Céline Milliat Baumgartner: enfant cherche parents disparus

Dans un récit, « Les Bijoux de pacotille », Céline Milliat Baumgartner allait à la recherche de ses parents morts dans un accident quand elle n’avait pas neuf ans. Devenue actrice comme l’était sa mère, elle porte hautement ce récit à la scène sous le regard de Pauline Bureau.

Scène du spectacle "Les bijoux de pacotille" © Pierre Grosbois Scène du spectacle "Les bijoux de pacotille" © Pierre Grosbois

C’est parce qu’elle attendait un enfant que l’actrice Céline Milliat Baumgartner avait ressenti l’impérieux besoin de coucher sur le papier ce qu’elle gardait au secret d’elle-même depuis longtemps : raconter son enfance volée par la mort accidentelle de ses parents alors qu’elle n’avait pas neuf ans.

Ce fut un livre au titre léger, Les Bijoux de pacotille (lire ici), plus tourné du côté de la mère (au moment où sa fille s’apprêtait à être mère à son tour) que de celui du père, lequel reste plus lointain, moins palpable, plus effacé de la mémoire et donc plus réinventé. Pas le moindre sentimentalisme ou dolorisme dans ce récit, mais une fête des retrouvailles – comme si ces êtres disparus revenaient vivre au présent, pour repartir une fois la paix faite ou, plutôt, une fois abordé le calme précaire de l’apaisement, car il est des plaies qui, même endormies, suintent à jamais.

Comme sa mère, la fille est devenue actrice. Dans Les Bijoux de pacotille, elle raconte comment sa mère, au sortir du Conservatoire national supérieur d’Art dramatique, avait osé jouer nue. C’est peut-être en pensant à elle, pour lui rendre hommage et se rapprocher d’elle par-delà sa disparition que sa fille, Céline Milliat Baumgartner, a signé un magnifique spectacle intitulé Strip-Tease (lire ici).

Alors, après le livre Les Bijoux de pacotille où une voix nous parle, voici que, logiquement, le théâtre donne corps à cette voix.

Comme son texte avait évité tous les pièges du genre (scènes aux détails insoutenables, tartines beurrées de pathos, soupe de moi-je), l’adaptation faite par l’actrice elle-même ne tombe dans aucun travers du spectacle « percutant », « bouleversant d’émotion » et autres « n’oubliez pas vos Kleenex ». L’émotion est là – et comment ne le serait-elle pas – mais elle se tient en lisière, sur une ligne de crête, presque vaporeuse, aérienne. Elle affleure dans les silences lorsque l’actrice semble (re)naître au théâtre à chaque fois qu’elle nous regarde, il y a là comme un perpétuel étonnement d’être là qui sourd du fond de ses yeux sombres. Mais l’émotion est tenue, retenue et domestiquée par les mots, par les pas, par les gestes, par la grâce de l’actrice. Dire encore que davantage que dans le récit écrit, la scène fait le lit d’un certain humour à travers des infra-saynètes aussi furtives que magnifiques.

Enfin, ce n’est pas un détail, c’est ténu mais essentiel : tout concourt à donner à ce spectacle une densité dont la présence de l’actrice est l’émanation. Tout : son corps de jeune mère dans lequel s’attarde l’écho de sa robe de petite fille (costume Alice Touvet) ; la fine scénographie (Emmanuelle Roy) qui fait écho aux chavirements de la mémoire via un miroir et les associe à une délicate partition vidéo (Christophe Touche) ; le subtil tissage musical et sonore (Vincent Hulot) ; et la tout aussi sublime partition lumière (Bruno Brinas). Ce tout est dirigé avec doigté par Pauline Bureau.

Théâtre Romain Rolland de Villejuif, jusqu’au 18 novembre ;

Scène nationale du pays de Montbéliard, le 21 nov ;

Théâtre du Merlan, Marseille, les 30 nov et 1er déc ;

Théâtre Paris-Villette, Paris, du 16 au 20 janv 2018 ;

Bateau de feu, Dunkerque, les 22 et 23 fév ;

Théâtre du Rond-Point, du 6 au 31 mars ;

Théâtre de Chelles, le 6 avril.

Le récit Les Bijoux de Pacotille a été publié aux éditions Arléa en 2015.

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