La « punition prête à l’emploi » : une avancée pédagogique et éducative ?


 

Des personnels de direction ont récemment reçu d’un éditeur[1] un courriel présentant un  ouvrage intitulé Recueil de punitions en cas d'infraction aux règles, qui propose « + de 60 idées de punitions originales et prêtes à l’emploi, pour faire face à toutes les situations pendant et en dehors des heures de cours ! » L’intention est clairement exposée : « Si faire recopier un texte ou donner des conjugaisons sont des punitions que les élèves redoutent assez car elles sont très pénibles, elles ne font pas pour autant réfléchir les élèves suite à l'infraction aux règles qu'ils ont commise. Ce recueil de punitions a donc été élaboré non pas pour donner des punitions distrayantes à vos élèves mais pour les faire réfléchir. » En bref, voici une « véritable alternative aux punitions classiques : 
des devoirs supplémentaires intelligents et créatifs ! »

Avec de tels arguments, le chef d’établissement peut-il encore hésiter, quand il sait que certains de ses élèves se voient infliger la punition de recopier le règlement intérieur de l’établissement ? Qu’est-ce qui peut l’empêcher de passer commande de cet ouvrage dont le titre rappelle avec  l’expression « en cas d’infraction aux règles » la préoccupation affichée par une récente circulaire intitulée Application de la règle, mesures de prévention et sanctions[2] ?

Ce sera peut-être l’argument du « prêtes à l’emploi » qui agira comme une contre-publicité.

En effet, le chef d’établissement a été attentif au texte, et pas seulement au titre, de la circulaire n° 2014-059 du 27-5-2014 parue au BO du 29 mai. A propos des punitions, que rappelle la circulaire ?

« L'enseignant demandera notamment à l'élève de lui remettre un travail en lien avec la matière enseignée. » Dans la  liste indicative des punitions présentée par la circulaire, on trouve, en dehors du rapport signé par les parents et de l’excuse publique orale ou écrite, deux options : « - devoir supplémentaire (assorti ou non d'une retenue) qui devra être corrigé par celui qui l'a prescrit. Les devoirs supplémentaires effectués dans l'établissement doivent être rédigés sous surveillance ; - retenue pour faire un devoir ou un exercice non fait. » On perçoit l’importance accordée dans la circulaire au fait que la punition soit en lien avec la matière enseignée, avec le travail ou l’exercice non fait. Ce ne peut qu’exceptionnellement être le cas de punitions « prêtes à l’emploi » qui ne sont en lien qu’avec le manquement à l’origine de la punition et non avec l’enseignement concerné.

Le chef d’établissement perçoit bien alors dans quelle logique s’inscrit ce recueil de punitions prêtes à l’emploi. Une fois encore, on déconnecte l’éducatif du pédagogique, le comportemental des enseignements disciplinaires. C’est pourtant ce que demande d’éviter on ne peut plus clairement la dernière circulaire. Avec les punitions prêtes à l’emploi, on peut redouter la dérive qui ferait que le service de la vie scolaire devrait  prendre en charge les élèves punis, avec comme ressources disponibles cette banque de punitions prêtes à l’emploi. Or la circulaire du 27 mai est parfaitement claire à ce sujet : « Des dispositions devront donc être prises, au sein de chaque établissement, afin d'éviter que les faits les moins graves commis par des élèves perturbateurs pendant les heures de cours, ne fassent systématiquement l'objet d'un traitement par le service de la vie scolaire de l'établissement. »

Il n’est pas sûr, donc, que, compte tenu des orientations rappelées dans la circulaire du 27 mai, un recueil de punitions prêtes à l’emploi soit la meilleure manière de donner à la punition une pleine utilité, dans le domaine des apprentissages académiques comme dans celui des apprentissages comportementaux. L’occasion est en tout cas donnée aux établissements de penser plus que jamais leur politique pédagogique et éducative non comme dichotomique, mais comme symbiotique.

 


[1] http://www.editions-raabe.fr/pedagogie/42-recueil-de-punitions-en-cas-d-infration-aux-regles.html

[2] circulaire n° 2014-059 du 27-5-2014[2] parue au BO du 29 mai

http://www.education.gouv.fr/pid25535/bulletin_officiel.html?cid_bo=79279

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