A Gennevilliers, les bébés sont des privilégiés : ils voient des spectacles !

Covid ou pas, vaccins ou pas, confinement ou pas, le « Festival jeune et très jeune public » bat son plein partout à Gennevilliers. Des spectacles, encore des spectacles, tous les jours dès 9h30 du matin et jusqu’à dimanche prochain. Dans les écoles mais pas seulement.

Alors que le Théâtre de Gennevilliers est désespérément fermé comme tous les théâtres de France, et qu’on ne peut même pas y entrer pour boire un des petits vins fins ni casser une excellente petite graine servis habituellement au bar-restaurant du rez-de-chaussée, les enfants et d’abord les tout-petits de Gennevilliers, eux, n’ont pas à se chagriner : c’est le théâtre qui vient à eux et s’installe dans les crèches, les maternelles et les écoles primaires, ainsi que dans différents lieux partenaires de la ville (dont le théâtre). Le « Festival du jeune et très jeune public », cinq ans d’âge, se tient cette année, comme si de rien n’était, du 3 au 14 février.

Initié en 2013 par la ville, en partenariat avec l’association Enfance et Musique experte en la matière, le festival a focalisé une action menée depuis longtemps et toute l’année par la municipalité (communiste). Dès 2004, la ville, pionnière en ce domaine, mettait en place une saison culturelle destinée aux tout-petits (de la naissance jusqu’à 6 ans).

Cette année, le festival présente une quinzaine de spectacles pour des petits allant de 6 mois à un an (et le double pour les plus grands). Avec des titres qui font rêver, comme Ma maison fait clic-clac par Barbara Glet, Les Pieds dans l’herbe par la compagnie Tancarville, ou encore AniMA (du théâtre musical) par la compagnie Porte-voix. Mais il fallait être un grand de 18 mois pour assister à Poï, des poireaux et des bébés par la compagnie Switch, un théâtre de manipulation d’objets.

Effectuant un grand écart, j’ai d'abord vu à 9h30 du matin Petit Petit, spectacle « à partir de trois ans », à l’école Anatole France puis, une bonne heure plus tard, L’Echo du silence, spectacle « à partir de trois mois » à la crèche République. Les enfants devant, les quelques adultes (programmateurs, journalistes) derrière. Ces deux spectacles ont été conçus et sont interprétés par une seule personne, c’est souvent le cas pour les spectacles voués aux tout-petits.

Pour Petit Petit, Odile Burley s’est inspirée assez librement du conte traditionnel Tom Pouce dont les versions sont multiples et portent d’autres noms. Tout se noue autour de la naissance d’un enfant. De derrière un rideau (pour faire théâtre) apparaît l’actrice et autrice. C’est tout son corps (assisté par ses vêtements) qui tient lieu de scénographie et d’accessoires narratifs. Une petite boule rouge naît dans l’épaule de l’actrice. Pour continuer à avoir chaud, le bébé aura vite fait de se réfugier au coin du feu, c’est-à-dire au creux de la poitrine de l’actrice sous son pull noir. « Où es-tu, Petit petit ? » Elle l’appelle comme la fermière ses poussins.

Les petits (deux classes) assis sur des chaises sont attentifs, ils le sont plus aux mouvements et facéties du corps qu’aux mots. D’un seul coup, alors que l’attention flottait quelque peu, l’actrice prend son pied nu, le hisse entre ses bras et le berce comme un bébé. Cela fait mouche.

Tout autre ambiance à la crèche République. Plus de chaises mais des coussins pour L’Echo du silence, sous-titré « Rêverie musicale pour petites et grandes oreilles » par la compagnie Ô Bruit doux, soit l’autrice, compositrice et interprète, la frêle Magali Robergeau. Tout le charme vient des instruments qui composent un paysage mystérieux dans une lumière douce. Des gongs, des clochettes, du sable qui roule sur une peau tirée, des instruments à corde, une flûte comme Merlin et quatre grandes ombrelles sonores. Magali en joue, en rejoue, elle chante parfois, regarde de loin les enfants, s’approche rarement, ce qui est peut-être dommage. Elle essaie de faire en sorte que les tout-petits s’enroulent dans la musique, que les mélopées les bercent, les détendent et pourquoi pas appellent le sommeil. C’est délicat. C’est fragile. Cela tient à peu de choses. Mais assurément, en l’écoutant, chacun part en voyage, parfois pas plus loin que le bout de son nez, parfois plus loin.

Les très grands, c’est-à-dire les plus de six ans, des petits hommes déjà, auraient dû samedi et dimanche prochain à 15h entendre et voir Death Breath Orchestra par la femme orchestre et manipulatrice Alice Laloy (sortie de l’école du TNS en scénographie et costumes). Où ça ? Au Théâtre de Gennevilliers, mais les représentations ont été annulées car présentées non dans une école mais dans un théâtre ; ce lieu grouillant de  pestiférés que sont ses spectateurs irresponsables, râleurs, protestataires. Il ne reste plus à ces derniers qu’à aller au théâtre dans les crèches. Vivement qu’on soit bébé !

Renseignements au service spectacle jeune public à la mairie de Gennevilliers : 01 40 85 64 55

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