L’extension du musée de Roubaix honorera un sculpteur collabo

En 2008, le projet de reconstituer dans un musée, la Piscine de Roubaix, l’atelier du sculpteur Henri Bouchard, collaborateur notoire, avait scandalisé huit artistes qui devaient y être exposés. Mis en sommeil, le projet revient à la surface à l'occasion du proche chantier d’extension du musée qui débutera aux premirs jours d'avril. Non, ce n'est pas un poisson d'avril.

Rien de plus réjouissant que de voir un musée comme celui de la Piscine à Roubaix, fort de son succès et de son dynamisme, s’agrandir grâce au soutien de la ville de Roubaix et avec l’aide de l’État, de la Région et de la Métropole européenne de Lille ainsi que des soutien privés. Le musée fermera ses portes début avril et ouvrira rénové et agrandi en octobre prochain. Bonne nouvelle.

Rien de plus affligeant que, dans le cadre de cette extension,  soit annoncée la reconstitution de l’atelier du sculpteur Henri Bouchard (1875-1960). Dans la nouvelle aile du musée, il est, en effet, prévu « une galerie dévolue à l’histoire formelle, technique et politique de la sculpture moderne » en trois séquences. La seconde séquence « présentera, avec notamment l’atelier reconstitué d’Henri Bouchard, le métier et les techniques de la sculpture. » Mauvaise nouvelle.

Reconstituer un tel atelier revient à honorer grandement un artiste à la notoriété relative qui fut un collaborateur notoire. Président du Salon des artistes français de 1940 à 1945, Henri Bouchard participe au groupe Collaboration comme le rappelle Laurence Bertrand Dorléac dans L'art de la défaite : 1940-1944 (Seuil). Il fait partie du voyage en Allemagne en 1941 avec d’autres artistes ( dont Van Dongen, André Derain, Maurice de Vlaminck). Après son retour, il écrira un article « La vie de l’ artiste dans l’Allemagne actuelle » publié en février 1942 dans L’illustration où l’on peut lire cette phrase : « Alors j'ai dit ce que j'ai vu : la vie presque féerique que le gouvernement du Reich sait faire à ses artistes, qui semblent être là les enfants chéris de la nation. ». La même année, il est membre du comité d’honneur de l’exposition Arno Breker à Paris. A la Libération, il sera reconnu comme collaborateur par le comité directeur du Front National des arts présidé par Pablo Picasso. En outre il lui sera interdit d’enseigner dans les écoles d’état par un arrêté du 22 janvier 1945.

En 2006, la ville de Roubaix avait reçu en don l’atelier du sculpteur, plus d’un millier de sculptures, bon nombre de dessins et donc son atelier, 120m2  laissés en l’état. L’artiste n’est pas négligeable, ses œuvres sont exposées, de là à reconstituer son atelier... Le projet de le faire "à des fins pédagogiques" ( !) avait pris corps deux ans plus tard lorsqu’on parlait déjà de rénovation et d’extension. Cela avait fait bondir huit artistes céramistes, sculpteurs et verriers invités à présenter leurs œuvres à La Piscine (Claude Champy, Bernard Dejonghe, Philippe Godderidge, Jacqueline Lerat -décédée depuis-, Michel Muraour, Setsuko Nagassawa, Daniel Pontoreau et Camille Virot), lesquels, dans un communiqué commun, avaient renoncé à exposer leurs œuvres dans ces conditions (lire ici). L affaire avait fait grand bruit, le musée semblait se diriger vers un renoncement. On croyait le projet enterré. Il n’en est donc rien.

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