Comédienne, épouse de Peter Brook, Natasha Parry est décédée le 22 juillet en Bretagne où elle se reposait, victime d’une hémorragie cérébrale. Elle avait 84 ans.
De Londres...
A Londres, lui, jeune metteur en scène anglais (fils de juifs lituanien émigrés) mettant le feu aux idées reçues, elle, jeune actrice (russe par sa mère, grecque par son père), incendiant les scènes britanniques de son talent, ont tôt fait de se rencontrer. Leur union est scellée par le mariage en 1951. Ils auraient pu devenir un couple légendaire comme les gazettes et le public les aiment, de Bacall-Bogard à Renaud-Barrault. Il n’en est rien. On le doit d’abord à la discrétion que Natasha Parry pratiqua comme un art et aussi à Peter Brook qui parlait d’elle en termes choisis et onctueux d’affection, mais presque en s’excusant de le faire.
Enfant du sérail, Natasha Parry avait débuté très tôt au théâtre, dès l’âge de douze ans, donnant la réplique à des stars comme John Gielgud, excusez du peu. Son jeune mari devait plusieurs fois la mettre en scène sur des scènes anglaises, ainsi dans Le Roi Lear où elle avait comme partenaire Orson Welles.
Quand la carrière de Brook appela le couple à s’installer en France, Natasha fut longtemps réticente à s’exprimer en français sur une scène. Il fallut attendre 1977 et La Nuit de l’iguane de Tennessee Williams dans une mise en scène d’André Voutsinas. Ce qui ne l’avait pas empêchée de triompher sur des scènes londoniennes ou d’être l’inoubliable et troublante interprète auprès de Gérard Philipe du film Monsieur Ripois de René Clément en 1954.
...à Paris
L’amour de la culture, de la langue et du théâtre russes qu’ils avaient en commun présida à leurs retrouvailles scéniques aux Bouffes du nord autour de La Cerisaie de Tchekhov, pièce adaptée par le fidèle Jean-Claude Carrière. Dans le rôle de Lioubov bien sûr, celle qui, au début de la pièce, revient dans la demeure de famille, retrouve sa chambre d’enfant et, « joyeuse à travers les larmes », redevient un instant la petite fille qu’elle fut, Natasha Parry avait pour partenaires Michel Piccoli et Niels Arestrup mais aussi Catherine Frot, Nathalie Nell, Anne Consigny, et bien d’autres. Brook, qui avait appris le russe à Oxford, avait travaillé l’écoute du texte avec la mère de Natasha.
En 2003, ils devaient renouer avec Tchekhov dans un montage de textes, Ta vie dans la mienne, autour du couple que formaient Anton Tchekhov et sa femme, l’actrice Olga Knipper. Un spectacle non sans correspondances.
Entre-temps, sur une scène du théâtre privé, Peter Brook avait mis en scène son épouse et Marcello Mastroianni dans Tchin-Tchin, merveilleuse pièce de François Billetdoux, un grand succès. Et Brook un jour (en 1995) eut la belle idée de lui offrir le rôle quasi unique de Winnie dans Oh les beaux jours de Samuel Beckett. Cadeau qui devint celui de nombreux spectateurs. Dans un temps plus récent, on avait pu l’entendre dire les sonnets de Shakespeare dans sa langue natale. Peu à peu, elle avait semblé quelque peu s’effacer derrière son mari, derrière Peter Brook. L’art d’être discrète.
Le couple a eu deux enfants, Simon, plutôt orienté vers le cinéma, et Irina, qui aujourd’hui dirige le Centre dramatique national de Nice.
Obsèques ce lundi, 11h en l’église de Jouars-Pontchartrain (Yvelines).