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Billet de blog 16 janvier 2026

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Vous mangerez bien un peu de mouelle Rabelais

La bien nommée compagnie En devenir2 animée par le metteur en scène Malte Schwing nous embarque avec « Rien plus qu’un peu de mouelle »,dans un voyage à travers l’écriture insensée, la verve déglinguée, aussi prophétique que drôlatique, de François Rabelais. Allez sucer la « substantificque mouelle » de ce spectacle magnifiquement foutraque

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Illustration 1
Scène de "Rien plus qu'un peu de mouelle" © DR

La compagnie En devenir 2 n’a pas voulu d’un Rabelais édulcoré en français standard, elle le joue, et c’est heureux, dans le texte original, en moyen français, « cette langue truculente et inventive » dont « les transcriptions en français moderne écrasent le rythme et la force » écrit la compagnie Une langue qui, « si elle semble ardue à la lecture » est, « faite pour être dite, portée à haute voix et jouée ! Elle nous semble alors soudain limpide et savoureuse ». Ce n’est ni un slogan publicitaire, ni de la vantardise, c’est intensément et constamment du théâtre comme on l’aime jusque dans ses cafouillis, on peut le vérifier en allant au Théâtre de l’Échangeur.

Le spectacle commence par nous prendre par la main en nous apprivoisant pour progressivement nous emmener à la rencontre entre Pantagruel et Panurge, ces fameuses et formidables pages du chapitre IX de Pantagruel où l’on voit, au début, Panurge s’exprimer en allemand, italien, anglais et d’autres langues encore, avant que Pantagruel, au bord de l’épuisement, ne lui demande « Dea mon amy, ne sçavez vous pas parler françoys ? » Et Panurge de répondre : « Si faitz très bien, Seigneur, c’est la langue naturelle et maternelle, car je suis né et ay esté nourry jeune au jardin de France : c’est Touraine ».

Ainsi cheminerons-ils de concert et, sur leur route accidentée, rencontreront-ils des chicanous ou des hordes d’andouille avec leur pourceau vivant et bien d’autres choses encore jusqu’à l’oracle de la Dive bouteille. Quelle langue, quelle truculence, quel voyage !

Tout cela est joué et manipulé avec vigueur par Julie Cardile, Sarah Cosset, Julien Geffroy, Eloïse Guérineau et Mayeul Victor-Pujebet, costumés par Axelle Terrier, éclairés par Anne-Sophie Mage dans une scénographie volontairement trouée et déglinguée signée Margaux Nessi. « J’ai tenté de construire une telle communauté d’artistes autour du projet, en y fantasmant ces groupes d’humanistes de la Renaissance travaillant à un monde meilleur souvent au risque de leurs vies » écrit le metteur en scène Malte Schwing, fondateur du lieu de vie et de création La Déviation à l’Estaque (Marseille).

Il ne manque à l’excellence du spectacle dans son ensemble que les titres des chapitres qui sont, souvent, des petits bijoux, tel celui du chapitre VII du Tiers livre : « Comment Panurge avoit la pusse en l’aureille, et desista porter sa magnifique braguette »

Dans le hall du théâtre, parmi les livres proposés, figure La folie Rabelais, passionnant livre de François Bon, (Editions de minuit) dans lequel l’auteur de Sortie d’usine commente magnifiquement la rencontre entre Pantagruel et Panurge. Par ailleurs, on ne saurait trop recommander de consulter, mieux, de dévorer, le phénoménal travail que mène depuis des années François Bon autour de Rabelais ( lectures, voyages filmés, commentaires, éditions, etc) via son site Le tiers livre.
Théâtre de l’ Echangeur (Métro Galiéni) , 19h30, du 14 au 17 puis du 21 au 24 janvier. La compagnie a été plusieurs fois en résidence à la Fonderie du Mans et au Cube de Montluçon pour préparer son spectacle.

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