Mâdââme Michel Fau chante Michel Rivgauche

Avec sa robe longue, son collier de perles et ses hauts talons, Michel Fau retrouve sa tenue favorite pour « Névrotik-Hôtel », une comédie musicale de chambre honorant la chanson française, et tout particulièrement le parolier Michel Rivgauche.

Sans Michel Fau, la fameuse tante Geneviève des pièces d’Olivier Py n’aurait pas été le monument national qu’elle est devenue. C’est à l’évidence pour son acteur vedette d’alors, au prénom ambivalent à l’oreille, que Py écrivit ce personnage de bourge drôlatique malgré elle.

Téléphone rose

Michel Fau n’avait sans doute pas attendu cette occasion pour laisser court à son obsession du travestissement qui le travaille au corps depuis le jour où, pour la première fois, il a chaussé des talons hauts et enfilé une robe longue. On lui doit la mise au point d’un magnifique déhanchement tournant, parachevé d’un preste revers de la main et complété par un jeté de jambes qui font chaque soir la joie des spectateurs qui viennent le voir dans Névrotik-Hôtel.

Scène de "Névrotik hôtel" © Marcel Hartmann Scène de "Névrotik hôtel" © Marcel Hartmann
Comme il se doit, le décor, kitch et rose, est celui d’une suite dans un grand palace de la Côte normande (Marguerite Duras viendra dire bonjour entre deux cigarettes) où entre Margaret, que le groom appellera Margarine. Bien sûr, le groom – qu’elle préfère appeler boy – tarde à livrer ses valises. Bien sûr, c’est un homme jeune dans un uniforme seyant. Avant l’entrée de ce dernier, on a droit au premier d’une longue série de coups de téléphone (rose évidemment) exaspérés à la réceptionniste : « écoutez, je ne comprends pââs... ». Les thèmes et les dialogues sont de Christian Siméon.

Poudre de riz

On baigne dans les codes du théâtre de boulevard, affirmés si ostensiblement qu’ils en deviennent parodiques. La riche et rondelette dame va évidemment tomber amoureuse du groom (Antoine Kahan) dès qu’il apparaît. Faisant tout pour le retenir, elle ira jusqu’à lui faire signer un contrat grassement rémunéré pour qu’il soit à sa disposition pendant ses heures de pause à l’hôtel. Une trame on ne peut plus légère, un prétexte pour jouer quelques scènes nous entraînant vers le but premier de cette « comédie musicale de chambre » (trois musiciens : piano, violoncelle, accordéon) : mettre à l’honneur les chansons d’amour à la française.

Michel Fau, avec sa voix qui poudre de riz les sentiments, seul(e) ou avec son partenaire, va porter haut les cœurs d’une bonne quinzaine de chansons, certaines inédites. Un choix judicieux qui rend largement hommage à ce grand parolier que fut Michel Rivgauche. « La Foule » de Piaf, le « Ça c’est d’la musique » de Colette Renard, le « Parlez-moi de lui » de Dalida, c’est lui. On découvre ou on retrouve des merveilles comme « Le printemps dans le Sussex », « A quoi ça tient un amour ? », « Si y avait pas des vagues », « La moustiquaire du Caire »... La diva Fau en est tout émoustillée, nous aussi.

Névrotik-Hôtel, Théâtre des Bouffes du Nord, du mar au sam 20h30, dim 16h, jusqu’au 27 mai.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.