Jean-Pierre Veran (avatar)

Jean-Pierre Veran

formateur, expert associé France Education International (CIEP), membre professionnel laboratoire BONHEURS, CY Cergy Paris Université

Abonné·e de Mediapart

816 Billets

1 Éditions

Billet de blog 9 décembre 2021

Jean-Pierre Veran (avatar)

Jean-Pierre Veran

formateur, expert associé France Education International (CIEP), membre professionnel laboratoire BONHEURS, CY Cergy Paris Université

Abonné·e de Mediapart

Laïcité et vie des élèves: de quoi la laïcité peut-elle être parfois le nom ?

Situation paradoxale dans certains lycées cet hiver : au nom de leur santé, on proscrit les rassemblements d’élèves à l’intérieur des bâtiments, mais on maintient l’interdiction des couvre-chefs dans la cour : de quoi la laïcité est-elle ici le nom ?

Jean-Pierre Veran (avatar)

Jean-Pierre Veran

formateur, expert associé France Education International (CIEP), membre professionnel laboratoire BONHEURS, CY Cergy Paris Université

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

La journée de la laïcité à l’Ecole qui s’est tenue le 9 décembre mérite que l’on pose aussi certaines questions sur la vie des élèves dans les établissements scolaires en cette saison froide.

Le ministère nous apprend en effet à cette occasion[1] que, parmi les signalements d’atteintes à la laïcité effectués par les écoles et établissements scolaires, 15% des faits concernent le port de signes religieux.

Il est des établissements où l’interdiction  du port de signes religieux se traduit par une mesure toute simple : le port de tout couvre-chef est proscrit dans l’enceinte de l’établissement, y compris dans les espaces extérieurs.

Il n’y a rien à redire à cette interdiction si les élèves, quand ils ne sont pas en cours, peuvent facilement être accueillis, en saison froide, dans des salles d’étude.

Mais ce n’est pas le cas de tous les établissements, notamment dans des établissements dont l’effectif d’élèves excède largement l’effectif pour lequel les locaux ont été conçus.

Ainsi, dans un lycée en sureffectif, fait-on la chasse aux élèves qui se tiennent, faute de place, assis dans les couloirs pour se protéger du froid. On leur demande de sortir, ce qui peut se concevoir, au regard du protocole sanitaire par temps de pandémie, mais aussi, une fois dehors, de ne porter ni casquette, ni bonnet, ni capuche. Au nom sans doute du respect du principe de laïcité.

On touche ici à l’absurde. Il peut faire froid dehors, le vent peut souffler, il n’est pas question d’autoriser les élèves à se protéger du froid, alors qu’on est dans l’incapacité de les accueillir dans un local chauffé. Il ne s’agit plus ici de laïcité, mais d’entêtement obscurantiste : si l’on se préoccupe de la santé des élèves en évitant qu’ils se regroupent en espace fermé, il faut s’en préoccuper jusqu’au bout : leur santé comme leur bien-être minimal imposent de revenir sur l’application d’une interdiction des couvre-chefs, à l’origine décidée pour éviter le port de signes d’appartenance religieuse au sein des établissements scolaires. Or, ce qui est en jeu ici, ce n’est pas le principe de laïcité, mais tout simplement le principe d’hospitalité scolaire, qui veut que les élèves soient bien traités à l’Ecole, et non pas brimés.

Il serait bon que les équipes académiques « Valeurs de la République » rappellent que la laïcité n’a rien à voir avec l’obscurantisme, le respect dogmatique de règles quel que soit le contexte. Quand il fait froid dehors et qu’on ne peut accueillir les élèves à l’intérieur de l’établissement, qu’on les laisse se couvrir pour se protéger des rigueurs de l’hiver. Il n’y a là aucune entorse au principe de laïcité, il s’agit tout simplement d’une mesure de bon sens, favorable à la qualité du climat scolaire.

_____________________________________________________________

[1] https://www.education.gouv.fr/respect-du-principe-de-laicite-l-ecole-nouveau-bilan-de-l-action-des-equipes-valeurs-de-la-326575

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.