Sofia Teillet fait une fleur au sexe des orchidées

Pour son premier spectacle en forme de conférence débridée, Sophie Teillet fait mouche en explorant furieusement le sexe des orchidées, lequel en cache toujours un autre. Ses informations béton sont aussi persuasives que sa faconde.

Nouveau membre placé sous l’aile de la factory inventive de spectacles aussi drôles que passionnants qu’est l’Amicale, cette « coopérative de projets vivants » franco-belge dirigée par Antoine Defoort et Julien Fournet, Sofia Teillet n’est pas seule en scène. L’accompagnent une table avec son incontournable bouteille d’eau (présentement un thermos), le boîtier d’une télécommande pour actionner un rétroprojecteur (et/ou la climatisation et/ou la lumière de la salle) et un paquet de feuillets, bref : les trois ingrédients sacrés de tout conférencier.

Scène de la conférence  "De la sexualité des orchidées" © Anna Basile Scène de la conférence "De la sexualité des orchidées" © Anna Basile
Et c’est ainsi que la jeune et talentueuse Sofia Teillet devient illico membre de la petite famille des producteurs-auteurs-acteurs de conférences-spectacles. Où s’illustrent ses aînés toujours en pleine activité. Citons les Frédéric Ferrer (lequel est remercié, parmi d’autres, par Sofia Teillet pour son « entraide précieuse ») qui présentera prochainement à la Méridienne de Lunéville sa conférence De la morue et A la recherche des canards perdus à Beaudéon (65) avant qu’on ne le retrouve à la fin de ce mois à la Villette pour la suite de son Olympiorama ; David Wahl, découvert avec son Traité de la boule de cristal et qui présentera cet automne Le Sale Discours (sur les déchets) à Saint-Raphaël, Quimper, Niort et Gap ; ou encore Sébastien Barrier depuis son fameux Savoir enfin qui nous buvons et dont on attend la nouvelle création à Nantes en novembre, Ceux qui vont mieux.

Tiens, rien que des hommes, et je ne les ai pas tous cités. Et les femmes ? Sofia Tellier n’est sans doute pas la première mais, assurément, elle n’est pas la dernière. Mâle ou femelle, l’orchidée, cette sainte fleur bien roulée, met tout le monde d’accord : elle est abonnée aux deux sexes. Et c’est précisément le sujet du spectacle de la finaude Sofia Teillet intitulé De la sexualité des orchidées.

C’est une affaire des plus compliquées, des plus subtiles, et cela tient à un truc minuscule comme un demi-grain de riz. Comme ses confrères mâles, Sofia Tellier possède l’art de vous de parler de ça avec des mots de tous les jours, à se mettre à quatre pattes au besoin, et de vous tenir en haleine comme un conteur d’épopée. Depuis 75 millions d’années qu’elles poussent et fleurissent, bien avant que les hommes et les femmes se posent des questions sur le sexe, les orchidées avaient tout compris des processus de séduction.

Il faut entendre Sofia Tellier (la comédienne est sortie du Conservatoire national supérieur d’art dramatique en 2009) nous narrer l’histoire du leurre sexuel, l’arme secrète des orchidées. C’est beau et torsadé... comme une orchidée, fleur que détestait l’actrice bien qu’il en existe plus de trente mille espèces (hélas, nombre ont déjà disparues, victimes des polluants temps modernes). Et puis, un jour, elle est tombée sur un ouvrage explorant à fond les orchidacées, du grec orkhis, autrement dit : testicule. Et son cœur s’est ouvert. Attiré vers elle comme le sont les insectes par son odeur. Ne vous étonnez donc pas si en dégustant un flan à la vanille (la dite vanille n’est pas une tubercule ou un cousin du haricot vert mais bel et bien une orchidée), vous lui trouvez un arrière-goût de testicule.

Vu au Centre Wallonie-Bruxelles à Paris, le spectacle tourne : le 9 oct au Centre culturel de Berchem Sainte-Agathe/Koekelberg (Be), les 6 et 7 nov à l’Etoile du Nord à Paris, les 13 et 14 nov à l’Agglo Pays d’Issoire (63), les 3 et 4 déc au Carré-Colonnes à Saint-Médard-en-Jalles (33), les 12 et 13 fév au Centquatre à Paris dans le cadre du festival Les singulier.es, le 19 mars au Château de Goutelas à Marcoux (42), du 25 au 27 mars au Théâtre de poche d’Hédé Bazouges (35), du 13 au 17 avril à l’Atelier 210 de Bruxelles.

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