Les écoles du bonheur : une utopie réaliste ?

En une centaine de pages, les chercheurs du laboratoire BONHEURS de l’université de Cergy-Pontoise apportent une large vision des champs où il est possible d’agir pour développer le bonheur d’apprendre, en construisant un nouveau modèle éducatif.

Publié en décembre 2018, sous la direction de François Durpaire, Les écoles du bonheur[1] est un recueil de contributions d’enseignants chercheurs du laboratoire BONHEURS de l’Université de Cergy-Pontoise. Placé sous les auspices d’une trilogie originale – Einstein, Lennon et Aragon- , il nous rappelle, à travers ces auteurs, que « pas une fois (à l’école) on nous apprend la confiance en soi, la passion et l’amour qui sont le sens de la vie » (Einstein), mais que « pourtant le bonheur existe ailleurs que dans les rêves ailleurs que dans les nues » (Aragon), pour peu que ceux qui sont en charge de l’école ne ressemblent pas à ceux à qui Lennon répondait  « qu’ils n’avaient pas compris la vie ».

Comme l’indique Séverine Colinet au premier chapitre, le bonheur est une notion « difficilement délimitable, palpable, quantifiable et fortement volatile, hautement subjective ». C’est sans doute la raison pour laquelle les différents contributeurs éclairent la question de points de vue divers mais complémentaires. Travailler sur les déficiences et le ressenti corporel et émotionnel, comme le propose S. Colinet, favoriser par le récit de soi l’empouvoirement et le vivre-agir ensemble par la pop culture à l’école comme l’analyse Béatrice Mabilon-Bonfils, renforcer les partenariats et les formes participatives étudiés par Line Numa-Bocage, penser, avec Laurent Janin, des architectures pour construire du bonheur, dépasser le conflit éternel entre raison et émotion et provoquer le bonheur épistémique en mathématiques comme le suggère  Thomas Lecorre, appliquer une approche actancielle à l’usage des technologies numériques en privilégiant une approche d’adjuvant plutôt que d’opposant au bonheur d’apprendre selon l’analyse d’Alain Jaillet, pratiquer une forme de yoga destiné aux enfants pour prendre confiance en soi, être en forme, calmer la colère, dominer le stress scolaire, apprendre à coopérer comme le proposent Zorola Buisson, Véronique Mainguy et Laurence Mucha, on voit bien que c’est en multipliant les entrées et en dépassant les cloisonnements scolaires traditionnels que peut se construire une école vraiment bienveillante, favorisant le bonheur d’enseigner et celui d’apprendre comme le souligne en conclusion Aziz Jellab.

On est frappé, à la lecture ce cet ouvrage, par la volonté des chercheurs d’associer à leur travaux les acteurs eux-mêmes, personnels des établissements dans leur diversité, élèves et parents, collectivités impliquées dans l’action éducatrice. Les dispositifs pédagogiques eux-mêmes associent porteurs de projets et chercheurs dans une démarche de partage des savoirs.

Le maître –mot de cette réflexion est sans aucun doute celui de savoir-relation, qui englobe, comme le souligne François Durpaire dans son introduction, la relation des savoirs (désormais reliés les uns aux autres en non exclusivement segmentés en disciplines académiques qui s’ignorent), le savoir de la relation, seul à même de tenir tête à la colonisation technologique, et le savoir-être en relation, pivot de toute démocratie éducative. Comment ne pas souscrire à l’horizon de blocs d’enseignements transversaux articulés autour de l’ego-relation, l’alter-relation et l’éco-relation ? Cultiver la relation à soi, aux autres,  et à la planète, n’y a –t-il pas là une ardent obligation pour l’école du 21siècle ? C’est dans cette perspective que s’inscrit la charte de labellisation des écoles du bonheur visant, internationalement, à bâtir un curriculum du bien-être en promouvant les initiatives  qui améliorent le bien être à l’école et en développant échanges, jumelages, soutien et évaluation scientifiques  aux dispositifs innovants des écoles collèges et lycées permettant d’être heureux pour apprendre, d’apprendre à être heureux, et de transformer l’environnement  dans un sens positif par des projets citoyens.

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[1]François Durpaire (dir.), Les écoles du bonheur suivi de Cinq leçons pour apprendre à être heureux, Téraèdre - Eclaboussements, 2018

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