Education au développement durable: les parcours éducatifs perdus de vue?

La dernière circulaire portant sur l’éducation au développement durable révèle à la fois une démarche éducative très complète et une fragilité constitutive de notre système éducatif, dès lors qu’il s’agit d’éducation.

La publication au Bulletin officiel de l’éducation nationale de la circulaire du 24/9/2020[1] intitulée « Renforcement de l’éducation au développement durable (EDD) » mérite qu’on s’y arrête, parce qu’elle est emblématique de la louable volonté de remplir au mieux une mission d’instruction et d’éducation, et des limites de celle-ci dans la cadre actuel des programmes d’enseignement.

On y lit en effet un objectif fondamental clair : « fournir une boussole aux élèves, qui leur permette d'acquérir des savoirs et des compétences, d'orienter leurs parcours individuels, personnels et professionnels, ainsi que de fonder leurs engagements citoyens pour un monde soutenable et respectueux de la personne humaine et de son environnement ». Savoirs, compétences, engagement citoyen, l’instruction et l’éducation sont bien au rendez-vous.

On y trouve aussi une approche très participative, puisque cette démarche n’a pas été conçue en dehors des élèves, mais avec eux, comme l’indiquent les « travaux menés notamment avec le Conseil national de la vie lycéenne (CNVL) ». En généralisant les élèves éco-délégué.e.s, en expliquant leur rôle, en mettant en cohérence leur action avec celle des conseils de vie collégienne et lycéenne, la circulaire accorde l’importance qui convient au fait de considérer les élèves comme parties prenantes très actives de l’EDD. De la même façon, elle souligne à plusieurs reprises la sensibilisation, la formation et la mobilisation de tous les personnels de l’établissement scolaire.

On ne peut qu’applaudir les trois objectifs affichés :

  • « consolider les savoirs chez les élèves ;
  • développer les capacités d'action et de mobilisation des écoles et établissements ;
  • rechercher un effet démultiplicateur par une éducation qui prépare les futurs citoyens à adopter des comportements responsables dans le respect des valeurs de la République ».

On pourrait donc s’attendre à ce que la circulaire fasse référence d’une part aux programmes d’enseignements proprement dits, d’autre part aux quatre parcours qui structurent l’éducation des élèves : parcours citoyen[ 2], parcours éducatif de santé [3], parcours d’éducation artistique et culturelle[4], parcours avenir[5].

La circulaire procède autrement. Elle indique : « la démarche E3D prend en compte les spécificités du premier et du second degrés, en s'appuyant en particulier sur les programmes scolaires. Elle peut aussi s'articuler avec d'autres éducations transversales, en lien avec les ODD, notamment l'éducation à la santé, à la responsabilité, à la sexualité, aux risques, au développement et à la solidarité internationale, à l'égalité filles-garçons, aux médias ou encore l'éducation artistique et culturelle ».

Les programmes scolaires figurent en première ligne. Mais, là où l’on attendrait qu’apparaissent les parcours, sont seulement citées « d’autres éducations transversales, en lien avec les ODD » sans qu’apparaissent dans cette liste exhaustive, puisque terminée par un point final, ni la mention même de parcours, ni, qui plus est, le parcours citoyen, pourtant en lien direct avec les objectifs de développement durable, ni le parcours avenir, alors que la circulaire précise d’entrée de jeu qu’il s’agit, concernant les élèves, « d'orienter leurs parcours individuels, personnels et professionnels, ainsi que de fonder leurs engagements citoyens pour un monde soutenable et respectueux de la personne humaine et de son environnement ».Les deux autres parcours ne sont pas cités non plus, la circulaire évoquant  cependant « éducation à la santé » et « éducation artistique et culturelle ».

On notera également que dans cette liste figure l’ « éducation aux médias », alors qu’existe explicitement dans les programmes du cycle 4 un enseignement de l’« éducation aux médias et à l’information ».

Que peut traduire cette absence de référence aux parcours éducatifs dans une circulaire de 2020 ?

D’une part, elle confirme le fait que l’institution éducation nationale considère toujours qu’il y a, dans les apprentissages scolaires, deux grandes catégories : l’une incontestablement établie au cœur du système, celle des enseignements organisés en programmes renvoyant à des disciplines scolaires (sauf l’éducation au médias et à l’information) ; l’autre, plus périphérique, constituée d’une nébuleuse d’"éducations à…", dont la caractéristique première est d’être, à la différence de la première, non pas offerte à tous les élèves, mais aléatoirement distribuée selon les établissements, les niveaux d’enseignement et les classes…, en fonction de l’engagement des équipes pédagogiques et éducatives. La notion de parcours vise à mettre de la continuité et de la structuration dans quatre champs de ces éducations, dans une perspective curriculaire de formation plus large que celle décrite par les programmes scolaires. Il est dommage que les rédacteurs de la circulaire du 24 septembre l’aient purement et simplement oublié. Cela en dit long sur le désordre existant, y compris au ministère même,  dans  le champ des apprentissages, où l’instruction  est organisée beaucoup plus systématiquement que les éducations, comme le révèle cette circulaire.

Il est remarquable que l’on puisse faire ce constat à propos justement de l’une de ces « éducations à ». Cette circulaire ne constituerait-elle pas, involontairement, une invitation à réfléchir sur ce que l’on apprend vraiment aux élèves, et comment,  dans notre école ?

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[1]https://www.education.gouv.fr/bo/20/Hebdo36/MENE2025449C.htm

[2]https://www.education.gouv.fr/le-parcours-citoyen-5993

[3]https://www.education.gouv.fr/le-parcours-educatif-de-sante-11786

[4]https://www.education.gouv.fr/le-parcours-d-education-artistique-et-culturelle-peac-4283

[5]https://www.education.gouv.fr/le-parcours-avenir-7598

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