Jean-Pierre Veran
formateur, expert associé France Education International (CIEP), membre professionnel laboratoire BONHEURS, CY Cergy Paris Université
Abonné·e de Mediapart

687 Billets

1 Éditions

Billet de blog 9 juin 2016

Jean-Pierre Veran
formateur, expert associé France Education International (CIEP), membre professionnel laboratoire BONHEURS, CY Cergy Paris Université
Abonné·e de Mediapart

Accès au bac des élèves en difficulté scolaire : l’effet académie ?

Un élève sur deux ayant obtenu au plus 8 de moyenne au brevet obtient le baccalauréat. Mais selon les académies, les situations sont diverses : c’est la preuve que des politiques académiques existent…

Jean-Pierre Veran
formateur, expert associé France Education International (CIEP), membre professionnel laboratoire BONHEURS, CY Cergy Paris Université
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

La dernière note d’information 2016-17 de la direction de l’évaluation de la prospective et de la performance (DEPP)[1] porte sur l’accès au baccalauréat d’une cohorte d’élèves ayant obtenu au plus la note moyenne de 8 au diplôme national du brevet, cohorte suivie pendant 5 ans.

Globalement, les résultats sont relativement encourageants, puisque près d’un de ces élèves sur deux a obtenu un baccalauréat : 32% le baccalauréat professionnel, 11% le baccalauréat technologique et 5% le baccalauréat général. Mais ces résultats globaux sont très différents selon les académies : varient tout à la fois le taux d’accès au baccalauréat de ces élèves en difficulté scolaire (de 40 à 60%), et la répartition entre les différents baccalauréats.

L’effet territoire est non négligeable, en fonction de l’aménagement éducatif qui le caractérise. On ne sera pas surpris, par exemple, que l’académie de Corse se distingue par un fort pourcentage d’élèves en difficulté scolaire poursuivant leur formation en lycée général et tehnologique (GT), mais l’académie de Paris est dans le même cas, et l’aménagement éducatif du territoire y est bien différent. Il semble donc que plus que l’effet territoire, l’effet des politiques académiques se manifeste à travers cette diversité de situations.

La DEPP distingue une typologie de 6 groupes d’académies.

Celles qui, comme la Corse et l’Ile de France, se caractérisent par un fort taux d’entrée en voie générale et technologique (de 30 à 38% contre 23% en moyenne) et un fort taux de réussite aux bacs généraux et technologiques  (de 24 à 30% contre 16% en moyenne). Dans ces académies, ces élèves réussissent mieux au lycée GT que la moyenne.

Celle qui ne ressemble à aucune autre, Montpellier, se caractérise par une orientation en voie professionnelle relativement faible (51% contre 61 en moyenne), où les élèves réussissent bien. Il n’en va pas de même des élèves orientés en voie GT, qui ont un taux d’accès au diplôme légèrement inférieur à la moyenne. On peut se demander s’il ne faudrait pas développer dans les lycées généraux et technologiques de cette académie des politiques d’accompagnement renforcé à l’égard de ces élèves.

Un troisième groupe d’académies (Bordeaux, Grenoble, Lille, Nancy-Metz, Toulouse) obtient des résultats proches de la moyenne en voir générale et technologique, mais obtient plus de diplômés en voie professionnelle.

Un quatrième (Aix-Marseille, Amiens, Lyon, Nice, Reims et Rouen) se différencie du précédent par le fait que ces académies ont moins de diplômés au baccalauréat professionnel (de 27,8 % à 30,4 %) que la moyenne de la cohorte (31,8 %).

Le cinquième est constitué comme le deuxième d’une seule académie, celle de Rennes. L’orientation en fin de troisième étant parmi les plus faibles dans la voie GT, il y a une forte proportion d’accès au baccalauréat professionnel (40,6 % contre 31,8 % en moyenne), liée non seulement à la forte orientation dans la voie professionnelle mais également à une réussite au lycée professionnel plus élevée.

Le sixième groupe des 9 académies restantes se caractérise par  un accès réduit au baccalauréat GT (cumul de 8,5 % à Caen à 12,6 % à Limoges, contre 16,2 % en moyenne). Mais contrairement à Rennes où la part de diplômés dans la voie professionnelle est forte (40,6 %), ce n’est pas le cas ici (de 31 % à Dijon ou Poitiers à 34 % à Nantes).

Par delà cette typologie on voit se dessiner des politiques académiques d’orientation des élèves en fin de troisième : certaines se distinguent par une orientation assez forte des élèves en difficulté scolaire en 3e vers la voie générale et technologique. « À l’opposé, onze académies (Besançon, Caen, Clermont-Ferrand, Dijon, Limoges, Nantes, Orléans-Tours, Poitiers, Rennes, Toulouse et Strasbourg) ont, pour les élèves les plus faibles scolairement, moins de 4 % d’accès au baccalauréat général (…) Globalement, les académies ayant l’accès le plus élevé au baccalauréat général sont également celles où l’accès au baccalauréat technologique est le plus élevé. De la même façon, les académies ayant l’accès le plus faible au baccalauréat général sont également celles où l’accès au baccalauréat technologique est le plus faible ».

Mais, au delà des politiques d’orientation, jouent aussi les politiques d’accompagnement des élèves en difficulté dans les lycées généraux et technologiques et lycée professionnels.« En outre, il peut être remarqué que, à orientation comparable, l’accès au baccalauréat peut différer fortement. Ainsi, l’accès au baccalauréat est significativement plus élevé à Paris qu’à Montpellier malgré une orientation en fin de troisième semblable, c’est-à-dire relativement forte dans la voie GT. De même, les académies de Caen et de Rennes ont toutes les deux privilégié la voie professionnelle en fin de troisième mais, cinq ans après, cinq élèves sur dix ont obtenu le baccalauréat à Rennes contre quatre sur dix à Caen

Cette étude présente un double intérêt. D’une part, elle éclaire positivement les trajectoires scolaires : la réussite est possible pour les élèves en difficulté scolaire en 3e, et pas seulement en voie professionnelle. D’autre part, elle témoigne de la nécessité de renforcer auprès de ces élèves l’accompagnement personnalisé et le tutorat, mis en place par la rénovation du lycée professionnel puis la réforme du lycée général et technologique depuis six ans, pour renforcer encore leur accès au baccalauréat.Si elle éclaire donc l'effet académie sur les trajectoires scolaires, elle incite aussi à questionner l'effet établissement. Il existe aussi une typologie des lycées, qui permet en effet de distinguer parmi eux les lycées à forte valeur ajoutée parce qu'ils sont de bons "accompagnateurs" pour leurs élèves en fragilité scolaire.


[1] http://cache.media.education.gouv.fr/file/2016/44/2/depp-ni-2016-17-eleves-difficulte-scolaire-troisieme-un-sur-deux-obtenu-baccalaureat_587442.pdf

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
Après l’embargo sur le pétrole russe, l’Europe dans le brouillard
Annoncée depuis des mois, la guerre du pétrole contre la Russie est une réalité depuis lundi 5 décembre. L’Europe a engagé un embargo, les membres du G7 imposent un plafonnement du prix du baril à 60 dollars pour les pays tiers. Avec quelles conséquences ? Personne ne sait.
par Martine Orange
Journal
Devant la cour d’appel, Nicolas Sarkozy crie son innocence
Rejugé pour corruption, l’ancien chef de l’État s’en est pris à une enquête illicite selon lui, et a réaffirmé ne rien avoir commis d’illégal en utilisant la ligne téléphonique « Paul Bismuth ».
par Michel Deléan
Journal
Les enjeux d’un second procès à hauts risques pour l’ancien président
Nicolas Sarkozy, l’avocat Thierry Herzog et l’ex-magistrat Gilbert Azibert sont rejugés à partir de lundi devant la cour d’appel de Paris dans l’affaire de corruption dite « Paul Bismuth », et risquent la prison.
par Michel Deléan
Journal — Corruption
Pourquoi les politiques échappent (presque toujours) à l’incarcération
Plusieurs facteurs expliquent la relative mansuétude dont bénéficient les politiques aux prises avec la justice, qui ne sont que très rarement incarcérés, malgré les fortes peines de prison encourues dans les affaires de corruption.
par Michel Deléan

La sélection du Club

Billet de blog
Nationalisation d’EDF : un atout pour la France ?
Le jeudi 24 novembre, c’est dans un contexte bien particulier que le nouveau PDG d’EDF Luc Rémont prend ses fonctions. De lourds dossiers sont sur la table : renationalisation du groupe, relance du parc nucléaire et des renouvelables, négociation avec Bruxelles sur les règles du marché de l’électricité et gestion de la production avant les trois mois d’hiver.
par Bernard Drouère
Billet de blog
L'électricité est-elle un bien commun ?
[Rediffusion] L'électricité est-elle un bien commun, comme Yannick Jadot l'a fait récemment ? La formule produit un effet électoraliste garanti. Mais cette opération rhétorique est sans intérêt s’il s’agit, à partir de la fonction sociale actuelle de l’électricité, de faire apparaître dans le système énergétique des options qui méritent un positionnement politique.
par oskar
Billet de blog
À Brioude, itinéraire d'une entreprise (presque) autonome en énergie
CN Industrie vit en grande partie grâce à l'électricité produit par ses panneaux solaires. Son modèle énergétique est un bon éclairage de ce que pourrait être un avenir largement éclairé par les énergies renouvelables. Rencontre avec son patron précurseur, Clément Neyrial.
par Frédéric Denhez
Billet de blog
L’électricité, un bien commun dans les mains du marché
Le 29 août dernier, le sénateur communiste Fabien Gay laisse exploser sa colère sur la libéralisation du marché de l’électricité : « Ce sont des requins et dès qu’ils peuvent se goinfrer, ils le font sur notre dos ! ». Cette scène témoigne d’une colère partagée par bon nombre de citoyens. Comment un bien commun se retrouve aux mains du marché ?
par maxime.tallant