la France. Paris manque cruellement de lieux de répétitions et de création pour les jeunes compagnies. Un ensemble regroupant le théâtre historique, la salle Jouvet et le reste pourrait y pourvoir. Quelque chose qui serait à Paris ce que le Centre Meyerhold est à Moscou, par exemple. Et comme on raffole en haut lieu des mots comme émergence et diversité, on pourrait appeler cela la Maison des émergences et de la diversité ? Ou mieux encore : la Maison Louis Jouvet.

Pour l’heure, ce n’est pas à l’ordre du jour ; cela n’a semble-t-il même pas été envisagé par la rue de Valois. Non, c’est à vendre.

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