Accès au bac des élèves en difficulté scolaire : l’effet académie ?

Un élève sur deux ayant obtenu au plus 8 de moyenne au brevet obtient le baccalauréat. Mais selon les académies, les situations sont diverses : c’est la preuve que des politiques académiques existent…

La dernière note d’information 2016-17 de la direction de l’évaluation de la prospective et de la performance (DEPP)[1] porte sur l’accès au baccalauréat d’une cohorte d’élèves ayant obtenu au plus la note moyenne de 8 au diplôme national du brevet, cohorte suivie pendant 5 ans.

Globalement, les résultats sont relativement encourageants, puisque près d’un de ces élèves sur deux a obtenu un baccalauréat : 32% le baccalauréat professionnel, 11% le baccalauréat technologique et 5% le baccalauréat général. Mais ces résultats globaux sont très différents selon les académies : varient tout à la fois le taux d’accès au baccalauréat de ces élèves en difficulté scolaire (de 40 à 60%), et la répartition entre les différents baccalauréats.

L’effet territoire est non négligeable, en fonction de l’aménagement éducatif qui le caractérise. On ne sera pas surpris, par exemple, que l’académie de Corse se distingue par un fort pourcentage d’élèves en difficulté scolaire poursuivant leur formation en lycée général et tehnologique (GT), mais l’académie de Paris est dans le même cas, et l’aménagement éducatif du territoire y est bien différent. Il semble donc que plus que l’effet territoire, l’effet des politiques académiques se manifeste à travers cette diversité de situations.

La DEPP distingue une typologie de 6 groupes d’académies.

Celles qui, comme la Corse et l’Ile de France, se caractérisent par un fort taux d’entrée en voie générale et technologique (de 30 à 38% contre 23% en moyenne) et un fort taux de réussite aux bacs généraux et technologiques  (de 24 à 30% contre 16% en moyenne). Dans ces académies, ces élèves réussissent mieux au lycée GT que la moyenne.

Celle qui ne ressemble à aucune autre, Montpellier, se caractérise par une orientation en voie professionnelle relativement faible (51% contre 61 en moyenne), où les élèves réussissent bien. Il n’en va pas de même des élèves orientés en voie GT, qui ont un taux d’accès au diplôme légèrement inférieur à la moyenne. On peut se demander s’il ne faudrait pas développer dans les lycées généraux et technologiques de cette académie des politiques d’accompagnement renforcé à l’égard de ces élèves.

Un troisième groupe d’académies (Bordeaux, Grenoble, Lille, Nancy-Metz, Toulouse) obtient des résultats proches de la moyenne en voir générale et technologique, mais obtient plus de diplômés en voie professionnelle.

Un quatrième (Aix-Marseille, Amiens, Lyon, Nice, Reims et Rouen) se différencie du précédent par le fait que ces académies ont moins de diplômés au baccalauréat professionnel (de 27,8 % à 30,4 %) que la moyenne de la cohorte (31,8 %).

Le cinquième est constitué comme le deuxième d’une seule académie, celle de Rennes. L’orientation en fin de troisième étant parmi les plus faibles dans la voie GT, il y a une forte proportion d’accès au baccalauréat professionnel (40,6 % contre 31,8 % en moyenne), liée non seulement à la forte orientation dans la voie professionnelle mais également à une réussite au lycée professionnel plus élevée.

Le sixième groupe des 9 académies restantes se caractérise par  un accès réduit au baccalauréat GT (cumul de 8,5 % à Caen à 12,6 % à Limoges, contre 16,2 % en moyenne). Mais contrairement à Rennes où la part de diplômés dans la voie professionnelle est forte (40,6 %), ce n’est pas le cas ici (de 31 % à Dijon ou Poitiers à 34 % à Nantes).

Par delà cette typologie on voit se dessiner des politiques académiques d’orientation des élèves en fin de troisième : certaines se distinguent par une orientation assez forte des élèves en difficulté scolaire en 3e vers la voie générale et technologique. « À l’opposé, onze académies (Besançon, Caen, Clermont-Ferrand, Dijon, Limoges, Nantes, Orléans-Tours, Poitiers, Rennes, Toulouse et Strasbourg) ont, pour les élèves les plus faibles scolairement, moins de 4 % d’accès au baccalauréat général (…) Globalement, les académies ayant l’accès le plus élevé au baccalauréat général sont également celles où l’accès au baccalauréat technologique est le plus élevé. De la même façon, les académies ayant l’accès le plus faible au baccalauréat général sont également celles où l’accès au baccalauréat technologique est le plus faible ».

Mais, au delà des politiques d’orientation, jouent aussi les politiques d’accompagnement des élèves en difficulté dans les lycées généraux et technologiques et lycée professionnels.« En outre, il peut être remarqué que, à orientation comparable, l’accès au baccalauréat peut différer fortement. Ainsi, l’accès au baccalauréat est significativement plus élevé à Paris qu’à Montpellier malgré une orientation en fin de troisième semblable, c’est-à-dire relativement forte dans la voie GT. De même, les académies de Caen et de Rennes ont toutes les deux privilégié la voie professionnelle en fin de troisième mais, cinq ans après, cinq élèves sur dix ont obtenu le baccalauréat à Rennes contre quatre sur dix à Caen

Cette étude présente un double intérêt. D’une part, elle éclaire positivement les trajectoires scolaires : la réussite est possible pour les élèves en difficulté scolaire en 3e, et pas seulement en voie professionnelle. D’autre part, elle témoigne de la nécessité de renforcer auprès de ces élèves l’accompagnement personnalisé et le tutorat, mis en place par la rénovation du lycée professionnel puis la réforme du lycée général et technologique depuis six ans, pour renforcer encore leur accès au baccalauréat.Si elle éclaire donc l'effet académie sur les trajectoires scolaires, elle incite aussi à questionner l'effet établissement. Il existe aussi une typologie des lycées, qui permet en effet de distinguer parmi eux les lycées à forte valeur ajoutée parce qu'ils sont de bons "accompagnateurs" pour leurs élèves en fragilité scolaire.


[1] http://cache.media.education.gouv.fr/file/2016/44/2/depp-ni-2016-17-eleves-difficulte-scolaire-troisieme-un-sur-deux-obtenu-baccalaureat_587442.pdf

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.