Maïté Rivière fait « l’amour » à Alfortville

La nouvelle directrice du Pôle culturel d’Alfortville (Val-de-Marne) consacre la première édition d’«Effervescence » à « l’amour dans tous ses états », une façon de faire aimer à tous les Alfortvillais les artistes qu’elle aime.

Petite, brune, tenant son texte dans ses mains et faisant chanter les « o », Laura Vazquez dit, debout devant un micro, son récit-poème, Vous êtes ici ? : « Vous écrivez au hasard le soir dans une rue un texto / Vous écrivez à qui / Au premier numéro 06 n’importe quoi / Vous donnez un conseil / Vous écrivez deux mots / Vous écrivez : tais-toi ». Devant elle, assis, le maire de la ville d’Alfortville, Luc Carvounas, écoute. Il ne regarde pas sa montre, ni son portable, il n’ouvre pas un dossier, d’ailleurs il n’a en main que le dernier numéro de la revue If qui publie le texte de Laura Vasquez, laquelle poursuit sa lecture joliment rythmée.

Lettre, main et promenade

« Pourquoi vous écrivez ? / Vous ne vous souvenez pas / Vous dîtes j’aime quelqu’un / Vous aimez qui ? Vous dîtes… »A ce moment-là, son compagnon effleure la main du maire (l’un des premiers élus homosexuel à s’être marié). Quand ce maire écrit à ses concitoyens « la culture représente un axe privilégié de l’action de votre municipalité » , pour une fois ce ne sont pas seulement des mots, mais aussi des budgets et des lieux comme le CAC (Centre d’art contemporain), un établissement main dans la main avec le Pôle culturel, autre établissement, pour fabriquer « Effervescence » et parler d’amour.

C’est au CAC que se passe la lecture, dans la première salle donnant sur la rue pavillonnaire. Là et dans d’autres petites salles adjacentes du lieu, Léa Bismuth a disposé « Les fragments de l’amour » de l’exposition dont elle est la commissaire. Photo de « L’Ami » par Hervé Guibert, ensemble délicat composé par Anne-Lise Boyer à propos de Laure et Georges Bataille, beau détour par Alix Cléo Roubaud et, dans une salle sombre, une envoûtante « Septième promenade », vidéo de Dorothée Smith inspirée par les Lettres à Milena de Franz Kafka...

« Ou mon amour ? »

Qui a écrit : « et quand je t’appellemon amour, mon amour, est-ce toi que j’appelle ou mon amour ? » Falk Richter ? Gilles Deleuze ? Pascal Rambert ? Jacques Derrida ? Roland Barthes ? Jacques Derrida dans La Carte postale, écrit auquel la commissaire de l’exposition s’adresse par lettres depuis une ville lointaine, l’honnêteté de la posture faisant foi.

On retrouve plusieurs des artistes d’« Effervescence » dans la revue If associée à  la manifestation. Une revue initialement de poésie, basée à Marseille, fondée et longtemps animée par Liliane Giraudon et Jean-Jacques Vitton.Depuis un certain nombre de numéros, If a pour directeur artistique Hubert Colas, auteur, metteur en scène, maître du lieu Montevideo et directeur du festival Actoral. If ne se limite plus à la poésie. Théâtre Ouvert, ce lanceur d’alertes des nouvelles écritures, est un autre partenaire d’« Effervescence ».

Pour cette première édition, Maïté Rivière, la jeune directrice du Pôle culturel (c’est le premier lieu qu’elle dirige après être passée par la Loge et l’ONDA) a préféré miser sur des spectacles qu’elle avait vus et appréciés comme Finir en beauté de Mohammed El Khatib (lire ici) ou des artistes qu’elle suit avec affection, comme la compagnie Grand Magasin.

L’escalier du Pôle

Dans la belle salle de spectacle du Pôle, Nos serments de Julie Duclos (lire ici) bouclera cette semaine entamée samedi dernier par Clôture de l’amour, pièce à succès mondial de Pascal Rambert écrite pour et jouée par Audrey Bonnet et Stanislas Nordey. Ce dernier étant retenu à Strasbourg par Je suis Fassbinder, c’est Rambert lui-même qui le remplaça. Une rare curiosité.

Jouxtant la vaste médiathèque, on atteint le hall et la salle du Pôle culturel par un escalier plutôt raide. Encore une lubie d’un architecte imbécile. Qu’une jeune troupe amateur d’Alfortville a snobé en s’y livrant à un impromptu amoureux. Avant de s’asseoir dans un café avenant près de l’entrée de la salle de spectacle, on traverse donc un hall haut perché de forme informe qu’« Effervescence » a heureusement perverti. On peut y écrire des mots d’amour, songer à la personne aimée en écoutant dans un casque les bricolages musicaux que fait Thierry Balasse avec des noix, des billes, des baguettes, un aquarium sphérique, une scie, des escargots et toutes sortes de bidules, même des cymbales. Sous des casques de salon de coiffure, on peut également entendre des fragments de discours amoureux recueillis et mis en onde par Bernadette A. Comme Amour.

« Effervescence » au Pôle culturel et au CAC d’Alfortville, jusqu’au 19 mars, programme complet et détaillé sur le site www.pole-culturel

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