Lutte finale pour le Théâtre de la Cité internationale

« Finir en beauté » est le titre du spectacle écrit et mis en scène par Mohamed El Khatib qui ouvrira la saison trouée du Théâtre de la Cité internationale (TCI). C’est un beau spectacle créé au festival Actoral. Espérons que son titre ne soit pas prémonitoire. Car le beau TCI est en danger.

 © Mario Pignata Monti © Mario Pignata Monti

Finir en beauté est le titre du spectacle écrit et mis en scène par Mohamed El Khatib qui ouvrira la saison trouée du Théâtre de la Cité Internationale. C’est un beau spectacle (lire ici) créé au festival Actoral. Espérons que son titre ne soit pas prémonitoire. Car le beau TCI est en danger.

Cette phrase tant de fois serinée (il suffit de changer le nom de l’établissement) est devenue la rengaine en forme de blues de nombre d’établissements qui traversent une période difficile (réductions budgétaires à tous les étages, bisbilles avec les nouveaux élus, etc.). Certains d’ailleurs ont vu ce danger se transformer en mort clinique (fermeture, licenciements secs).

Un théâtre d’exceptions

Si la situation du TCI semble moins criante au premier abord, c’est qu’elle est beaucoup plus diffuse, insidieuse. L’établissement n’est pas fermé, mais il est sans direction depuis plus d’un an et vit au ralenti, dans l’attente. Son équipe, toujours en place, reste fortement mobilisée et justement attachée au lieu. Mais, sans pouvoir, elle est impuissante à débloquer la situation. Elle ne peut que maintenir le flambeau, ce qu’elle fait avec abnégation.

Car le TCI n’est pas un théâtre ordinaire. Il ne relève pas d’une ville ou d’une région mais d’une fondation et son financement est mixte pour résumer à grands traits. D’un côté, la fondation qui gère l’ensemble de la Cité internationale du boulevard Jourdan à Paris a décidé de baisser considérablement le budget de fonctionnement du théâtre (fort de trois salles) et de s’intéresser, peu ou prou, à la programmation. De l’autre, l’Etat (co-financeur) via le ministère de la Culture et le Secrétariat à l’enseignement supérieur. Interpellés sur ce dossier lors de points presse au dernier Festival d’Avignon, Manuel Valls et Fleur Pellerin ont fait de grandes phrases vertueuses et moutonneuses emportées par le vent de l’été.

Les services du ministère de la Culture ne semblent pas pressés de retrousser leurs manches pour dénouer ce dossier. Pour preuve, aucun appel à candidature n’a encore été fait alors que cela aurait dû être le cas avant même le départ de son ancienne directrice (nommée à la tête de l’ONDA). Peut-être serait-il temps de réunir tout le monde autour d’une table. Va-t-on laisser pourrir cette situation ? Va-t-on laisser en jachère un établissement légendaire récemment rénové ?

On n’ose l’imaginer. Pour au moins trois raisons.

Les trois piliers du TCI

La première est historique. Le Théâtre de la Cité internationale, fort de ses trois salles, est plein de prestigieux fantômes qui verraient d’un mauvais œil cet établissement partir à vau-l’eau. Pour ne citer qu’un carré d'artistes, aussi différents que radicaux, Jérôme Savary (au temps de son Grand Magic Circus), Roger Blin, Victor Garcia et Jean-Marie Patte ont marqué de leur forte empreinte la mémoire de ce lieu. On se souvient aussi que c’est ici qu’a été créé Violences, le premier spectacle public de Didier-Georges Gabily, et c’est aussi au TCI que Thomas Ostermeier est venu à Paris pour la première fois. On pourrait citer beaucoup d’autres noms d’artistes qui s’y sont fait connaître ou nous ont fait don de beaux souvenirs.

La seconde raison relève de ce qu’est l’identité du TCI. Loin d’être un théâtre comme il en est tant d’autres, depuis longtemps le TCI est un lieu de la pluralité des arts et de leurs croisements, un havre pour des démarches artistiques aussi hybrides qu’inclassables, pour des écritures scéniques nouvelles ou atypiques, un pouls inventif. Elles sont peu nombreuses, les scènes de ce type, elles sont même très rares. Ce ne sont pas le compositeur Pierre Henry (peu habitué à signer des pétitions et lettres ouvertes), les metteurs en scène David Bobée, Aurélien Bory, Jeanne Candel, Phia Ménard, Camille Boitel (artiste de cirque) ou Fanny de Chaillé (chorégraphe) qui me contrediront. Avec d’autres, ces lanceurs d’alerte sont les premiers signataires d’une lettre ouverte (publiée sur lemonde.fr) où ils manifestent leur inquiétude devant l’étouffement lent de ce théâtre qui a contribué à les faire connaître en accueillant leur travail.

La troisième raison tient au lieu. Les trois salles sont situées dans le bâtiment central de l’ensemble de Cité universitaire là où convergent tous les étudiants habitant dans les résidences des différents pays, à deux pas du restau U et de la magnifique bibliothèque, au cœur névralgique de l’ensemble. Le théâtre est, de plus, pourvu d’un café très agréable avec une terrasse donnant sur les immenses pelouses du domaine. C’est un lieu de croisements sans pareil. « Contribuer à l’entente entre les  peuples en favorisant les amitiés entre les étudiants, chercheurs, artistes du monde entier », telle est la vocation première de la Cité internationale, comme il est dit dans sa charte citée dans la lettre ouverte.

Ne laissons pas finir le Théâtre de la Cité internationale. Même en beauté.

Le samedi 19 septembre, dès 15h, visite commentée des lieux par l’équipe puis de 17h à 19h rencontre sous le titre « A ce train-là, où allons-nous ? » et le sous-titre « Tentatives desquisse du paysage culturel en 2030. Entre scénarios catastrophe et visions idéales, quelle sera la place de la culture dans notre société ? ». Avec force invités. Entrée libre sur réservation.

Finir en beauté de et par Mohamed El Khatib, Théâtre de la Cité internationale, du 28 sept au 23 oct, les lun, mar, ven, sam 19h30, jeu 21h, (sf du 3 au 7 et du 14 au 18 oct).

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