La Scène nationale d’Aubusson ne veut pas faire tapisserie

Le département de la Creuse a voté une lourde baisse de subvention qui met en péril la Scène nationale d’Aubusson (abritée dans l’ex-centre culturel Jean Lurçat). Lettre ouverte aux élus, pétition, soutien d’André Chandernagor, la résistance s’organise. Qu’en pense le « plan de sauvetage de la Creuse » dont a parlé le président Macron?

Comme beaucoup d’autres Creusois, à 94 ans, André Chandernagor, ancien ministre du gouvernement Maurois et député de la Creuse pendant de nombreuses années, défend l’honneur de sa région et de l’un de ses enfants : le centre culturel Jean Lurçat devenu Scène nationale.

Côté région, il a dû recevoir comme un méchant uppercut la récente saillie du premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure. Evoquant les bisbilles au sein de son parti à propos du lieu du futur siège (après la vente de la rue Solférino), il a déclaré (ironiquement ?) : « A force de diviser, ce n’est pas à Ivry qu’on ira mais dans la Creuse ». Autrement dit, à ses yeux, le cul du monde.

Côté enfant, Chandernagor qui fut, avec le vif soutien du Ministre de la Culture Jack Lang, la cheville ouvrière de la création à Aubusson en 1981 du centre culturel et artistique Jean Lurçat (regroupant un théâtre, une médiathèque et un musée de la tapisserie) a dû recevoir comme une gifle l’annonce par le conseil départemental de la Creuse d’une baisse de 53 000 € de la subvention 2018 (soit près d’un tiers) allouée à la Scène nationale.

Cette dernière avait pris la suite du centre culturel Jean Lurçat et, il y a quelques années, le musée de la tapisserie s’en était détaché pour devenir une Cité de la tapisserie. Deux structures non rivales, mais complémentaires. L’une vouée au patrimoine, l’autre aux arts vivants. On ne saurait habiller Paul en déshabillant Pierre. C’est pourtant ce qu’entend faire, semble-t-il, le département (tenu par la droite). Le bureau de la Scène nationale vient d’adresser une longue « lettre ouverte aux élus Creusois ». Parallèlement, une pétition a été lancée pour défendre ce poumon des arts vivants qu’est la Scène nationale. On en est à près de 6000 signatures, ce qui prouve bien que le rayonnement de l’établissement dépasse de loin la ville d’Aubusson qui ne compte que 4000 habitants.

Dans cette petite ville au sein d’une région enclavée, la Scène nationale dirigée par Gérard Bono, un routier de la décentralisation toujours sur la brèche, joue un rôle essentiel. Le public vient nombreux (90 % de fréquentation) et la Scène nationale se déplace dans les villages de la région (55 communes ont été visitées ces dernières années) sans compter les activités dans les écoles, les hôpitaux, etc. Wajdi Mouawad (aujourd’hui à la tête du Théâtre national de la Colline à Paris), Jacques Vincey (aujourd’hui directeur du CDN de Tours) ont travaillé plusieurs années à Aubusson. C’est le cas aujourd’hui de Mathieu Roy et de sa compagnie du Veilleur. On y croise aussi de jeunes compagnies comme celles de David Gauchard, le Grand Cerf bleu, le Birgit ensemble ou le formidable collectif OSO, pour ne parler que du théâtre car la Scène nationale est bien entendu pluridisciplinaire.

Malgré la suppression des aides à l’emploi du conseil départemental de la Creuse et d’autres baisses ces dernières années (une perte de 15 000 euros) où la culture est devenue un mouton que l’on tond volontiers, la Scène nationale avait réussi jusqu’aujourd’hui à présenter des comptes en équilibre. Les nouvelles baisses la conduiraient à un lourd déficit.

La communauté de communes (de gauche) gênée aux entournures avait elle aussi baissé sa subvention mais, prenant conscience que la situation risquait de devenir périlleuse, son président vient d’annoncer qu’il compenserait en 2018 la baisse de 2017 en demandant à ce que la Scène nationale d’Aubusson bénéficie d’une subvention de 70 000 € en 2018, laquelle reste à voter le 30 mai. Suite aux événements de la Souterraine (les licenciements après la reprise de GM&S par GMD), le président Macron a annoncé, lui, un « plan de revitalisation de la Creuse ». Jolie formule. Il reste à la rendre sonnante et trébuchante. Avec ou sans plan, la Scène nationale d’Aubusson est vitale pour la région.

Jean-Baptiste Moreau, le député LREM de la Creuse a vertement répliqué dans un tweet aux propos imbéciles d’Olivier Faure. Il reste pour l’instant très silencieux à propos du péril qui menace la Scène nationale. On ne peut pas être partout et tweeter sur tout.

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