Le climat scolaire, atout de la réussite : partout et pour tou.te.s en 2018 ?

Deux études publiées en décembre par une direction du ministère (DEPP) apportent des éléments positifs sur la perception du climat scolaire par les collégien.ne.s et la confirmation que les conditions de vie et de travail dans nos établissements sont moins favorables quand est scolarisé en éducation prioritaire ou en lycée professionnel. Un axe de progrès pour 2018 ?

Deux études récentes de la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP), publiées en décembre 2017, apportent un éclairage sur la manière dont on a vécu dans les établissements scolaires en 2016-2017.

La première[1] exploite les résultats de l’enquête nationale de climat scolaire et de victimation conduite auprès des collégien.ne.s. La seconde[2] se fonde sur les résultats annuels de l’enquête SIVIS qui recense les déclarations d’incidents graves effectuées par l’ensemble des établissements publics de second degré. On a donc là deux sources complémentaires, une reflétant la perception que les collégien.ne.s ont du climat scolaire de leur établissement, l’autre ce que les directions d’établissement signalent comme incident grave, avec tout ce que la partie émergée de l’iceberg peut signifier aussi, dans certains cas, selon les établissements et les directions, de sur-signalement ou de sous-signalement.

Le message des collégien .ne.s est clair : « 94% des collégiens déclarent se sentir bien dans leur collège », tel est le titre de la note d’information n° 17.30 de la DEPP parue en décembre 2017. Plus important encore, « cette proportion est en augmentation par rapport aux enquêtes de 2013 et 2011 ». Autre bonne nouvelle, « de façon globale, le nombre de collégiens déclarant un nombre d’atteintes pouvant s’apparenter à du harcèlement est en légère baisse par rapport aux autres années (5,6 %) ».

Si on entre plus avant dans l’analyse, on note que « près de 88 % des collégiens déclarent avoir de bonnes relations avec les enseignants. Davantage (93 %) expriment une opinion positive quant aux relations entretenues avec les autres adultes du collège, soit 2 points de plus qu’en 2013. En outre, 84 % des collégiens jugent bonne ou très bonne l’ambiance entre les élèves. Environ 90 % d’entre eux pensent qu’on apprend plutôt ou tout à fait bien dans leur collège ». Si le régime des punitions est toujours contesté, « 70 % les trouvent justes (contre 68 % en 2013) ».

Si on cherche à savoir ce que ces moyennes masquent de diversité, on découvre d’abord que les collégiennes ont une meilleure perception du climat scolaire que les collégiens : par exemple, « plus de 90 % des collégiennes estiment que les relations avec les enseignants sont bonnes ou très bonnes, soit 5 points de plus que les garçons. L’écart le plus élevé concerne les punitions : 75 % des filles estiment qu’elles sont justes ou très justes contre seulement 66 % des garçons. Il est vrai que ces dernières sont moins souvent punies (un peu plus de la moitié déclarent avoir été punies contre près de trois quarts pour les garçons) ». En revanche, il n’en va pas de même aux abords du collège et dans les transports en commun : pour les collégiens « le sentiment de sécurité est plus fort, aux abords du collège (+ 3 points) et surtout dans les transports scolaires (84 % des filles s’y sentent en sécurité contre 89 % des garçons) ». Cependant, la « multivictimation concerne plus souvent les garçons (7 % contre 4 % des filles) et est plus fréquente pour les élèves de sixième ».

On découvre ensuite une double évolution apparemment contradictoire au fil des années passées au collège : « Alors que 94 % des élèves de sixième pensent que l’on apprend bien ou très bien dans leur collège, ils ne sont plus que 87 % parmi les élèves de troisième. De même, 23% des élèves de sixième trouvent les punitions injustes contre 35 % des élèves de troisième. Pour ces derniers, les relations avec les enseignants se sont légèrement dégradées : 13 % trouvent qu’il y a beaucoup ou plutôt beaucoup d’agressivité entre eux et les enseignants (contre 10 % en sixième) ». En revanche, le sentiment de sécurité aux abords de l’établissement augmente avec l’âge : « 83 % des élèves de troisième déclarent se sentir en sécurité aux abords du collège contre 68 % pour les sixièmes. Cet écart d’environ 15 points entre plus jeunes et moins jeunes s’est du reste renforcé en quatre ans ; il était inférieur à 9 points en 2013 ».

Outre la différence de perception selon le genre et l’âge des élèves, on constate aussi une différence de perception selon les types d’établissements. La perception du climat scolaire est moins bonne pour les collégien.nes scolarisés en REP+. « Ils ne sont que 66 % à avoir un indice synthétique élevé contre 75 % en moyenne pour les autres collégiens. Près de 8 % des élèves de REP+ ont donné moins de la moitié de réponses positives contre seulement 4 % dans les autres collèges (…) 64 % de ces collégiens déclarent ne pas ressentir de violence dans leur établissement, soit près de 16 points de moins que les élèves des autres établissements. Par ailleurs, 80 % trouvent l’ambiance entre les élèves très bonne ou plutôt bonne, soit 5 points de moins que dans les autres établissements urbains. Les relations avec les enseignants sont moins souvent qualifiées de bonnes : 18 % des élèves pensent qu’il y a de l’agressivité dans ces relations contre 10 % pour l’ensemble des collégiens ». On le voit, l’égalité de climat scolaire, dans la classe et dans l’établissement, entre tous les élèves n’est pas réalisée et ce sont les élèves issus de milieux populaires qui sont dans les conditions les moins favorables d’apprentissage. On ne s’en consolera pas en lisant dans la note de la DEPP qu’ « il semblerait que le phénomène de multivictimation touche les élèves de tous les établissements dans des proportions comparables : dans les collèges appartenant aux 25 % les plus aisés socialement, la part d’élèves concernés est de 5,2 % ; cette part est à peine supérieure dans les collèges les moins favorisés (5,9 %) ».

Il serait intéressant de mettre en relation cette différence de perception du climat scolaire par les collégiens, selon qu’ils étudient dans un collège REP+ ou non, avec les résultats de l’enquête SIVIS. Cela n’est pas possible, les seules distinctions faites étant le type d’établissement (collège, lycée général et technologique, lycée professionnel), leur effectif (moins de 400, entre 400 et 600, plus de 600 élèves) et le type de territoire (rural, urbain). On saura donc que «l’intensité de la violence est cependant variable suivant le type d’établissement. Elle est nettement plus élevée dans les lycées professionnels (LP) avec 25,2 incidents graves pour 1 000 élèves que dans les lycées d’enseignement général et technologique (LEGT) (6,0). Dans les collèges, le niveau de violence déclaré est proche de celui de l’ensemble des établissements avec 14,3 incidents en moyenne pour 1 000 élèves ». On connaît la composition sociologique des effectifs des lycées professionnels d’une part, des lycées généraux et technologiques d’autre part : selon l’Etat de l’école (édition 2017)[3],« la proportion de boursiers reste bien plus élevée en lycée professionnel (36,2 %) qu’en lycée général et technologique (19,4 %) ». Ainsi, les élèves boursiers, issus de milieu populaire, constituent plus du tiers de l’effectif des lycées professionnels, où le taux de violence est quatre fois supérieur à celui déclaré par les LEGT. » Les auteurs de la note d’information 17.29 de décembre 2017 observent également que « les lycées professionnels concentrent plus d’incidents graves ».

On voit donc se dessiner une réponse nette à la question posée dans le titre de ce billet. Oui, le climat scolaire est plutôt favorablement perçu par la grande majorité de nos collégien.ne.s, créant ainsi des conditions plus favorables à leur réussite. Mais cette qualité de climat scolaire est inférieure si l’on est scolarisé dans un établissement accueillant massivement des élèves issus de milieu populaire, collège REP+, lycée professionnel. Par conséquent, une des priorités de cette année nouvelle pourrait être, si on est attaché à la réussite de tous les élèves sans discrimination, de viser l’amélioration du climat scolaire dans les établissements qui accueillent celles et ceux qui ont le plus besoin de bonnes conditions d’étude et de formation dans leur établissement scolaire.

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[1] http://cache.media.education.gouv.fr/file/2017/05/0/depp-ni-2017-30-94-%-des-collegiens-declarent-se-sentir-bien-dans-leur-college_872050.pdf

[2] http://cache.media.education.gouv.fr/file/2017/04/6/depp-ni-2017-29-Sivis_872046.pdf

[3] http://cache.media.education.gouv.fr/file/etat27-2017/41/4/DEPP-EE-2017-etat-ecole-2017_844414.pdf

 

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