Fermeture musclée de Mains d’œuvres

Le maire UDI de Saint-Ouen a fait procéder à l’expulsion de l’équipe de Mains d’œuvres et des artistes qui y sont en résidence, fermant les lieux,sans attendre une prochaine décision de justice. L’édifice appartient à la municipalité, la culture est un bien commun. Mais le savoir-vivre n’est pas donné à tout le monde.

Voici le message communiqué hier par l’équipe de Mains d’œuvres, ce vivier de culture aux portes de Paris :

« Aujourd’hui, ce 8 octobre 2019, William Delannoy, maire de Saint-Ouen, après de nombreuses années de menaces et de contre-vérités à notre encontre, est passé aux actes : ce matin, Mains d’œuvres fait l’objet d’une expulsion et doit quitter son bâtiment historique.

Plus de 20 années au service de la diffusion de la culture pour toutes et pour tous sont balayées d’un revers de main par un élu qui laisse sur le carreau des centaines d’artistes en résidence soutenus par les collectivités locales et l’Etat, 70 salariés dont il se soucie peu du devenir, des milliers d’Audoniennes et d’Audoniens usagers quotidiens de Mains d’œuvres et de ses activités.

Après avoir refusé la médiation juridique initialement proposée, alors qu’un jugement en appel doit intervenir le 3 décembre 2019, la réponse du maire à notre volonté de dialogue est inadmissible.

La violence de cette expulsion ne peut rester sans réponse. Nous appelons à la mobilisation de toutes celles et tous ceux qui se sentent investis dans notre société pour l’accès égal à toutes et tous à la culture. »

Les lieux où les artistes débutants, en devenir et en recherche peuvent trouver un abri pour travailler et présenter leurs travaux sont rares à Paris et en région parisienne. Mans d’œuvres en est un. Et depuis son ouverture, il faisait bon y aller. La liste des artistes (toutes disciplines confondues) qui y ont fait leurs premiers pas est longue. De tels lieux sont précieux. Le maire de Saint-Ouen, UDI, n’en a rien à foutre, il n’y a probablement jamais mis les pieds. Sans doute voyait-il là un repaire de gens louches, mal attifés, de gauche il va sans dire, voire anars, autonomes, ou encore des homos, des féministes, des drogués, des malotrus. Bref : la pègre de la plèbe.

Avant que la justice ne se prononce définitivement début décembre (et probablement lui donne, plus ou moins, raison puisque c’est un édifice municipal), il a préféré ne pas attendre pour envoyer les forces de police expulser tout le monde et fermer les lieux, privant ainsi l’équipe et les artistes de leurs outils de travail confisqués.

Mains d’œuvres, établissement reconnu, est soutenu par le département de Seine-Saint-Denis, par la région Ile-de-France et par la ville de Paris. La CGT du spectacle en congrès à Dives-sur-mer a sans attendre publié un message de soutien : « Cette mesure [l’expulsion] est d’une exceptionnelle gravité. Mains d’œuvres, ce sont 25 salarié-e-s permanent-e-s, 120 salarié-e-s intermittent-e-s, 400 élèves à l’école de musique et 200 artistes en résidence qui voient leur matériel, décors, costumes et instruments mis sous séquestre depuis ce matin [hier]. »

Pour l’heure, le ministère de la Culture n’a pas encore réagi.

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