Accompagnement éducatif : un collège plus injuste à la rentrée 2015 ?

Depuis janvier 2015, les valeurs de la République sont portées haut et fort dans les discours officiels, et l’école est présentée plus que jamais comme le creuset de la République.

Au même moment, les rectorats font connaître aux établissements leur dotation horaire globale (DHG)[1] pour la rentrée prochaine.

Parmi les éléments nouveaux pour la prochaine rentrée, nous en retiendrons un qui nous paraît significatif de l’écart entre le dire et le faire en matière d’égalité des chances. Les dotations horaires globales affectées aux collèges ne prévoient plus, en dehors des réseaux d’éducation prioritaire, les heures nécessaires à la mise en œuvre de l’accompagnement éducatif.

Revenons en arrière. Dans sa Lettre aux éducateurs du 4 septembre 2007[2], le président de la République nouvellement élu écrit, s’adressant aux parents :

« (…) je suis décidé à faire en sorte que plus aucun enfant ne soit livré à lui-même une fois la classe terminée, afin que vous puissiez achever votre journée  de travail sans éprouver l’angoisse de savoir votre fils ou votre fille sans surveillance, sans encadrement. Désormais les devoirs seront faits à l’école, en études surveillées.»

Son ministre de l’éducation nationale, Xavier Darcos, a mis en œuvre sans attendre cet engagement. La circulaire n° 2007-115 du 13 juillet 2007 met déjà en place l’accompagnement éducatif dans toutes les écoles et collèges en éducation prioritaire. Il s’agit,  quatre jours par semaine, hors temps scolaire, « d’assurer en toute équité à chaque élève quel que soit son milieu familial,  l’encadrement de son  travail personnel, l’épanouissement par la pratique du sport, et l’ouverture au monde l’art et de la culture, conditions nécessaires au bon déroulement de la scolarité»[3].

Après une année d’expérimentation en éducation prioritaire, la circulaire n° 2008-080 du 5-6-2008[4] instaure la généralisation de l’accompagnement éducatif à compter de la rentrée 2008 « à tous les collèges, publics et privés sous contrat.» La raison en est clairement exprimée au début de la circulaire : « Entre le temps de l’École et celui de la famille, l’accompagnement éducatif constitue une offre complémentaire aux enseignements en dehors du temps scolaire. L’accompagnement ainsi offert à tous les élèves volontaires peut s’avérer très profitable aux élèves rencontrant des difficultés, notamment lorsqu’ils ne bénéficient pas chez eux de conditions d’étude favorables. Ce dispositif contribue ainsi à l’égalité des chances entre tous les élèves. »

Peut-on dire qu’entre 2008 et 2015, les élèves rencontrant des difficultés, notamment lorsqu’ils ne bénéficient pas chez eux de conditions d’étude favorables, ont disparu des collèges hors éducation prioritaire ? Peut-on affirmer que, hors éducation prioritaire, l’égalité des chances est désormais assurée entre tous les collégiens ? On sait bien que la tendance est à l’inverse.

On ne peut donc que constater qu’un dispositif destiné à réduire les inégalités scolaires dont notre pays détient le record au sein de l’OCDE, dispositif mis en place pendant le quinquennat de Nicolas Sarkozy, est destiné à disparaître à la prochaine rentrée scolaire dans la majorité des collèges.

L’abandon de l’accompagnement éducatif est-il concevable, alors que l’actualité dramatique récente montre qu’il faut collectivement redonner sens à l’école à ceux qui en ont le plus besoin pour leur montrer que les valeurs de la République descendent des frontons de nos murs et s’incarnent dans une vraie politique éducative pour tous et pour chacun ?

Il semble que ce fait illustre une nouvelle fois l’aveuglement d’une gouvernance exclusivement instrumentale, qui ne considère que l’optimisation des coûts, sans se préoccuper de référer ses choix budgétaires aux valeurs de la République. C’est assurément un mauvais signe pour la refondation attendue d’un collège plus juste.

 


[1] C’est l’enveloppe des heures postes (HP), correspondant à l’ensemble des postes d’enseignants permanents et provisoires des établissements, et des heures supplémentaires année (HSA), allouées par le rectorat de l’académie.

http://www.education.gouv.fr/cid22780/la-taille-des-structures-pedagogiques-dans-les-etablissements-du-second-degre.html

 

[2] Sarkozy, Nicolas, Lettre aux éducateurs, ISBN : 978 - 2 - 11 - 006893 - 4, Réalisation Documentation  française,  impression Journaux officiels, septembre 2007

[3] http://www.education.gouv.fr/bo/2007/28/MENE0701447C.htm

 

[4] http://www.education.gouv.fr/bo/2008/25/MENE0800454C.htm

 

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