Disciplines scolaires: la question n’a pu être posée…

Le colloque scientifique Quels professeurs au 21e siècle ?, organisé le 1er décembre dans le cadre du Grenelle de l’éducation, a laissé en suspens quelques questions. De fond.

Se tenait hier un colloque scientifique à distance organisé dans le cadre du Grenelle de l’éducation[1], et dont la question –titre était : Quels professeurs au XXIe siècle ?[2]

La question a été étudiée sous quatre angles complémentaires : celui des nouvelles pratiques et missions, celui des recrutements, mobilités et formations, celui des conditions de travail en lien avec le numérique, et celui de la transformation de la gouvernance des systèmes éducatifs.

Une question transversale a traversé le colloque ; celle de l’évaluation, qu’il s’agisse des pratiques professionnelles, de la formation, des acquis des élèves, des actions conduites par les équipes au sein des écoles et établissements scolaires.  Cela a fait l’objet, notamment, d’une contribution de la présidente du Conseil d’évaluation de l’Ecole, Béatrice Gille.

Le public du colloque a pu constater l’accent mis, dans cette présentation, sur l’établissement scolaire. C’est d’autant plus légitime que c’est là, dans les écoles, collèges et lycées, que les enseignants exercent leurs missions, même si le 21e siècle peut se caractériser par une forme de dématérialisation de la relation pédagogique et éducative, évoquée par Andreas Schleicher, directeur de l'éducation et des compétences à l'OCDE, comme un scénario d’évolution possible au même titre que le statu quo.

Mais on attendait, s’agissant de gouvernance, que d’autres questions soient posées, concernant d’autres échelles que celle de l’école ou de l’établissement.

Le ministère, les rectorats ont été absents du propos. Leur gouvernement – en ouverture du panel consacré à la gouvernance, il a été rappelé par Marc Foucault[3] que notre système scolaire était « organiquement centralisé »- échapperait-il au débat ? De la même manière, il a été beaucoup question d'évaluation à l'échelle de l'établissement. Mais à quelle échelle et par qui est évaluée la contribution effective de chacune des disciplines scolaires instituées à la formation des élèves du 21e  siècle ? Nous avons posé cette question et avons reçu la réponse suivante : « Merci. Les intervenants ont  demandé les questions avant que la vôtre n'ait pu être ajoutée à la liste. Avec nos excuses ».‌

Cette question, remise hier à un autre colloque, est abordée au sein du comité universitaire d’information pédagogique (CUIP) qui s’interroge sur les savoirs scolaires en constatant le désordre qui y règne. Les jalons rédigés pour lancer la réflexion visent à questionner les certitudes acquises, les routines d’une culture académique et administrative. On peut donc poser, par exemple,  la question des disciplines absentes[4], se demander à partir de quelle légitimité et de quelle méthode l’Etat peut définir des « fondamentaux » communs à tous les enfants[5], comment faire remplir une fonction jusqu’ici absente des préoccupations du pouvoir politique : l’évaluation des programmes d’enseignement[6], ou si le numérique éducatif met plus en question les aspects organisationnels du curriculum (les manières d’enseigner et d’évaluer), la forme scolaire (cloisonnements disciplinaires, horaires, espaces, posture magistrale, travail individuel) que les contenus de savoirs[7], … En parcourant les jalons, le lecteur s’aperçoit que, souvent, c’est une accumulation d’angles morts qui, au fil de l’histoire éducative française, conduit aux désordres constatés aujourd’hui. Les lecteurs de ce blog sont familiarisés avec certains d’entre eux, par exemple avec la hiérarchie établie dans notre Ecole entre instruction et éducation[8], hiérarchie qui se traduit par l’opposition entre enseignements inscrits dans le marbre des emplois du temps des élèves et des « éducations à » confiées à la bonne volonté des enseignants… Il s’agirait, au 21siècle, de passer de cette vision cloisonnée et hiérarchisée des disciplines  scolaires et de l’instruction et de l’éducation à une vision systémique, partant non des cloisonnements hérités du passé, mais de ce qu’il est convenu d’appeler le curriculum des élèves.

A quand un prochain colloque scientifique intitulé Quels savoirs et enseignements au 21e siècle ou Quel curriculum pour les élèves du 21e siècle ?

________________________________________________________

[1] https://www.education.gouv.fr/grenelle-de-l-education-306837

[2] https://www.education.gouv.fr/colloque-scientifique-quels-professeurs-au-xxie-siecle-307211

[3] Marc Foucault, inspecteur général de l’éducation, du sport et de la recherche et secrétaire général de l’atelier "Déconcentration et autonomie" du Grenelle de l’éducation

[4] https://curriculum.hypotheses.org/155

[5] https://curriculum.hypotheses.org/161

[6] https://curriculum.hypotheses.org/148

[7] https://curriculum.hypotheses.org/222

[8] Voir le jalon « instruction, éducation et curriculum » https://curriculum.hypotheses.org/175

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.