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Billet de blog 15 janvier 2026

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Que peut faire un vieux chêne contre une horde piaffante de pins Douglas ?

Dans les forêts, les nobles chênes parfois centenaires ont trop souvent laissé la place aux pins Douglas, ces ennemis jurés de la biodiversité, des écologistes et des ramasseurs de champignons. C’est tout cela et bien d’autres choses que raconte Alice Carré dans « Écorces », un «polar forestier »

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Illustration 1
Sxène d'"Ecorces" © Mathilde Delahaye

Alice Carré qui a écrit et met en scène Écorces présente son spectacle comme un « polar policier ». De fait, sa pièce prend la forme d’un enquête sur une double disparition. D’un côté, celle des forêts respectueuses de la longévité des arbres et, de l’autre, celle d’un homme qui a curieusement disparu, un militant, qui justement lutte in situ contre la disparition des forêts et leur assujettissement à l’industrie du bois qui veut faire vite et donc planter des arbres qui poussent vite -les satanés pins Douglas-et non des arbres qui prennent leur temps comme les chênes, ces rois de la forêt.

L’autrice raconte être partie de ce que son père lui a laissé en héritage : des parcelles forestières dont une bonne partie était peuplées de « troncs secs, encore jeunes, ces fameux pins Douglas » honnis des écologistes, des arbres qui poussent vite, appauvrissent le sol (adieu mousses, fleurs, champignons), font la joie et la richesse des producteurs et la tristesse de ceux qui défendent la biodiversité. Bref son père s’était laissé abuser.

Entrent donc en scène autour d’Alba (double de l’autrice), l’héritière néophyte mais qui apprend vite, des financiers qui investissent dans la sylviculture intensive, des experts forestiers servant de rabatteurs mais aussi des gardes forestiers soucieux des forêts, des militants écologistes occupant le terrain. Or l’un d’eux a disparu lorsque la pièce commence. Mort ? Mad et Penod, des policiers de Brioude sorte de variation champêtre de Laurel et Hardy, enquêtent sur cette disparition. Le tout est raconté par une narratrice-musicienne Lymia Vitte.

Cette dernière interprète également d’autres rôles comme ses camarades de jeu, Yacine Aït Benhassi, Manon Combes, Paul Delbreil, Marie Demesy et Josué Ndofusu, la plupart ont été formé dans une école nationale.

Tous cela avance de front avec la composition musicale de Lymia et Benjamin Troll, dans une scénographe légère et suggestive de Caroline Frachet éclairée par Madeleine Campa.

On passe très vite de la forêt souffrante à un bureau où on tente d’extirper des vérités. Alba comme la plupart des spectateurs entre dans un domaine qu’elle connaît mal , mais elle apprend vite, comme nous. Quant à l’autrice et metteure en scène Alice Carré, avant d’écrire et de mettre en scène ce « polar policier » et cette romance écolo qu’est Écorces, on peut dire qu’elle a été a bonne école puisqu’elle a beaucoup travaillé avec Élise Chatauret , Margaux Eskenazi et Alice Zeniter. Une première pièce touffue, trouée et parfois confuse mais qui atteint son but : alerter.

Théâtre de la cité internationale, jusqu’au 24 janvier. Au prochain festival d’Avignon off le spectacle sera au 11, entre temps un version plein air sera créée dans la forêt d’Évreux le 30 mai prochain.

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