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Billet de blog 24 mars 2015

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Le projet novateur de Stanislas Nordey pour le Théâtre National de Strasbourg

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Nommé l’été dernier à la direction du Théâtre national de  Strasbourg, Stanislas Nordey pourra mettre en œuvre son projet à partir de la rentrée de septembre. C’est un projet novateur, pluriel et fédérateur d’énergies dont il vient de détailler les visées magnifiques et les rêves tangibles pour les six ans à venir.

Ses années à la tête du Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis où il avait initié un projet de théâtre citoyen, ses années passées au Théâtre de Nanterre comme artiste associé aux côtés de Jean-Pierre Vincent lorsque ce dernier en était le directeur, ses années à la tête de l’école du Théâtre de Bretagne à Rennes, son compagnonnage avec Théâtre Ouvert, et la saison passée comme artiste associé au Festival d’Avignon, l’ont préparé à ce défi : diriger le seul théâtre National adossé à une école en partageant l’outil  -c’est-à-dire le binôme théâtre et école-. Non ponctuellement mais « au quotidien » avec :

-6 metteurs en scène (Julien Gosselin, Thomas Jolly, Lazare, Christine Letailleur, Blandine Savetier et Anne Théron),

-10 acteurs et actrices (Emmanuelle Béart, Audrey Bonnet, Nicolas Bouchaud, Vincent Dissez, Valérie Dréville, Claude Duparfait, Véronique Nordey, Laurent Poitrenaux, Dominique Reymond et Laurent sauvage)

-6 auteurs (liste en cours de constitution mais où figurera Falk Richter).

Autant d’hommes que de femmes : une parité absolue. Du jamais vu. « Un théâtre national doit être pionnier et poser des actes exemplaires » insiste Nordey. Les artistes (metteurs en scène, acteurs, auteurs) sont embarqués dans l’aventure pour les six ans à venir. Chacun à sa manière à partir d’ « un pacte de confiance » qui autorise l’échec, le doute, l’envie d’aller voir ailleurs (selon  « un rapport de non exclusivité »).

Précisons : les 5 acteurs et les 5 actrices ne constitueront pas une troupe au service de tel ou tel metteur en scène mais seront  des maîtres d’œuvre. Chacun sera générateur de projets, de propositions et tous interviendront dans l’école.

"Un théâtre qui porte haut la parole du poète"

En leur temps, les années (1975-1983) de Jean-Pierre Vincent à la tête du même établissement  phare avaient donné une formidable énergie au paysage théâtral. Il était venu avec un metteur en scène, des dramaturges, un auteur, une dizaine d’acteurs permanents (en s’inspirant du modèle berlinois de la Schaubühne  de Peter Stein-Klaus Gruber). L’époque a changé. Dans l’économie et le fonctionnement  actuels du théâtre français, Nordey ne croit plus aux troupes permanentes mais il croit aux forces de l’institution aux  bases renouvelées. Il est beau que, plus de trente ans après, Nordey succède à Vincent l’un de ses pères. « Le TNS me faisait rêver. C’était le modèle, le lieu où le théâtre public avait une force évidente » dit-il. « J’ai été formé au Conservatoire à Paris mais c’est à l’école du TNS que j’aurais voulu être ».

Il y est. Il entend faire du TNS « un théâtre qui porte haut la parole du poète ».Et ceux qui viennent à ses côtés portent ce projet avec lui. Le choix des artistes n‘est pas hasardeux ou stratégique et c’est le contraire d’un casting. Certains sont des anciens élèves de Nordey, d’autres l’ont mis en scène, la plupart ont travaillé avec lui, certains depuis très longtemps. Ni famille, ni clan, mais une exigence partagée autour de la création contemporaine qui sera le fer de lance de la maison : « le texte contemporain aura une place centrale dans toutes les activités du TNS ». Moins une question d’époque que d’esprit : Christine Letailleur va travailler sur « Les liaisons dangereuses » de Laclos et Anne Théron a écrit une pièce à partir de ce même texte. Un comité de lecture animé par Frédéric Vossier réunira tous les artistes de l’aventure et d’autres, en ayant aussi le souci de faire des « relecture »s de grandes pièces contemporaines trop peu jouées ou laissées en jachère. Une revue verra également le jour.

Partage, parité, diversité

 Nordey entend aussi s’attaquer au manque de diversité, mal endémique du théâtre français : « aller à la rencontre de ceux qui n’ont pas accès au théâtre, c’est fondamental », sur ce plan « on est très en retard ». Une diversité des spectateurs mais, à terme (car c’est plus compliqué) également des acteurs, des auteurs, des metteurs en scène, et tout autant des élèves recrutés dans l’école qui pour la quasi-totalité  sont issus de familles plus ou moins aisées. « Les métiers du spectacle doivent être accessibles à la diversité ».Un vaste chantier que Nordey compte développer, pour ce qui est du public à travers « l’autre saison » faite de rencontres, d’interventions d’acteurs, de lectures.

Stanislas Nordey, Stan pour les intimes,  entend mener ce projet  à budget constant (environ 12 millions d’euros). Pas facile. Mais il compte sur un nombre accru de représentations (de deux à trois semaines par création)  et de spectacles dans les trois salles générant un apport supplémentaire de 10 00 spectateurs, et donc des recettes à la hausse, en pariant encore sur un retour massif probable du public qui, ces derniers temps, avait un peu délaissé la maison. Mais aussi multiplier les complicités avec d’autres structures en France et à l’étranger (coproductions), rechercher des mécènes pour financer « les activités à destination des publics dit en difficulté et issus de la diversité ».  

« Symboliquement », Strasbourg étant à quelques centaines de mètres de l’Allemagne, Nordey fêtera son arrivée en signant une co-mise en scène avec l’allemand Falk Richter ,« Je suis Fassbinder », pièce que Richter s’apprête à écrire. On y honorera des textes au TNS, et comment, et tout le temps. De Pamuk à Bolano, de Paul Celan à Lazare, dans un proche avenir. « S’appuyer sur le texte. Ne pas lâcher la parole d’où qu’elle vienne » a conclu, déterminé, Stanislas Nordey.

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