L’école du nouveau président : l’égalité et l’inégalité en même temps ?

Avec ses trois mesures prioritaires pour l’éducation, le président Macron pratiquerait-il en même temps la lutte contre les inégalités scolaires et pour leur conservation ?

Parmi les mesures prioritaires du président Macron concernant l’éducation, se détachent trois décisions :

1.      instaurer 12 élèves par classes en CP et CE1 en REP +

2.      assouplir les EPI au collège, pour rétablir les parcours bilangues

3.      revenir sur les rythmes scolaires.

La première est sans conteste un approfondissement de la mesure du quinquennat finissant connue sous le terme « plus de maîtres que de classe ». Elle est inspirée par l’étude conduite par Thomas Picketty et Mathieu Valdenaire en 2006 sur l’impact de la taille des classes sur la réussite des élèves[1]. Si elle indiquait que « des politiques réalistes de ciblage des moyens peuvent avoir un effet considérable sur la réduction des inégalités scolaires, mais que ces politiques gagneraient probablement à se concentrer sur les plus jeunes élèves », le ministère avait bien pris soin de noter que « les résultats de cette étude n'engagent que leurs auteurs, et ne sauraient en aucun cas engager la DEP ». Il n’aura fallu que onze ans au ministère du temps long et deux quinquennats présidentiels pour qu’advienne une mesure directement inspirée des résultats de ces travaux. On peut donc se réjouir de voir le président Macron engager une action ciblée sur deux années clés de la scolarité élémentaire, avec l’objectif d’améliorer la réussite scolaire des élèves de l’éducation prioritaire, qui appartiennent aux milieux populaires. On peut sans conteste considérer cette mesure emblématique comme un pas en direction de la réussite scolaire pour tous, tendant à corriger le caractère inégalitaire de l’école française. On peut aussi y voir un signe de confiance aux enseignants, à qui on ne dit pas comment il faut faire, mais à qui on donne la possibilité de travailler mieux pour la réussite de leurs élèves.

Les deux autres mesures sont annoncées par des verbes qui évoquent la remise en cause : assouplir, revenir sur. L’assouplissement, dans la novlangue politique, est en effet souvent l’antichambre de la disparition : on se souvient en 2007 de l’assouplissement de la carte scolaire qui devait conduire à sa suppression en 2010, selon le président Sarkozy. L’assouplissement concerne les enseignements pratiques interdisciplinaires, mis en oeuvre pour la première fois au cours de cette année scolaire. On n’a pas encore évalué leur impact, leurs avantages et leurs défauts qu’on parle déjà de les assouplir. L’objectif est clair : il s’agit, sous couvert d’assouplissement, de restaurer les classes bilangues au travers de parcours bilangues et les enseignements de langues anciennes, dont on sait qu’ils sont fortement prisés par les familles de milieux recherchant un entre-soi favorable à la réussite scolaire de leurs enfants au collège. Il y a donc là un gage donné au retour à une organisation des enseignements plus ségrégative.

La troisième mesure propose de revenir sur la réforme des rythmes scolaires qui a fait passer les élèves du primaire et leurs enseignants de la semaine de quatre jours à celle de quatre jours et demi. Cette réforme visait à tenir compte de la fatigue occasionnée par les journées d'école les plus longues qui soient, et de leur impact négatif sur la santé et la réussite des élèves. Elle visait aussi, dans un souci de lutte contre les inégalités,  à proposer pour tous les élèves des activités périscolaires enrichissant leur parcours éducatif. Les communes devraient donc avoir la possibilité de revenir à la semaine de quatre jours sans activités sportives, culturelles, artistiques de complément. Là encore, on voit bien pour qui ce retour en arrière sera sans impact et pour qui il aura un impact négatif.

Ces trois priorités du nouveau président résument donc bien le sens de sa politique : en matière d’éducation aussi, ne voudrait-il pas en même temps lutter contre les inégalités scolaires et les maintenir ?


[1] http://www.education.gouv.fr/cid3865/l-impact-de-la-taille-des-classes-sur-la-reussite-scolaire-dans-les-ecoles-colleges-et-lycees-francais.html

 

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