Mort de Rezo Gabriadze, façonneur d’histoires et de marionnettes

Merveilleux façonneur d’histoires et de marionnettes tendrement poignantes, le grand maître de Tbilissi, connu dans le monde entier, vient de s’éteindre dans son pays, à 84 ans.

Les marionnettes de Tbilissi pleurent la dispartion de leur père et maître, Rezo Gabriadze. Il vient de mourir à 84 ans , chez lui, dans son pays , la Géorgie. Avant de partir dans le monde entier habiter des décors enchanteurs conçus par celui que tout le monde appelait par son seul prénom, Rezo, ses céatures attendaient dans la « chambres des marionnettes ». Un lieu lourdement cadenassé non parce que Rezo craignait qu’elles prennent la poudre d’escampette mais qu’elles soient enlevées par des collectionneurs ou des spectateurs amoureux tant elles avaient le pouvoir d’émerveiller. Elles gisaient comme endormies au bout de leurs fils. Choisies, élues, un jour des doigts agiles les réveilleraient en un tour de main. Tous les spectacles étaient t là, comme L'automne de notre printemps ou La fille de l'empereur Trapezund qui emportèrent et comblèrent bien des spectateurs, entre autres français. «Quelle merveille d'être émerveillé», disait Peter Brook, venu à la fin des années 80 s'asseoir à Tbilissi dans l’antre de Rezo.

Au temps de l’URSS, Gabriadze avait d’abord connu une carrière de scénariste , (souvent à succès) mais c’est la sculpture qui allait par enchantement ou presque allait le plonger dans un monde au mille recoins des marionnettes. Alliant les talent de ses mains et celui de son imagination, il allait façonner et donner vies àn de désarmantes créatures. Quand la guerre civile déchira son pays il parti en exil. Il ne pendait pas que cela durerait cinq ans.

A Saint-Petersbourg , il devait créer Chant pour la Volga , «le plus dur et le plus difficile spectacle de ma vie» me racontera-t-il des années plus tard. Une litanie ensorceleuse, «belle de mélancolie» comme dit le grand poète romantique géorgien Nikoloz Baratachvili. Rien de géorgien dans ce chant pleureur qui se souvient du siège de Stalingrad et fait valser le soldat mort ensablé de malheur. « De tous mes spectacles, c'est le premier qui ne se passe pas à Koutaïssi» poursuivait-il.

Koutaïssi, sa ville natale, à 280 kilomètres de la capitale. Rezo n’avait pas oublié les marionnettistes ambulants de son enfance ni sa découverte , très tôt, d’Alexandre Dumas, premier contact avec sa seconde patrie, la France, où il passera une bonne partie de son exil. Avant de retrouver son pays, son théâtre et la chambre des marionnettes dont la garde avait été confiée à un ami.

Les tournées qui n’avaient jamais cessé , reprirent de plus belle et son théâtre, reconstruit en partie, connut une nouvelle vie. Il retrouva aussi sa langue inséparable de ses spectacles .«Le géorgien est la plus belle langue du monde, devant la langue française et le farsi» ou persan. La grande geste géorgienne, le Chevalier à la peau de tigre de Roustaveli, puise largement dans les légendes persanes. Rezo aimait entendre parler farsi comme il aimait se saouler de langue française. Mais la très vieille langue géorgienne, aux inflexions imprévisibles comme celles du relief de ce pays grand comme deux fois la Belgique, était la plus à même d'épouser les langueurs et l'ironie douce qui irriguaient ses histoires. Rezo les racontait à la façon d'un conteur oriental nourri d'Eugène Sue. Des histoires à la fois simples et alambiquées comme un serpentin de fête qui, accroché aux cheveux, zigzague jusqu'aux sourcils noirs d'une jeune Géorgienne.

Resteront à jamais les souvenirs de La bataille de Stalingrad (variante ou suite de son Chant pour la Volga) , spectacle mainte fois repris.Mais que vont devenir les deux locomotives de Ramona, son dernier spectacle venu en France au Festival d’Avignon, désormais orphelines ?

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.