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Billet de blog 11 janvier 2026

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Les traversées sensibles à l’extrême de Victor de Oliviera

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Illustration 1
Dans la nuit de "Kumina" © Christophe Raynaud de Lage

Né au Mozambique, Victor de Oliveira a commencé sa vie théâtrale au Portugal comme élève auprès de metteurs en scène comme Luis Miguel Cintra avant, au milieu des années 90, de venir en France, pour intégrer à Paris le Conservatoire National Supérieur d’art dramatique durant trois ans. A sa sortie et plus tard, il allait être distribué dans plusieurs spectacles de Wajdi Mouawad et de Stanislas Nordey.

Un parcours qui l’autorise à entamer une voie plus personnelle en écrivant ses propres textes et en les jouant : Limbo en 2021 créé et remarqué à Lisbonne par la Société des auteurs, venu au Théâtre de la Colline et repris en tournée. Deux ans plus tard, Les sables de l’empereur d’après Mia Ceuto où il évoque le Mozambique où il est né,le Portugal où il a vécu et la France où il habite, trois pays qui ont traversé sa vie. C’est aussi le cas de Kumina, son nouveau spectacle tout juste crée au Théâtre des Quartiers d’Ivry dont Victor de Oliviera est à la fois le concepteur et l’impressionnant et unique interprète.

Une écriture dense, traversée par des voix amies qui vont de Kamau Brathwaite à Pessoa en passant par Virgile, Dante, Camões et quelques autres. De spectacle en spectacle, « le sillon que je creuse est le même » dit Victor de Oliviera. Celui d’un patent et impossible exil, celui d’un enfant qui, à l’heure de partir vivre à l’étranger avec ses parents, ne se console pas de laisser derrière lui une grand-mère et des odeurs aimées. De bus en train, de pays en pays, grandit en lui cette « sensation inexplicable de perdition » et cette « sensation incessante d’impossible appartenance ».

Et puis un jour, à la télévision, il voit des réfugiés haïtiens, « sans le savoir, je les connais » observe-t-il. Des frères. Comme lui, ils sont les rejetons de cette histoire qui n’en finit pas « depuis 1492 » et verra « Cristobal Colomb, Napoléon et tous les autres » regarder « les petits corps noirs qui coulent lentement, / comme dans le rêve de ma grand-mère » avec laquelle Victor de Oliviera ne cesse de dialoguer.

Au début du nouveau siècle apparaît autour de lui un nouveau mot : « les migrants » comme les réfugiés haïtiens dont il se sent proche, « c’est sûr je les connais», insiste-t’il Les années ont passé mais dans la Méditerranée et dans le Manche « les petits points noirs continuent de sombrer, sombrer, chaque jour, sans arrêt».

Ces mots, les spectateurs les saisissent -en français mais pas seulement, sans qu’ils s’adressent directement à eux et sans que l’acteur-poète ne les regarde, façonnant un lamento solitaire obsédant

Dans la pénombre (sobre et prenante scénographie de Margaux Nessi éclairée par Diane Guérin), soutenu par effluves musicales d’Ailton Matavela, Victor de Oliviera poursuit un dialogue nourri de réminiscences et grevé de questions.

Alors , pour finir, est appelée à comparaître la cohorte bigarrée de ses ancêtres.

Intense ambiance de ce spectacle en forme de traversée que l’on épie plus qu’on ne voit, que l’on partage comme un secret.

Le spectacle « Kumina » créé au Théâtre des Quartiers d’Ivry, du 13 au 17 janvier sera repris au Théâtre do Bairro Alto, à Lisbonne, du 26 au 29 mars.

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