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Billet de blog 23 janvier 2026

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Disparition de Jean-Jacques Hocquard

Né en 1941, Jean-Jacques Hocquard vient de mourir en Bretagne où il vivait à demeure ces dernières années , entouré des siens. Il revenait parfois à Paris pour des consultations médicales, voir des amis et s’occuper d’achever de mettre en ordre à Montreuil, l’héritage d’ Armand Gatti et le archives de la fabuleuse aventure de « La parole errante »

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Fils d’ouvriers, le jeune Hocquard songe à devenir radio dans la marine, il entre en 1960 à l’École centrale privée de TSS et d’électronique et adhère au Cartel des étudiants du supérieur technique. On le retrouve bientôt à l’UNEF (l’Union nationale des étudiants de France) où il milite contre la guerre d’Algérie. En 1961, le voici vice-président jeunesse adjoint chargé de la culture à l’UNEF, puis, en 1962, vice-président culturel de l’UNEF. Avec le futur metteur en scène Jean Pierre Miquel il réactive la Fédération nationale de théâtre universitaire ce qui le conduira à venir renforcer à Nancy l équipe du Festival de théâtre, d’abord universitaire puis mondial, que vient de créer le jeune Jack Lang.

Organisateur hors pair, Jean-Jacques Hocquard, assure, plusieurs années, la programmation et l’organisation du festival de théâtre de l’UNEF à Paris où débuteront Jérôme Savary et bien d’autres. En 1965, Hocquard crée la revue Calliope avec, entre autres, Serge July et Alain Crombecque, une revue qui n’aura que deux numéros.

Hocquard voit alors  La vie imaginaire d’Auguste G d’Armand Gatti, un spectacle qui le marque à jamais puis, en 1966 au TNP de Vilar, la nouvelle pièce de Gatti, Chant public devant deux chaises électriques (l’affaire Sacco et Vanzetti), il organise et anime un débat à la Sorbonne sur ce spectacle, prélude à une longue et belle amitié complice et une vie de travail avec Gatti.

En 1967, J-J. Hocquard organise pour le collectif intersyndical d’action pour la paix au Viet-Nam une tournée militante de la pièce de Gatti V comme Viet-Nam. Les deux hommes, proches, deviennent inséparables. L’un écrit et et met en scène, l’autre s’occupe de tout. « Ce n’est pas Gatti qui m’a fait entrer dans cette voie de la culture, mais c’est lui qui m’y a fait rester » dira-t-il plus tard. Les deux hommes ne vont plus de quitter, de l’Allemagne à l’Irlande, de Saint-Nazaire à Fleury Mérogis, d’Avignon à Paris 8 où Michelle Kokosovski mène plusieurs actions autour de Gatti avec la complicité d’Hocquard.

L’amitié étudiante entre Hocquard et Alain Crombecque perdurera, et lorsque ce dernier dirigera le festival d’Avignon, Gatti et Hocquard seront plusieurs fois invités au Festival. De même s’est nouée une amitié durable avec Micheline et Lucien Attoun les manitous de Théâtre Ouvert.

Illustration 1
Jean-Jacques Hocquard © dr

Il faisait bon rencontrer Hocquard autour d’une table, cet homme affable, rieur avait aussi une mémoire d’éléphant. Lorsque je travaillais à un livre racontant l’histoire du Festival de Nancy qui fut aussi en partie la sienne, j’eus souvent recours à son étonnante mémoire et son riche carnet d’adresse

En 1986 s’ouvre l’aventure « La Parole errante » à Montreuil-sous-Bois, centre de création international, subventionné par le ministère de la Culture qui allait durer jusqu’à la mort de Gatti et dont Hocquard fut un des piliers. Chemin faisant, il s’occupera d’autres metteurs en scène, Gabriel Garran, le fondateur du théâtre d’Aubervilliers qu’il accompagnera jusqu’à sa disparition et Jean-Marie Patte jusqu’à ce dernier décide, hélas, d’arrêter de faire des spectacles qui ne ressemblaient à personne. Mémé après la mort de Gatti, Hocquard continuera de s’occuper de lui : la maison de Gatti en Italie par exemple ou bien la gestion des magnifiques « Cahiers Gatti » dirigés par Olivier Neveux et Monique Brun.

Jean-Jacques Hocquard n’écrira qu’un seul livre  (co signé avec Pauline Tanon), Armand Gatti dans le maquis des mots (Actes sud), préfacé par Robert Abirached. Il me le dédicacera ainsi : « Ce n’est pas encore le livre de mes souvenirs.. A bientôt de te voir ». On s’est souvent revus, mais je n’ai jamais osé lui demander s’il avait commencé à écrire le récit de sa fantastique vie.

Ses obsèques auront lieu au cimetière du Père Lachaise, jeudi 29 janvier à 15h30, sous la coupole

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