Plan Etudiants : une omission qui interroge ?

La présentation du Plan Etudiants part du constat que l’origine sociale des bacheliers conditionne encore trop leur parcours d’études. Mais ce constat passe sous silence le parcours de formation où les bacheliers d'origine sociale défavorisée sont les moins nombreux. Une omission qui interroge…

L’infographie mise en ligne sur le site du ministère l'éducation nationale[1] pour présenter le constat appelant à une transformation indispensable pour accompagner chacun vers la réussite, comporte un tableau illustrant le fait que « l’origine sociale des bacheliers conditionne encore trop leurs parcours d’études ». Trois « camemberts » illustrent cette affirmation : les bacheliers des catégories sociales les moins favorisées représentent ainsi 14% des inscrits en licence à l’université, 32% des inscrits en IUT et 39% des inscrits en STS.

Le lecteur du tableau peut légitimement s’étonner d’une omission. Le tableau présente en effet trois des quatre voies offertes aux bacheliers. La quatrième, les classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE), est absente.

Les chiffres sont connus. Le conseil national d’évaluation du système scolaire (CNESCO) a publié, en septembre 2016 une étude d’Yves Duterq et James Masy sur l’origine sociale des étudiants en CPGE[2]. Selon cette étude, en 2011, les enfants d’ouvriers représentaient 6% des élèves de CPGE, comme les enfants de retraités et inactifs, contre 9% pour les enfants d’employés et 11% pour les enfants d’agriculteurs et artisans commerçants, alors que les élèves issus de professions libérales et cadres supérieurs représentaient 50% de l’effectif.

Ce taux de 6% aurait pourtant été le plus éloquent pour souligner l’injustice sociale caractérisant l’accès aux formations supérieures. Il l’aurait été d’autant plus que, selon L’état de l’Ecole (édition 2016), « les coûts moyens par étudiant sont très différents selon les lières de formation. Ils varient, en 2015, de 10 390 euros par an pour un étudiant d’université à 13 760 pour un étudiant de STS et 15 100 pour un élève de CPGE (classe préparatoire aux grandes écoles). Ces dépenses moyennes ont eu tendance à se rapprocher, à partir du milieu des années 2000, mais elles s’écartent à nouveau depuis 2 ans[3] ».

On cherche une justification à cette omission. Il ne peut s’agir de considérer que les élèves des CPGE ne sont pas mentionnés parce qu’ils ont le statut de lycéens : il en va de même des élèves de STS présentés dans le tableau. On ne peut penser qu’il puisse s’agir d’un simple oubli des plus de 85000 élèves de CPGE à la rentrée 2015. Alors, on se perd en conjectures. Pourquoi cet oubli d'une donnée qui aurait renforcé la justesse du propos ? Ce qui frappe, en tout cas, c’est que cette omission n’a paru déranger personne ni au ministère de l'éducation nationale ni à celui de l'enseignement supérieur. On n’ose imaginer que, de manière sûrement inconsciente, on ait pu considérer que les CPGE ne concernent pas les bacheliers des catégories sociales les moins favorisées. Cette omission serait alors révélatrice d’un accommodement déraisonnable avec un entre-soi ségrégatif, en effet incompatible avec l’attachement réaffirmé du ministre de l’éducation nationale à « l’égalité véritable[4] ».Sauf à considérer que se préoccuper de la part d’élèves d’origine modeste en CPGE relèverait de "l’égalitarisme".

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[1] http://www.education.gouv.fr/cid122039/plan-etudiants-accompagner-chacun-vers-la-reussite.html

[2] http://www.cnesco.fr/wp-content/uploads/2016/09/dutercq_solo1.pdf

[3] http://cache.media.education.gouv.fr/file/etat26/11/1/depp-etat-ecole-2016-depense-education-enseignement-superieur_675111.pdf

[4] « J'attache énormément d'importance à l'égalité. Mais à l'égalité véritable (...) Je ne me paye pas de mots : c'est facile d'aller sur une estrade et de parler d'égalité. C'est plus difficile de dire comment on y arrive, de prendre des décisions qui demandent du courage pour arriver à la véritable égalité, pour que les enfants des milieux défavorisés aient une destinée qui aille dans le meilleur sens ». Jean-Michel Blanquer sur France Culture https://www.franceculture.fr/societe/jean-michel-blanquer-dans-leducation-cest-par-plus-de-liberte-quon-peut-aller-vers-plus

 

 

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