L’école en 2017 : une géographie des inégalités?

La douzième édition par le ministère de l’éducation nationale de La Géographie de l’Ecole donne à voir les spectaculaires inégalités de la République et de son école : inégalités démographiques, sociales, mais aussi des conditions d’études, des parcours de formation, des orientations, des réussites, et de la mixité sociale.

Dans l’édition 2017 de La géographie de l’Ecole [1],quelques chiffres clés illustrent parfaitement les inégalités territoriales.
Selon les départements, on compte de 17 à 51% de moins de 18 ans, de 17,6 à 26,7 élèves par classe dans le premier degré, de 0,5 à 42% de collégiens entrant dans un lycée privé ; selon les académies, on compte de 20 à 48% des élève orientés en voie professionnelle, de 68 à 90% des bacheliers qui poursuivent leurs études dans l’enseignement supérieur, de 4,5 à 33% de jeunes sans diplômes.

Si l’on va plus avant, on constate que la dépense par élève varie, qu’il s’agisse de celle de l’Etat selon les territoire, de celles des régions (pour les lycées) et de celle des départements (pour les collèges).

Ainsi, l’Etat dépense en moyenne 8447 € par élève, mis cette dépense va de 6687 € en Pays de Loire à 10937 € en Corse.

Les départements ont dépensé en 2014 1500 € en moyenne par collégien, mais le Haut Rhin et la Mayenne ont dépensé moins de 1000 € et la Seine-Saint-Denis 3000 €, 13 département dépensant plus e 1800 €.

Les régions ont dépensé en 2014 une moyenne de 2470 € par lycéen, 6 régions dépensant plus de 2900 €. Mais si Le Limousin dépense 3800 €, l’Ile de France et Rhône-Alpes ont dépensé 2000 €.

Cette disparité de la dépense annuelle des collectivités départementales et régionales est confirmée par la dépense sur 10 ans : « En une décennie, les départements et les régions ont investi près de 51 milliards d’euros pour les collèges et les lycées, soit une moyenne de 7 520 euros par collégien et 12 400 euros par lycéen. (…) L’investissement des départements est sensiblement supérieur à la moyenne dans un large croissant Nord, Est, Sud-Est , La dépense d’investissement par collégien est peu élevée dans les départements situés sur une zone ouest allant des départements de la Manche et de la Bretagne jusqu’au Massif central. (…) Quant aux régions, celles qui ont payé le plus par lycéen au cours de la dernière décennie sont l’Auvergne, Midi-Pyrénées, le Languedoc-Roussillon et la Guyane, avec un investisse- ment de plus de 15 000 euros par élève. Les régions qui ont dépensé le moins ont investi moins de 11 500 euros par lycéen et se situent dans la moitié Nord de l’hexagone. Il est à noter que les Pays de la Loire ont augmenté leur investissement sur les trois dernières années. La Lorraine, avec 6 400 euros, est la région qui a le moins investi dans les lycées. Cette région a connu une forte baisse des effectifs de lycéens entre 2004 et 2014. »

Les effectifs moyens en lycée sont de 24,3 par structure, allant de 21 en Guyane ou en Corse à 26 à Mayotte ou Paris. En collège, pour une moyenne de 24,5, on compte 21,3 en Lozère, 21,6 dans le Cantal et 26 ?5 dans les Hauts de Seine, ou 25,9 à Paris.

La part des enseignants contractuels  (non titulaires) est en moyenne de 7% dans le second degré, mais elle atteint 12% à Créteil, 33% en Guyane, 37% à Mayotte.

En documentation, on compte 1 personnel pour 493 élèves en moyenne, soit 2 pour 1000. Mais Clermont et Caen ont un taux supérieur à 2,5, alors que Nice et Versailles ont un taux inférieur à 1,8.

On compte, en collège, de 7 à 23 personnels d’éducation pour 1000 élèves. Il y en a plus de 20 en Guadeloupe, Martinique, à la Réunion, à Limoges et à Aix-Marseille, mais 7,3 à Mayotte et 12,8 à  Strasbourg. En réseau d’éducation prioritaire, la moyenne est de 22 pour 1000, , mais Grenoble, la Corse, la Guyane et Mayotte en comptent moins de 18, Rouen et Limoges plus de 28. Les écarts se renforcent encore dans les lycées professionnels.

A lire l’ensemble de ces données, on prend conscience d’une réelle et profonde inégalité de l’école selon les territoires.

Il ne faut certes pas chercher à y lire exclusivement  l’expression de priorités politiques : touchant les collectivités, par exemple, « le niveau de dépenses moyennes est très variable et dépend de nombreux facteurs qui ne sont pas toujours quantifiables, comme les priorités d’action des collectivités territoriales, leurs ressources, l’état du parc immobilier des établissements, le nombre d’établissements, la part de l’enseignement privé, la démographie, etc. ». Il faut certes faire la part aussi des cultures locales, de la situataion métropolitaine ou ultramarine...

Mais l’indicateur de ségrégation sociale entre établissements est révélateur. « Quand cet indicateur est élevé, cela signifie que les écarts sociaux entre établissements sont très importants et qu’au sein de chaque établissement, les écarts sociaux sont faibles ; quand l’indicateur est faible, cela indique que les écarts sociaux entre établissements sont moins importants et que le niveau social moyen de chaque établissement est proche de celui de l’académie. On dira alors qu’il y a une plus grande mixité sociale au sein de l’établissement ». Pour l’ensemble des collèges publics et privés sous contrat, « au niveau national, l’indicateur de ségrégation est de 22 %. Cet indicateur varie entre 5 % à Mayotte et 30 % à Versailles. Huit académies ont une valeur supérieure à 20 %, avec cinq au-dessus de 25 % : Versailles, la Guyane, Créteil, Paris et Aix- Marseille ».

« Entre 2013 et 2016, l’indicateur a légèrement augmenté sur l’ensemble des collèges (+ 0,7 point). Il reste stable dans le public comme dans le privé. C’est l’augmentation de l’écart de recrutement entre public et privé qui explique presque entièrement l’augmentation globale de la ségrégation. L’évolution de la ségrégation sociale, sur l’ensemble des collèges, varie entre – 0,4 point (Caen) et 3 points (Guyane). En France métropolitaine, une augmentation d’au moins un point est constatée dans sept académies : Reims, Strasbourg, Corse, Lyon, Bordeaux, Nice et Versailles. Hormis Mayotte, l’augmentation est aussi supérieure à un point dans tous les DOM. En Île-de-France, la ségrégation a baissé à Paris et légèrement augmenté à Créteil et à Versailles ».

 Il y a dans cet indicateur la confirmation de la priorité des priorités éducatives : contrairement à la tendance observée entre 2013 et 2016, faire baisser l’indicateur de ségrégation sociale entre établissement en associant les établissements privés sous contrat à une politique de renforcement de la mixité sociale dans tous les établissements.


[1] http://www.education.gouv.fr/cid57105/geographie-de-l-ecole-douzieme-edition-2017.html

 

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