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Billet de blog 3 janv. 2022

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En haut le tg STAN, en bas Nicolas Bouchaud, deux habitués occupent la Bastille

L’acteur Nicolas Bouchaud et ses acolytes Eric Didry et Véronique Timsit, poursuivent leur aventure commune qui ne ressemble à aucune autre avec « Un vivant qui passe » d’après Claude Lanzman. Il en va de même du tg STAN qui retrouve Jon Fosse dans «Rambuku» avec la complicité de la compagnie Maatschppij Discordia et l’apparition d’une actrice simplement sidérante : Kayije Kagame

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Scène de "Rambuku" © Tim Wouters

On ne compte plus le nombre de spectacles que les Flamands du tg STAN, venus Anvers, ont joué au théâtre de la Bastille depuis bientôt vingt ans, même si le verbe jouer résume mal leur façon de ne pas jouer, si particulière , résolument non psychologique et jouant avec les œuvres pour mieux les honorer. Depuis dix ans , leurs spectacles venant le plus souvent à la Bastille en début de saison sont présentés quasi systématiquement dans le cadre du Festival d’Automne. Ce dernier est également abonné depuis le début ou presque aux bijoux que signent Nicolas Bouchaud et sa bande (Eric Didry à la mise en scène et Véronique Timsit à la collaboration artistique). Le tout premier, La loi du marcheur d’après les mots de Serge Daney, avait été créé dans un théâtre en bas des Champs Élysées (dont j’ai oublié le nom) mais, très vite, Bouchaud et son jazz band devaient trouver leur antre parisien au théâtre de la Bastille.

Et ce qui devait arriver est advenu cette saison : depuis décembre et jusqu’à ce début janvier, les deux compagnies occupent le théâtre de la Bastille : l’une dans la salle du haut, l’autre dans la salle du bas, les deux dans le cadre du Festival d’automne. Le tg STAN et Nicolas Bouchaud pratiquent un théâtre qui a façonné une identité propre à chaque aventure au fil des spectacles. En commun, une adresse au public non exempte de complicité et de connivence, un goût très sûr mais aussi très ouvert à l’heure de choisir un texte, une façon de jouer qui objective ou pirate la notion de personnage.

Il est d’autres aventures artistiques à forte identité artistique qui sont aussi des habituées du Théâtre de la Bastille : citons Nathalie Béasse (qui y présentera son nouveau spectacle au début février), le Raoul collectif (nouveau spectacle en mars), la compagnie l’Avantage du doute (qui présentera le sien en mai prochain). S’il n’avait pas été nommé à la direction du Festival d’Avignon, nul doute que Tiago Rodrigues (en partie formé comme acteur par le tg STAN) aurait enrichi cette liste. Notons qu’il aura à ses côtés, comme tête chercheuse, Géraldine Chaillou qui, dans l’histoire du théâtre de la Bastille a joué longtemps un rôle déterminant en tant que conseillère artistique.

A l’heure où les deux programmatrices du Festival d’automne font ses adieux avec cette cinquantième et dernière édition, à l’heure où le directeur du théâtre d de la Bastille Jean-Marie Hordé se prépare à faire les siens , on peut se demander si belle histoire (entamée par Nadia Croquet et Marie Pénin, programmatrices du nouveau théâtre de la Bastille , après travaux, auprès de Jean-Claude Fall) va perdurer, si la Bastille ne sera pas prise par l’ennemi : le théâtre habituel, ou, tout aussi dommageable orientation pour ce théâtre si particulier, la reprise en main par un artiste unique. L’avenir nous le dira. En attendant, profitons-en. Un jour en bas avec Nicolas Bouchaud , un autre en haut avec le tg STAN.

Scène de "Un vivant qi passe" © dr

Après les spectacles nés de livres écrits par Serge Daney (La loi du marcheur) , lohn Berger (Un métier idéal), Paul Celan (Le Méridien), Thomas Bernhard (Maîtres anciens dont Mathieu Amalric a signé une version filmée que l’on verra bientôt), voici donc Un vivant qui passe d’après, non un livre, mais un film de Claude Lanzman.

C’est un entretien que Claude Lanzman mena pendant le tournage de Shoah. Il ne l’intègre pas au film au long court mais en fait un autre, à part, titré Un vivant qui passe. A partir du script du film, Sami Frey en avait donné il y a peu une lecture du Théâtre de l’Atelier, mêlant -comme il l’avait fait pour plusieurs textes de Beckett - intensité du regard et concentration douce du dire. Nicolas Bouchaud et sa bande ont préféré travailler à partir des rushes du film pour composer le spectacle . On entre un peu plus dans la personnalité de l’interviewé, Maurice Rossel (Nicolas Bouchaud) , un Suisse, délégué à Berlin du CICR (Comité international de la Croix-Rouge) et celle de l’intervieweur Claude Lanzman (Frédéric Noaille que l’on a vu dans la plupart des spectacles de Sylvain Creuzevault).

Maurice Rossel était jeune quand, mandaté par le CICR, il est autorisé à visité le camp d’Auschwitz en 1943 et l’année suivante celui de Theresienstadt où Adolf Eichmann a minutieusement préparé sa visite en contrôlant toutes les apparences. Maurice Rossel ne voit rien, ne sent rien, tout au plus voit-il des corps squelettiques aux regards vides. Veut-il ne rien voir, ne rien soupçonner ? La mise en scène était-t-elle si parfaite ? Comment ne voit-il pas un masque de terreur dans le regard des détenus ? Quand Lanzman le rencontre, c’est un homme âgé à la mémoire claire et obscure. Il le presse de questions, le soupçonne de n’avoir voulu rien voir, de ne pas avoir sentir l’odeur des fours crématoires, de n’avoir pas songé un instant qu’on avait mis en scène sa visite à l’exemple des villages Potemkine de la Russie tsariste. Lanzman frappe, vise le foie, l’estomac, tente un crochet au menton. Rossel encaisse, esquive, cherche la parade, il semble un instant sonné mais ne tombe pas à terre.

Le théâtre reprendra le dessus sur le tard pour aérer l’atmosphère et détendre les gorges serrées, telles ces pin-ups en petite tenue qui défilent sur le ring en tenant entre leurs mains une pancarte annonçant le numéro du prochain round. Par deux fois les deux acteurs se livrent à un numéro burlesque et chantent, On est au théâtre, non ?

Le trio de "Rambuku" © Tim Wouters

Montons à la salle du haut du théâtre de la Bastille. Comme d’habitude, les tg STAN sont déjà là pour accueillir le public. Ils « n’entreront » pas en scène, ils y sont déjà, arpentent le décor généralement assez simple (cette fois deux toiles que l’on abaissera une à une, créant au sol un espace mouvant comme une mer agitée), le plus gros indique une place au spectateur indécis. C’est l’imposant Damiaan De Schrijver, ill parle bien le français. A ses cotés , le frêle Matthias de Koning est moins disert. C’est sa nature et il parle peu le français. Entre l’un des piliers du tg STAN et le maître de la compagnie Maatschappj Discordia la complicité est aussi ancienne que palpable. Quand au sortir de l’école , Damiaan, Jolente De Keersmaker et Frank Vercruyssen décident dé rester ensemble et de fonder le tg STAN, c’est auprès de Matthias de Koning qu’ils vont demander conseil. « Mon maître » dit Damiaan en regardant Matthias.

La pièce est signée Jon Fosse, auteur que les tg STAN retrouve après Je suis le vent (lire ici), elle est aussi mystérieuse et insaisissable que pour titre : Rambuku. Ne cherchez pas sur un carte, cela ne correspond à aucun pays, aucune ville ou village, c’est un nom rêvé, un endroit espéré, un ailleurs plus ou moins proche, un désir. Ce désir (ou consolation?) est porté par une « Femme » sans nom : aller là-bas à Rambuku avec un homme ou l’y retrouver. C’est elle qui parle le plus souvent dans un texte où les tournures reviennent presque à l’identique, comme un moteur qui a des ratés. La femme veut partir, partira-t-elle ? La pièce, telle qu’on l’entend (elle n’est pas encore traduite et publiée à l’Arche, éditeur attitré du théâtre de Fosse), ouvre plusieurs possibles. « On a beaucoup d’informations mais ces informations ne résolvent rien. Cela parle de partir, de rester, du fait de ne pas être à l’aise où l’on est.. » explique, dans le programme le volubile Damiaan.

Le rôle crucial et central de « la femme » est interprété par une jeune actrice que l’on a pu voir chez Bob Wilson (dans sa mise en scène des Nègres de Genet). Elle illumine la soirée par sa présence douce, son parlé simplement enveloppant, son élan qui la fait osciller entre ces deux acteurs monstres qui l’entourent. C’est elle, « la femme », qui donne des ordres. L’actrice s’appelle Kayije Kagame, elle est sortie de l’Ensatt en 2013 puis est allé l’été suivant à Long Island au mythique Watermill de Bob Wilson. C’est à l’Ensatt que, lors d’un stage, elle a rencontré Frank Vercruyssen, et lors d’une tournée des Nègres Anvers, Damiaan De Schrijver qui lui a fait lire Rambuku. C‘est aussi simple et aussi beau que cela.

Un vivant qui passe, après une première série de représentations du 2 au 23 décembre au Théâtre de la Bastille, seconde et dernière série du 3 au 7 janvier à 21h.

Rambuku, après un première série de représentations du 6 au 22 décembre au Théâtre de la Bastille, seconde et dernière série du 4 au 15 janvier à 19h30

Les deux spectacles dans le cadre du Festival d’automne.

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