Silvia Calderoni dans "MDLSX" © Ilariascarpa Silvia Calderoni dans "MDLSX" © Ilariascarpa

Silvia Calderoni sidère, séduit, secoue, trouble au plus profond, une fois encore. Que l’on soit homme, femme, gay, lesbienne, trans, bi ou quoi que le l'on soit, elle nous perce, nous transperce. Seule en scène, à la fois machiniste, DJ, éclairagiste et accessoiriste , elle parle de son corps comme d’un compagnon étrange, mystérieux, instable, insaisissable. Un « monstre », lira-t-elle un jour dans un dictionnaire en y cherchant la définition d’eunuque et d’hermaphrodite. Un corps tout en violence d’affirmations non contradictoires mais complémentaires, une femme dont le double est un homme. L’histoire non achevée d’un être né femme, devenu homme à l’adolescence, et aujourd’hui actrice c’est-à-dire aussi acteur, indomptable bête de scène.

« T'es quoi exactement ? »

C’est ce que raconte MDLSX. Un spectacle qui fait du bien là où ça fait mal, une performance. Méli-mélo de mots personnels ou référentiels, de vidéos familiales, de toiles, d’écrans et de chiffons. Le va-et-vient explosé et dansé d’un corps multiple. Une salve de souffles en            23 « tracks » ou séquences brèves, chacune portée et soutenue (comme un pieu soutient un arbre menacé par le vent) par une correspondance musicale : Buddy Holly, The Smiths, The Cramps (« Human fly »), Rodriguez (« This is not a song »), Stromae (« Formidable »), Talkings heads (« Road to nowhere »), etc.

« Est-ce que je peux te poser une question ? T’es quoi exactement ? », lui demande un être de passage. La réponse ne tient pas dans un mot, un sexe, un genre. MDLSX est sa réponse. Sans fard, sans plainte. Une réponse rageuse, comme toujours dès que Silvia Calderoni entre sur une scène, un des rares endroits où elle doit se sentir bien (j’imagine), le lieu de toutes les identités possibles et de tous les travestissements.

Vingt-cinq ans de Motus

La mise en scène de MDLSX est signée Enrico Casagrande et Daniela Nicolò. Ils ont fondé ensemble la compagnie Motus il y a vingt-cinq ans, Silvia Calderoni les a rejoints en 2006. C’est l’une des meilleures troupes italiennes, connue en Europe et dans le monde entier, mais trop peu vue en France (jamais invitée au Festival d’Automne, ce qui apparaît peu croyable) malgré la création de deux de ses spectacles, l’un au Théâtre national de Bretagne à Rennes, l’autre au Festival Théâtre en mai à Dijon. Dans ce dernier spectacle, Iovadovia contest#3, autour du personnage d’Antigone, le rôle était évidemment tenu par Silvia Calderoni (lire ici). La compagnie a aussi présenté en France Alexis. Une tragédie grecque (lire ici).

Pour ses vingt-cinq ans d’existence (anniversaire marqué par une rétrospective de neuf spectacles à Bologne réunis sous le titre « Hello stranger »), Motus comptait mettre en scène Splendid’s de Jean Genet avec une distribution entièrement féminine. Mais les droits n’ont pas été accordés à la compagnie en raison du changement de sexe des personnages. Alors Magdalena Barile et Luca Scarlini ont écrit Raf-Fiche qui reprend la situation de la pièce et constitue un hommage à Jean Genet, le rôle de Jean étant tenu par Silvia Calderoni. Le spectacle vient d’être créé en Italie.

MDLSX est programmé au festival de Théâtre musical « Mesure pour mesure » organisé par le musicien (batterie) et metteur en scène Mathieu Bauer, directeur du Nouveau Théâtre de Montreuil. Le spectacle se donne pour une série de neuf représentations, ce qui est juste, mais c’est hélas devenu une rareté et pas seulement pour les troupes étrangères. Au salut, Silvia Calderoni qui aura passé son temps à se deshabiller et à s’habiller, revient en jean, revêtue d’un T-shirt : « My girlfriend is a marxist ».

MDLSX, Nouveau Théâtre de Montreuil, 20h les 25, 26 et 30 nov, 21h les 28, 29 nov, 1er et 2 déc. En 2017, le spectacle tournera en Italie, Australie, Canada, Suisse, et dans deux villes françaises : Montbéliard le 12 avril, Toulon les 27 et 28 mai.

Le festival « Mesure pour mesure » continue jusqu’au 16 décembre, programme détaillé ici.

 

 

 

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