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Billet de blog 10 nov. 2022

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« Par autan » : l’insaisissable souffle du Radeau

Tous les deux ans, le guignol remet ça. Cette fois, François Tanguy et le Théâtre du Radeau nous embarquent poussés par le grand vent de « Par autan ». Des planches aux moustaches postiches, des cadres mobiles aux robes enchiffonnées, as de la bricole recyclée, les gens du radeau font du neuf avec du vieux en grands maîtres de l’éruptif à tout va. Un voyage plus enjoué que jamais. Ô merveille !

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Scène de « Par autan » © jean-pierre Estournet

Ils sont assis sur un banc face à l’immensité, ils se serrent, se , expulsent le dernier, increvable gag. Ça revient, ça remet ça, glisse, pirouette. Plus tard, dans les épaisseurs de leur accoutrement, ils prendront place sur des chaises de cuisine dépareillées, entre deux planches, deux panneaux. Et ce petit paysage peint là bas au fond sera emporté dans la soudaine tourmente .

Les moustaches extravagantes des uns, les coiffes tournicotées des autres sont des nids à petits vermisseaux histoires, les cuissardes comme les rideaux et les gilets sont faits de pièces rapiécées, rafistolées. Idem les gants, les chapeaux. Les robes déploient leurs frissons comme tombées de vieilles malles au sortir de la nuit. Idem les papiers peints, idem les cadres tendus de tissus ou de voiles plus ou moins transparents, idem les tableaux de s champêtres, Item les fils et les filins où transitent des rideaux en toile à matelas, idem la viole qui joue du piano, idem l’animal empaillé que ne fait que passer .

Faut il voir dans un semblant de table à repasser  posée sur la table au tout début un clin d’œil fraternel ? Tout passe et repasse dans les spectacles du Radeau. Les mots comme les corps dans un splendide vieillissement du même dont on ne se lassera jamais, et le bonheur de voir de nouveaux corps entrer dans la danse. Les panières immémoriales du théâtre ne chôment pas, le vent d’autan impose, par bourrasques, son tempo. Ça vrille, ça gicle, ça lutte contre le vent. Les chapeaux, les frisettes, les rideaux, les filins, les planches de bois qui inclinent les corps et les destins sont derechef à la fête. Qu’est-ce donc que cet apparent bric à brac ? Un bricolage ébouriffé me disait un jour François Tanguy.

C’est un écrin, un bac à sable, un abri pour la nuit, une dérive temporelle en barque, un carrefour où les chemins bifurquent et où les mots, comme des petites loupiotes, s’avancent en guirlande émettant des signes par intermittence.

Autre scène de « Par autan » © jean-pierre Estournet

Robert Walser, l’ami de longue date, est venu avec une musette de textes brindilles, quelques appeaux, des brandons, tel les yeux d’un homme parlant « le langage muet du désespoir » tandis que sa bouche sourit avant que la cantatrice ne« pose sa main comme une caresse sur la tête de l’enfermé». Ou bien ces mots de Robert au chevet de Kleist :« comme pressé d’annoncer un malheur, un vent de tempête fait irruption et ne trouve plus la sortie ».

Compagnon de route des jours anciens, veillant en coulisses sur le vieux temple en bois, Shakespeare, dans sa langue, fait un pas de deux et remet ça. Dostoïevski comme Kierkegaard s’accoudent au bar en ruminant. Tchekhov en bon météorologiste du monde comme il va, soulève son lorgnon : « on étouffe ici, il va sans doute y avoir de l’orage » ou plus loin toujours dans La noce ; «  donnez moi de la poésie ! Et lui, rebelle, attend l’orage comme s’il apportait la paix. Donnez-moi un orage ! ». Ça remet ça, ça glisse, De Beethoven à Gueorgui Sviridov, les musiciens ne sont pas les derniers Ça file par des chemins de fuite, des gags se souviennent du cinéma muet, un pas de danse à peine esquissé et déjà anéanti, un saga de gestes bricoles, une mémoire à vue, ouverte aux vents. Le temps est, étrangement à l’allégresse.

On retrouve Laurence Chable et Frode Bjǿrnstad (présents dans presque tous les spectacles de Tanguy), Martine Dupré, Vincent Joly et Erik Gerken (déjà dans Orphéon, Cantates, Item) et deux nouveaux venus, Samuel Boré (au piano) et Anaïs Muller ; ancienne élève de l’école du TNS. Fidèles d’entre les fidèles, François Fauvel (lumières) et Eric Goudard(son) accompagnent une fois le plus François Tanguy.

Par autan, a été créé au Théâtre des Treize vents, , le spectacle se donne à la Fonderie du Mans jusqu’au 11ov, puis au TNB du 23 au 26 nov, auT2G dans le cadre du Festival d’automne du 8 au 17 déc, au TNS du 6 au 14 janv, à l’Archipel de Perpignan les 25 et 26 janv, à la comédie de Caen, les 2 et 3 fév, au CDN de Besançon les 8 et 9 mars

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