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Billet de blog 10 février 2023

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« Baùbo » : il est pas beau, mon bobo ?

Dans le cadre du Festival Bruit au Théâtre de l’Aquarium, Jeanne Candel met en scène « Baùbo », la nouvelle création de la compagnie La Vie brève qui pilote l’établissement et propose un divin frotti-frotta entre musique et théâtre.

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Illustration 1
Scène Baubo © Jean-Louis Fernandez

Déméter est pleine de chagrin. Comme si Hadès n’avait rien de mieux à faire que d’enlever Perséphone. Déméter, sa mère, erre, pleure, elle est sans dessus dessous. La voici arrivée, déconfite, à Éleusis. Pour soulager l’éplorée, à l’entrée du bureau des pleurs, Baùbo lui propose une coupe de cycéon (une mixture d’herbes). Déméter n’en veut pas. Que faire ? Baùbo, se fiant à son intuition, soulève d’un seul coup ses jupes et lui montre son sexe et les poils qui l’entourent. La déesse éclate de rire et finalement boit la potion.

Cette histoire a bien plu à Jeanne Candel et elle a donné le nom de Baùbo comme titre à son nouveau spectacle au sous-titre qui en jette comme un titre de manuel philosophique : « De l’art de ne pas être mort ». C’est pas beau tout ça? C’est d’autant plus beau que le spectacle, le bien nommé Baùbo n’illustre pas à la lettre cette légende divine, mais s’en sert comme serpillière, tremplin, vagabondage et rêverie. Ce qui n’étonnera pas les fidèles des spectacles de la compagnie La Vie brève fondée en 2009 par Jeanne Candel, une compagnie où comédiens, musiciens et techniciens des deux sexes (et plus si affinités) font table et cause communes pour signer des spectacles faits à coeur. On le vérifie une fois encore en beauté avec Baùbo  sur le plateau de la grande salle du théâtre de l’Aquarium à la Cartoucherie, établissement subventionné dont Jeanne Candel partage la direction collégiale avec Marion Bois et Elaine Meric.

Des actrices, certaines et pour ainsi dire toutes musiciennes et chanteuses (voire musicien- et acteur), s’avançant pleureuses en robes noires couleur du deuil d’amour. Elles pimenteront la soirée par une pléiade d’étonnantes facéties comme celle de littéralement agrafer les dites robes noires au mur du fond maculé de blanc ou bien d’y frotter leur popotin pour faite apparaître ici un visage, là une main (décor astucieux signé Lisa Navarro) ou encore de recouvrir  les corps de papier blanc pour mieux les percer et les déchirer (voir photo). Il sera aussi question d’une tentative de suicide avec un harpon livré par colis postal, d’ un matelas amovible, d’une porte qui se ferme mal, de bandes blanches qui finiront mal, de poignées de terre, d’échelle conduisant au firmament (une branche d’arbre feuillue), liste non exhaustive. Jeanne Candel n’est pas la dernière dans un inoubliable et périlleux numéro de pelle avec livres lesquels finiront, cloués au mur, par former un arc en ciel. C’est comme dans la vie : on pleure et puis on rit. Y circule un lâcher prise qui ne manque pas d’allure, un goût de l’inachèvement qui peut surprendre les aficionados du ficelé nickel mais ravit dès lors qu’on s’y laisse aller.

Comme il se doit dans l’ADN de La Vie brève, tout cela est accompagné et entrecoupé de musique live. Pierre-Antoine Badaroux a jeté son dévolu sur l’œuvre de Schütz, un allemand du XVIIe siècle formé à Venise, « un compositeur singulier, entre deux mondes, il prolonge la polyphonie renaissante mais est influencé par le baroque » commente le directeur musical. L’un des charmes du spectacle est, comme toujours à La Vie brève, mais plus follement encore cette fois, l’imbrication entre le chant, la musique et le jeu, chacune et chacun des protagonistes ou presque œuvrant des deux côtés. Nommons les tous : Pierre-Antoine Badaroux, Félicie Bazelaire, Prune Bécheau, Jeanne Candel, Richard Comte, Pauline Huruguen, Pauline Leroy, Hortense Monsaingeon, Thibault Perriard.

Ah, j’allais oublier le prologue !Non, je ne dirai rien de l’étonnant prologue qui d’emblée instaure l’ambivalence qui sera la note première et dernière du spectacle.

Baùbo a été créé au Tandem, sur la scène du théâtre d’Arras, il est à l’affiche du Théâtre de l’Aquarium (Cartoucherie de Vincennes) du mar au sam 20h30, dim 17h, jusqu’au 19 fév dans le cadre du festival Bruit et en partenariat avec le Théâtre de la ville. Puis du 24 au 30 mars au Théâtre Garonne à Toulouse, avant une tournée la saison prochaine.

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