Mort d’une mère courage, Véronique Nordey

L’actrice, la fée de la transmission, la mère et compagne de route de son fils Stanislas Nordey qui l’avait appelée à ses côtés au Théâtre national de Strasbourg, s’est éteinte.

Véronique Nordey dans "Par les villages" © Jean-Louis Fernandez Véronique Nordey dans "Par les villages" © Jean-Louis Fernandez

Comme Antoine Vitez, Laurent Terzieff, Delphine Seyrig, Claude Régy et tant d’autres, Véronique Nordey avait été l’élève de la grande figure de la transmission que fut Tania Balachova. Elle joua très jeune (dès l’âge de 16 ans) côtoyant de grands acteurs sur les scènes des bons théâtres privés de l’époque. Puis elle rencontra (à 25 ans) le cinéaste Jean-Pierre Mocky qui l’épousa, la fit tourner dans plusieurs de ses films, la voulant près de lui toujours, faisant en sorte qu’elle ne tourne pas avec d’autres. Ils eurent un fils, Stanislas, qui resta avec sa mère lorsque le couple se sépara en 1971 et que le père jura de ne jamais revoir son fils alors âgé de quatre ans. Un fils qui, très tôt, prend le nom de sa mère, et se fait appeler Stanislas Nordey.

La base, le fond, la sève

Quand son fils, à 15 ans, lui dit qu’il veut devenir acteur, elle lui parle du cours d’art dramatique d’une amie qui avait été chez Tania Balachova. Sa mère lui fait travailler une scène des Parents terribles de Coteau pour son audition. Il est admis. Mais le cours le laisse insatisfait. Il en parle à sa mère. L’idée d’ouvrir un cours d’art dramatique prend forme de façon très informelle ; cela se fait parce que cela devait se faire.

Dans son cours, Véronique Nordey transmet à son tour tout ce que lui a appris Tania Balachova. La grandeur du théâtre est souvent une affaire de filiations. Pour Stanislas, c’est fondateur : « Tout ce que je suis au plateau vient de là. La base, le fond, la sève », confesse-t-il. Pendant vingt ans, le cours de Véronique Nordey verra à son tour passer une flopée d’acteurs. C’est en regardant sa mère qu’il appelle désormais Véronique que, au creux de l’acteur naissant, naît le futur metteur en scène. Et un jour Véronique demande à Stanislas de s’occuper des débutants…

Une figure de courage

C’est par la mise en scène que le fils s’émancipera de l’enseignement de sa mère tout en offrant à Véronique des rôles magnifiques. Elle est là, plantée sur ses deux pieds, étonnamment terrienne, dans Violences de Didier-Georges Gabily (2001), bientôt dans la création d’Incendies de Mouawad au Théâtre national de Bretagne, ou encore dans Les Justes de Camus. En juillet 2013, dans la Cour d’honneur du Palais des papes du Festival d’Avignon, elle est l’une des figures de Par les villages de Peter Handke. Stanislas l’associe volontiers au personnage de Nora. « Ma mère, pour moi, c’est une figure de courage. J’ai conscience que si tu regardes toutes les figures féminines des pièces que je monte, la plupart du temps, ce sont des figures de survivantes. Ces figures sont des images rêvées ou décalquées de ma mère », dit-il encore.

Elle sera aussi dirigée par d’autres metteurs en scène tels Wajdi Mouawad, Jean-Christophe Sais, Nicolas Stermann et Garance Dor (la fille qu’elle eut avec son second mari, le parolier Jacques Dor) et des cinéastes comme Noémie Lvovsky ou Benoît Jacquot (Les Adieux à la reine).

Quand Stanislas Nordey prend la direction du Théâtre national de Strasbourg et de son école, elle fait logiquement partie des artistes associés. Elle dirige plusieurs stages avec les élèves, participe à la nouvelle mise en scène d’Incendies de Wajdi Mouawad et on la voit encore, pour la dernière fois, dans Affabulazione de Pasolini, l’auteur fétiche de son fils. On aurait dû la retrouver dans de nouvelles pièces de Wajdi Mouawad et l’été prochain auprès de Thomas Jolly dans Thyeste.

Elle s’est éteinte doucement ce mercredi dans un hôpital lyonnais. Alors que Stanislas Nordey est en tournée avec Je suis Fassbinder, où il appelle « maman » l’acteur Laurent Sauvage qui est pour lui comme un frère.

Les citations sont extraites de Stanislas Nordey, Locataire de la parole par Frédéric Vossier, éditions Les Solitaires intempestifs.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.