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Billet de blog 2 févr. 2020

Le temps des «erreurs»: les signes d’une politique?

D’une retenue sur traitement pour participation à l’hommage à une collègue dont le suicide est lié à ses conditions de travail à la demande d’interdire ateliers et stages aux élèves en situation irrégulière, jusqu’au refus d’allongement du congé en cas de disparition d’enfant, cette suite d’ « erreurs » ne traduirait-elle pas la ligne directrice d’une politique qui ne dit pas son nom ?

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La ministre du travail a reconnu récemment « une erreur » après le rejet à son initiative par la majorité de l’Assemblée nationale le 30 janvier d’une proposition de loi du groupe UDI-Agir permettant un congé de 12 jours en cas de disparition d’un enfant. On rappellera que ladite ministre fut « directrice des ressources humaines » du groupe Danone…

Ce genre d’ « erreur » n’épargne pas l’éducation nationale.

Premier exemple, à Créteil. Des professeurs ont participé le 3 octobre dernier, devant le rectorat de Créteil, à un hommage à Christine Renon, au moment même où était réuni un comité d’hygiène de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) extraordinaire à la demande des syndicats pour que le suicide de cette directrice d’école à Pantin soit reconnu comme lié à son travail. Ces professeurs découvrent au mois de janvier que leur traitement a été amputé d’une journée, alors que la fédération FSU avait demandé expressément au rectorat de ne pas retenir une journée de salaire.

Deuxième exemple, à Rennes. Le 22 janvier, le recteur adresse aux chefs d’établissement un courrier daté du 17, invitant « chaque établissement à vérifier que les élèves qui y sont affectés sont en situation régulière et si ce n’est pas le cas, à leur interdire l’accès aux ateliers et à ne pas les engager dans des stages PFMP (périodes de formation en milieu professionnel), avant la régularisation de leur situation ». Ce courrier contrevient à la circulaire ministérielle 2002-063 qui stipule qu’il « n’appartient pas au ministère de l’Éducation nationale de contrôler la régularité de la situation des élèves étrangers et de leurs parents au regard des règles régissant leur entrée et leur séjour en France ».  Le 24 janvier, le recteur demande aux proviseurs de « surseoir aux mesures préconisées dans le courrier », daté du 17 janvier, qu’il leur avait adressé le 22. 

Ces "erreurs" ne sont-elles que ce qu’elles prétendent être, ou ne seraient-elles pas plutôt l’expression d’une préoccupation essentielle : ne pas considérer l’humain d’abord, mais les coûts financiers de l’humain, dans le cas du vote sur la proposition de loi à l’Assemblée nationale ou à Créteil ; ne pas considérer l’humain d’abord, mais traquer les élèves en situation irrégulière, procéder à « la chasse à l’enfant »?

On observe, de la part du gouvernement ou de certaines de ses administrations rectorales, une attitude spontanée qui va à l’encontre des valeurs humanistes et républicaines que l’école elle-même est censée porter. Il faut à chaque fois que l’opinion s’émeuve, que les réseaux associatifs et syndicaux rappellent ces valeurs pour que, dans certains cas, gouvernement ou administration rétropédalent. Comment ne pas s’étonner que le chef de l’Etat soit conduit à «demander au gouvernement de faire preuve d’humanité» dans le dossier du congé en cas de disparition d’un enfant? N’est-ce pas le constat d’une dérive instrumentale qui fait passer les considérations de trésorerie avant toute humanité ?

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