Prénom ? Axel. Sexe ? ...

Comme le personnage qu’elle incarne, Camille Bernon porte un prénom qui vaut pour les deux sexes. S’appuyant sur un fait divers sans pour autant s’y limiter, la jeune compagnie Mauvais sang animée par l’actrice et par le metteur en scène Simon Bourgade propose « Change me », l’histoire d’Axel, née fille et qui se vit mec.

Scène de "Change me" © Benjamin Porée Scène de "Change me" © Benjamin Porée
Axel se bande les seins dans la salle de bain. Axel la fille devient Axel le garçon. Allant jusqu’à raser devant le miroir son absence de poils. Sa mère se moque de son enfant, elle attend qu’elle redevienne la petite fille bien rose qu’elle fut, elle ne veut voir dans ce changement apparent de sexe qu’un caprice, une posture, au mieux une révolte. Rôle en or tout autant que casse-gueule pour une actrice. Il y a deux ans, lors d’une maquette de la compagnie Mauvais sang vue au Centquatre de ce qui allait devenir aujourd’hui Change me, l’actrice Camille Bernon était impressionnante. Elle l’est plus encore aujourd’hui, même si le spectacle, en gagnant en densité et en efficacité scénique, a un peu perdu en mystère et en trouble.

Avec le metteur en scène Simon Bourgade, l’actrice est à l’origine de ce projet qui s’appuie sur l’histoire de Brandon Teena, un(e) jeune transgenre américain(e), assassiné(e) par ses copains quand ils découvrent que leur pote si sympa, si déconneur est en fait une fille, autrement dit à leurs yeux une salope, une pute qui les a roulés dans la farine. Ils la violent, la tuent. Sont-ils les seuls coupables ? Sa mère (Pauline Bolcatto) ne l’est-elle pas aussi, elle qui n’a rien voulu voir ? Et Lena (Pauline Briand), la fille dont Axel était amoureux et qui partageait cet amour avec « lui » jusqu’à ce que... Le spectacle commence après la mort d’Axel en remontant le temps. Chacun témoigne : la mère, la copine, les copains assassins.

C’est le premier angle de vue offert par le spectacle, qui ne s’en tient pas à cette utile approche documentaire. Le second angle est celui de scènes où Axel s’éclate en mec avec ses deux copains, Thomas (Baptiste Chabauty) et Jonathan (Mathieu Metral) qui font la paire. On cause filles, culs, chattes en picolant tout en laissant la télé allumée. Plaisir d’un théâtre inventé à la diable, sur le pouce. Un troisième angle éclaire ce fait divers en le liant à l’une des Métamorphoses d’Ovide et à Iphis et Iante, une pièce écrite en 1630 et en alexandrins par Isaac de Benserade.

C’est le croisement de ces angles qui offre à ce spectacle constamment tenu sa scène la plus forte et la plus enivrante. Dans une lumière entre chien et loup, Axel et Lena se retrouvent autour d’une voiture. Axel et Lena tournent autour du véhicule comme ces deux êtres se tournent autour. Les voici qui s’embrassent et se caressent avec douceur comme souvent et comme les deux copains l’ont enseigné à Axel dans une scène d’éducation à la drague très drôle, mais cette fois les deux amoureux veulent aller plus loin. Par alexandrins interposés, Axel retarde le moment qu’il sait sans retour et sans futur. Encore un petit peu de bonheur. Juste encore une petit peu. Axel ensorcelle Lena avec des alexandrins et l’entraîne dans ses baisers de mots. Ils sont dans la voiture, Axel à l’avant, Léna à l’arrière, magnifique moment où la poésie retient le drame. Lena commence à se déshabiller, Axel en fait autant. Vient le moment où il/elle doit baisser son slip.

La mise en scène de Simon Bourgade joue habilement des changements d’ambiance, tâche facilitée par une scénographie éclatée (Benjamin Gabrié). Une scène comme irréelle montre la mère lavant le corps nu de son enfant Axel et couvrant son corps d’étoiles. Son corps ou son cadavre ?

Théâtre de la Tempête, du mar au sam 20h30, dim 16h30, jusqu’au 10 juin.

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