Des photographes en mal de théâtre

Nous relayons une tribune de photographes de théâtre en manque de tout, et d’abord de visibilité. Celle de leurs photos, celle de leur métier injustement et trop souvent déconsidéré, négligé voire oublié.

Il est loin, le temps où un photographe était le photographe attitré d’un lieu, d’une ou de plusieurs aventures théâtrales comme le fut l’emblématique Claude Bricage (mort du sida à 55 ans en 1992) pour Bernard Sobel et L’Ensembe théâtral de Gennevilliers, Antoine Vitez ou  Bruno Bayen. Des travaux de longue haleine aux formes diverses. Ce n’étaient pas des expédients pliés en une petite poignée d’heures comme aujourd’hui lors de ces « filages photo » qui mécontentent tout le monde : les équipes artistiques et techniques, les photographes eux-mêmes et la presse à laquelle leur travail est en partie destiné. Il est loin, le temps où un grand quotidien national ne se déplaçait pas au Festival d’Avignon sans son photographe.

Aujourd’hui, tout s’est emballé, ratiboisé. Le numérique n’a fait qu’accentuer le phénomène, sans parler des budgets qui se sont resserrés. Bref, la mémoire du théâtre via la photographie (bien plus précieuse que les captations basiques) n’est plus ce qu’elle était. Le marché du sam’suffit a tout écrasé – car ce n’est plus rien d’autre que cela le plus souvent, et non une recherche un tant soit peu artistique. Un nombre restreint de photographes – une main suffit pour les compter – s’en sortent vaille que vaille, mais les autres ?

C’est pourquoi nous relayons volontiers l’appel ci-dessous. JPT

 

Les Photographes du spectacle vivant sont-ils morts ?

NON ! Malgré la crise qui touche entre autres ce secteur, nous sommes toujours aussi passionnés, même si depuis quelques années maintenant notre métier spécifique et singulier, mais que nous avons choisi, disparaît doucement mais sûrement. Effet du numérique dans un premier temps, puis les budgets attribués aux productions nous ont oubliés. Les séances photos ont quasiment disparu ou sont écourtées. Pourtant, ils nous semblait important d’avoir un regard personnel, différent qui parfois pouvait transcender un spectacle.

Chacun de nous pouvait comme un photographe animalier saisir, choisir un angle qui n’était pas forcément frontal, anticiper une action, une émotion.

OUI ! Oui, vous, Mesdames, Messieurs les Metteuses et Metteurs en scène, Productrices et Producteurs, Secrétaires Généraux, Attaché.e.s de presse, Directrices et Directeurs de production,

nous appelons à revenir parmi vous – contrairement à beaucoup de régimes sociaux, nous avons le statut d’indépendant donc aucun revenu si nous ne travaillons pas –, à de nouveau penser à nous, et à vous également car un spectacle sans visuels ou de mauvaise qualité, sans affiche ou sans revue de presse est bien moins efficace et attirant pour le public et les médias.

Parlons-nous et retrouvons ensemble le temps où certain.e.s Metteuses et Metteurs en scène exigeaient Tel ou Telle photographe pour l’accompagner dans le processus de création et non comme une présence ennuyeuse comme parfois nous le ressentons durant un filage. De nombreuses et nombreux Metteuses ou Metteurs en scène avec lesquel.le.s nous avons travaillé gardent certainement précieusement des traces de leur travail passé et il n’est pas ici question de nostalgie mais d’inscrire ces moments dans l’histoire du spectacle vivant. A très bientôt.

Philippe Delacroix (Photographe) Co-signataires : Mirco Cosima - Mélanie Challe - Géraldine Chapelle - Guy Delahaye - Chantal Depagne - Eric Dervaux - Eric Didym - Pascal Gély - Masha Mosconi - Agathe Poupeney - Bernard Palazon - Victor Tonelli

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