Le 69e festival d’Avignon sera-t-il érotique ?

Le festival d’avignon sera en tout cas alléchant et fourni avec 56 propositions dont 38 spectacles pour la plupart des créations. 21 spectacles de théâtre  12 « indisciplinés » comme le dit joliment Olivier Py,  le directeur du festival, 7 spectacles de danse, 5 de musique. Avec un équilibre entre les artistes étrangers et les artistes français.

"Je suis un autre"

Après Avignon, avant de détailler ce programme à Paris au 104 (coproducteur ou partenaire d’un certain nombre de spectacles), Olivier Py a tenu à  montrer sur un grand écran une carte de France des festivals et lieux culturels récemment fermées par dizaines. A part l’extrême pointe de la Bretagne et une partie de l’Auvergne, aucune région, n’est épargnée. Une hérésie quand on sait que la culture est génératrice d’emplois et qu’elle ouvre plutôt qu’elle ne ferme les esprits, n’a pas manqué de rappeler Olivier Py (qui a vu la subvention de la ville d’Avignon amputée de 5%).

Il a titré son édito : « Je suis un autre ».Entre Charlie et Rimbaud. Et de commenter : « l’autre c’est le sens même du festival. L’artiste c’est d’abord l’autre, l’altérité, souvent c’est la figure de l’étranger, de la femme, du voyageur, du proscrit, de l’oublié. Et quelquefois c’est moi-même. »

Le festival s’ouvrira le 4 juillet par une volée de spectacles: Olivier Py mettra en scène « Le roi Lear »  retraduit par ses soins alertes dans la Cour d’honneur du Palais des papes, le Polonais Krystian Lupa viendra pour la première fois à Avignon avec « Des arbres à  abattre » de Thomas Bernhard l’un de ses auteurs de prédilection, le jeune Jonathan Châtel qui nous avait enchanté avec son « Petit Eyolf » (découvert au Théâtre de Vanves)  a retraduit la première partie du « Chemin de Damas » de Strinberg sous le titre « Andréas », chaque jours à midi commencera un long feuilleton qui finira le 25 juillet (dernier jour du festival), une traversée de « La république de Platon » un texte fleuve signé Alain Badiou. Le 4 juillet également s’ouvrira dans les locaux de la collection Lambert « un musée imaginaire » consacré à Patrice Chéreau.

"Le vivier des noms"

Un focus  argentin s’étalant tout au long des 22 jours du festival réunira trois pointures que l’on aime bien : Sergio Boris, Claudio Tolcachir et Mariano Pensotti. Autres étrangers : Thomas Ostermeier sera de nouveau là avec « Richard III », les craquants estoniens du groupe 99  viendront avec une création maison comme ils en ont l’habitude, le tout nouveau et tout jeune directeur du théâtre national de Lisbonne Tiago Rodriguez proposera « Antoine et Cléopâtre » d’après Shakespeare, le Russe Kirill Serebrennikov qui a foutu le feu à Moscou au vieux théâtre Gogol s’attaquera aux « Idiots » (d'après le film de Lars von Trier), on retrouvera les israéliens de Winter Family remarqués au festival Impatience, on découvrira la troupe d’Ahmed El Attar venue du Caire, le chorégraphe sénégalais Fatou Cissé, et, très attendue, la chanteuse star de Beyrouth à Tunis Dorsaf Hamdani. Enfin Py présenta en espagnol sa pièce « Vers la joie ».

Coté danse: Hofesh Shechter, Esther Salamon, Fabrice Lambert, Gaël Bourges (avec son remarquable « A mon seul désir ») et, dans la cour d’honneurn Angelin Preljocaj. Côté France : Valère Novarina avec « Le vivier des noms », Pierre Meunier et Marguerite Bordat qui ont travaillé sur les étonnants textes de Baboullec, jeune femme autiste, Samuel Achache avec « Fugue »,  le tandem Nathalie Garraud et Olivier Saccomano,  Philippe Berling  adaptera le roman de Kamel Daoud « Meursault » et Benjamin Porée, découvert au Théâtre de Vanves, affrontera « la trilogie du revoir » de Botho Strauss, très belle pièce que l’on n’a plus vue depuis longtemps.

Sade dans la Cour d'honneur

Côté musique et littérature, des représentations uniques : Éric Reinhardt et Feu ! Chatterton, Fanny Ardant et le Namascae Lemanic Modern ensemble, Robin Renucci et l’orchestre régional Avignon-Provence. Un soir, un soir seulement mais dans la Cour d’honneur du Palais des papes, Isabelle Huppert dira un texte d’un auteur régional : le Marquis de Sade.

Il y aura d’autres expos dont l’une consacrée au peintre Guillaume Bresson, auteur de l’affiche du festival, une autre à Tadeusz Kantor (qui aurait eu cent ans cette année) à l’hôtel de la Mirande. Des spectacles pour enfants (dont l’un réalisé par l’étonnant belge Benjamin Verdonck), un spectacle qui se promènera un peu partout autour d’Avignon (Olivier Martin-Salvan), et comme toujours des « sujets à vif », des « ateliers de la pensée », des écoles de théâtre invitées, un nouveau lieu d’exposition La nef des images. Et aussi l’équipe de Charlie-Hebdo dont Willem qui est un habitué du festival off. Festival off dont Py n’a dit mot.

Le programme complet et définitif sera disponible à la mi-mai 

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