Elèves à résultats faibles : qu’en est-il en France ?

L’OCDE publie les résultats d’une enquête sur les élèves à résultats faibles. En France, le risque d’avoir de faibles résultats est beaucoup plus fort pour les élèves socio économiquement défavorisés, issus de l’immigration, parlant à la maison une autre langue que celle d’enseignement, qui n’ont pas bénéficié de l’enseignement preélémentaire, ont redoublé, ou étudient dans un établissement privé.

L’enquête de l’OCDE publiée ce 10 février[1] insiste sur le fait que « trop de jeunes continuent de quitter l’école sans avoir acquis les compétences de base qui sont aujourd'hui nécessaires pour évoluer dans la société et sur le marché du travail, assombrissant ainsi leurs perspectives d’avenir et compromettant la croissance économique à long terme. »

Si la situation globale au sein de l’OCDE est donc préoccupante, qu’en est-il de la situation française ? La fiche qui concerne notre pays apporte des éléments qui permettent de mieux lire des résultats globalement  à peine moyens.

En effet, par exemple, les élèves français aux résultats faibles en mathématiques sont 22% contre 24 en moyenne OCDE, en lecture et en sciences 19 contre 18%, et 13% d'entre eux cumulent des résultats insuffisants dans ces trois domaines (95 000 élèves français concernés) contre 12% en moyenne . Rien de satisfaisant, donc, mais rien d’excessivement alarmant en apparence donc.

A ceci près que :

-       le taux français d’élèves à résultats faibles en mathématiques a augmenté en 10 ans de 5,7% soit 8 fois plus que la progression moyenne (0,7%)

-       le taux d’élèves à résultats faibles en lecture a diminué en dix ans de 1,7% en moyenne, alors qu’en France il a augmenté de 1,4%.

On est donc curieux de voir ce qui, par delà ces résultats bruts, caractérise la situation française.

-       En 2012, 57% des élèves ayant redoublé ont de faibles résultats en mathématiques (contre 54% en moyenne OCDE), en revanche 8% seulement des élèves n’ayant pas redoublé ont des résultats faibles en mathématiques (contre 18% en moyenne OCDE). La France est donc le pays où l’écart est le plus fort entre élèves ayant redoublé ou non.

-       Les élèves français à résultats faibles ont un sentiment d’appartenance à l’école deux fois moins élevé que la moyenne OCDE.

-       Les élèves appartenant à des établissements scolaires accueillant une population socialement défavorisée ont en France 40 (quarante !) fois plus de risque d’avoir des résultats faibles en mathématiques que ceux qui étudient dans des établissements socialement favorisés, alors que ce risque n’est que de 11 en moyenne OCDE. Il y a là un écart scandaleux.

-       Les élèves scolarisés dans des établissements privés ont, à situation socio-économique équivalente,  plus de deux fois de risques d’avoir de faibles résultats en mathématiques, alors qu’en moyenne OCDE, il n’y a pas de différence entre public et privé. Il y a là une information importante, qui valorise le travail accompli dans l’enseignement public français, et questionne la réputation de qualité prétendument supérieure de l’enseignement privé français. 

Si on ajoute que des pays aussi divers que l’Allemagne, le Brésil, l’Italie, le Mexique, la Pologne, le Portugal, la Russie, la Tunisie, la Turquie ont diminué, entre 2003 et 2012 le nombre de leurs élèves à faibles résultats, cela prouve que tout pays doit pouvoir obtenir des résulats équivalents.

L’OCDE suggère quelques orientations politiques susceptibles de contribuer à l’amélioration de cette situation. Elles ne surprendront pas ceux qui ont lu le rapport de Jean-Paul Delahaye Grande pauvreté et réussite scolaire, le choix de la solidarité pour la réussite de tous[2], maintes fois cité sur ce blog.

Après la lecture de cette dernière livraison de PISA 2012, qui une fois encore conforte la caractéristique scandaleusement inégalitaire de notre enseignement scolaire, on ne peut qu’être convaincu de la nécessité de mettre en oeuvre rapidement les préconisations contenues dans ce rapport, non pas quelques unes, partiellement, mais toutes, et résolument. Le crédit de la République et de sa devise est à ce prix.


[1] http://www.oecd.org/fr/education/aider-les-eleves-les-plus-faibles-est-essentiel-pour-la-societe-et-pour-leconomie-selon-locde.htm

[2] http://cache.media.education.gouv.fr/file/2015/52/7/Rapport_IGEN-mai2015-grande_pauvrete_reussite_scolaire_421527.pdf

 

 

 

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