22 compagnies déprogrammées du !POC! d’Alfortville, et hop !

Avant son départ en juin, la directrice du !POC! d’Alfortville avait, comme c'est l'usage, programmé la nouvelle saison. Sans vergogne, la mairie (PS) a presque tout balayé, supprimant nombre de ses propositions sous couvert de Covid. A commencer par 22 compagnies théâtrales programmées.

Ce n’est pas la première fois que l’on voit des élus ou leurs proches s’estimer en droit de décider des goûts culturels de leurs concitoyens et de gérer la programmation de leurs salles de spectacles sans en passer par ces compétents emmerdeurs que sont les directeurs-directrices de théâtre qui ont été nommés, entre autres choses, pour cela.

Le bon bilan de Maïté Rivière

Maïté Rivière, qui avait été formée, en particulier, à deux bonnes écoles, celle d’Alain Crombecque au Festival d’automne et celle de l’ONDA, et avait été, avec d’autres, à l’initiative de cette belle aventure que fut la Loge, a été nommée pour diriger le Pôle culturel d’Alforville il y a cinq ans. Pour, très vite, le rebaptiser d’un nom plus avenant et percutant : le !POC!

D’Alfortville, cette ville de la banlieue sud de Paris, pour ce qui est du théâtre, on connaissait le Studio-Théâtre de Christian Benedetti (structure indépendante et non municipale) mais qui savait que la ville disposait d’un bel équipement ? Les habitants, mais pas tous, loin de là. En menant une programmation au cocktail équilibré – un tiers de têtes d’affiche, un tiers de spectacles familiaux et un tiers de créations –, Maïté Rivière avait su fidéliser un public d’abonnés (+58%), rajeunir ses salles (le nombre des spectateurs de moins de 25 ans a doublé) et mener un travail conséquent auprès des écoles. Des artistes d’envergure comme la chorégraphe Anne Teresa de Keersmaeker ont été programmés à Alfortville dans le cadre du Festival d’automne. Bref : du bon boulot.

Cependant, au fil des années, les rapports avec la mairie se sont quelque peu tendus. On aurait, sans doute, voulu plus de noms connus, plus d’humoristes de tout poil (la directrice n’avait programmé que les meilleurs, comme Blanche Gardin), plus d’artistes locaux. Bref, on pensait aux électeurs et aux élections. Vieux refrain.

La lettre de Jean Mayet aux 22 compagnies

En juin dernier, Maïté Rivière et la ville ont décidé de divorcer, disons-le comme cela. Avant de partir, elle avait, comme il est d’usage, préparé la saison suivante. Et c’est d’ailleurs ce qu’elle avait trouvé en arrivant il y a cinq ans : une saison en partie programmée qu’elle avait respectée. Pour la saison qui vient, des engagements avaient été signés, il ne restait plus qu’à établir les contrats. C’est alors que le 24 juillet, 22 compagnies dramatiques recevaient une lettre signée Jean Mayet disant : « Les incertitudes liées à cette pandémie, auxquelles s’ajoutent la reprogrammation d’une partie des représentations annulées, ainsi que d’importantes difficultés budgétaires (remboursement de billets et clauses COVID) nous amènent à modifier substantiellement la programmation de la saison 20-21 et d’annuler un certain nombre de spectacles. » Aucune mention n’est faite d’une quelconque indemnisation ou compensation. Et, à ce jour, aucune compagnie déprogrammée pendant le confinement n’a été reprogrammée. Traduction : à la trappe, les compagnies théâtrales. Et non des moindres. Certaines sont à l’affiche du Festival d’automme, comme Marion Siefert ou Joris Lacoste, la compagnie de Lisa Guez avec Les Femmes de Barbe bleue a gagné le grand prix du dernier Festival Impatience, etc. Citons les autres compagnies lésées : Jordi Gali, François Tizon, le collectif Petit travers, Dorothée Munyaneza, Thomas Quillardet, L’avantage du doute, Les filles de Simone, Maïa Sandoz, Anne Paceo, Bérangère Vantusso, Tamara Al Saadi, Lucie Antunes, la Ktha cie, Stéréoptik. En outre, les résidences d’artistes ont, elles aussi, été supprimées et ne seront pas programmées. C’est le cas d’Hélène Soulié et de Maëlle Dequiedt.

Le « soutien fraternel » de monsieur le Maire

Quand on lit le programme (arrêté jusqu’à décembre), on cherche en vain la moindre « reprogrammation » de ces compagnies et, dans les prévisions pour la suite, elles ne figurent pas. Le COVID a bon dos. Pour ce premier trimestre, il y a bien des concerts, de la danse, de la musique et des humoristes mais aucun spectacle théâtral.

Monsieur Mayet est le « nouveau » président de l’association l’Avant-scène qui veille sur le !POC!, l’ancienne présidente ayant préféré partir après le départ de Maïté Rivière. Dans l’éditorial ouvrant la plaquette de saison, Luc Carvounas, le maire (PS) d’Alfortville écrit : « Avec Philippe Car, mon adjoint chargé de la Culture, et Jean Mayet, le nouveau président de l’Avant-Scène, je m’engage à maintenir ce bien commun si précieux au cœur de mon projet citoyen. Ensemble, nous ferons en sorte qu’Alfortville poursuive sa politique culturelle ambitieuse qui fait la part belle au tissu artistique et associatif de la ville, enrichi de talents venus du monde entier. » Des mots ronflants qui ne disent rien de la casse qui met à mal 22 compagnies aux équilibres financiers plus que fragiles. Contacté par téléphone, monsieur Jean Mayet qui a été nommé le 30 juin à la présidence de l’Avant-scène parle de « difficultés financières », de « subvention municipale à venir » et assure que les compagnies déprogrammées « seront indemnisées »... dans le courant de « l’année prochaine ». A quelle hauteur ? Il ne le précise pas. Et aussi qu’une personne sera bientôt nommée à la direction du !POC!… alors que la programmation de la saison est bien avancée mais sans que les 22 compagnies y figurent. Ainsi va la municipalisation de la Culture en marche à Alfortville. A des fins d’abord clientélistes. Ce qui ne va pas sans tartufferie : « Pour commencer, je veux délivrer un message de soutien fraternel à nos amis professionnels de la Culture », écrit le maire. Drôle de soutien que de priver vingt-deux compagnies de spectateurs alfortvillois.

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