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Le cirque Romanès ne semble pas être le bienvenu dans le XVIe arrondissement de Paris. Portes de caravanes fracturées, fenêtres explosées, canalisations d’eau percées, branchement Internet incendié et procédure judiciaire menée par des associations du quartier pour obtenir son expulsion. Le crime : être un cirque tzigane fier de l’être.

Le chapiteau voit rouge

Mêlant rigueur du cirque à l’ancienne et inventivité des nouveaux cirques, alliant danses et musiques tziganes, le cirque Romanès ne ressemble qu’à lui-même. Où qu’il aille, il attire un public aussi nombreux que divers, des gens du quartiers aux stars du cinéma Et, entre deux spectacles, Alexandre Romanès écrit des livres, le plus souvent de poésie, que publie Gallimard. Dernier en date : Un peuple de promeneurs.

On les a connus longtemps installés dans un impasse près de la place Clichy, puis du côté de la place Champerret où bien des riverains regrettent leur départ (forcé en raisons de travaux). Depuis le 20 juin, avec la bénédiction et l’accord de la Mairie de Paris, ils sont installés square Parodi, à deux pas de la place Maillot. La Mairie a installé des barrières en bois clair autour de leur campement, les Romanès ont repeint en vert les caravanes attachées à leur chapiteau rouge, on ne peut pas dire que cela obstrue le paysage. Seul un petit panneau indique leur présence. Mais, pour certains, c’en est trop.

Plusieurs fois, des petits groupes s’en sont pris à leur matériel, allant jusqu’à pisser dans une caravane. Alexandre et Dalia Romanès avaient préféré taire ces incidents dans un premier temps, mais ils se sont multipliés.

« On ne s’adresse jamais au diable »

Par ailleurs, quelques associations locales, comme l’Association de valorisation pour le quartier Maillot Dauphine ou la Coordination pour la sauvegarde du bois de Boulogne, ne baissent pas les bras et envoient lettre sur lettre à la mairie via leurs avocats. Elles jugent que  « l’implantation de caravanes » constitue un « préjudice », que la présence d’un chapiteau « contribue à la dégradation du site ». Arguments étranges puisque ce n’est pas la première fois qu’un cirque s’installe dans les parages. Serait-ce parce que le cirque Romanès se revendique tzigane (ce qu’il est depuis sa naissance) ? On voudrait ne pas le croire mais on finit par le penser.

Pour Alexandre Romanès, tout est parti du discours de Sarkozy à Grenoble. Depuis, les vannes sont ouvertes. Appeler la police ? « Ce n’est pas dans notre culture. Dans notre langue, police, le diable, c’est le même mot (del). Et nous, on ne s’adresse jamais au diable. »

Ils continuent. Ils préparent leur prochain spectacle dont la première approche. Drôle d’impression à voir les fenêtres de leurs caravanes obstruées par des panneaux en bois. Délia pleure la disparition de belles robes gitanes. Alexandre, moins disert, préfère citer des proverbes tziganes. Celui-ci par exemple : « Ne te moque pas des riches, cela pourrait t’arriver. »

Ce soir vendredi, Carazon Flamenca, 20h30.

A partir du 17 oct. , le nouveau spectacle La lune tzigane brille plus que le soleil.

Square Parodi, Paris XVIe, le long du bd de l’Amiral Bruix, métro Porte Maillot, réservations : 06 99 19 49 59.

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