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formateur, expert associé France Education International (CIEP), membre professionnel laboratoire BONHEURS, CY Cergy Paris Université

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Billet de blog 12 avril 2013

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D’une circulaire de préparation de rentrée à l’autre : quelles évolutions entre 2012 et 2013 ?

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Les circulaires de préparation de rentrée formalisent, chaque printemps, les orientations que le Ministre de l’éducation nationale veut donner à la politique éducative pour l’année scolaire à venir. Comme celle de 2012 a été publiée le 27 mars sous l'autorité de Luc Châtel à la fin du quinquennat de Nicolas Sarkozy et celle de 2013 vient d’être publiée le 11 avril, signée par Vincent Peillon et George Pau-Langevin, c’est une bonne manière de prendre la mesure, en les comparant, des inflexions apportées par l’alternance politique.

Deux observations de forme qui sont aussi des remarques de fond pour commencer. : leur titre et leur longueur.

Luc Châtel a intitulé sa dernière circulaire de préparation de rentrée « orientations et instructions pour la préparation de la rentrée 2012 », Vincent Peillon et George Pau- Langevin signent une «  circulaire d’orientation et de préparation de la rentrée 2013 ». La disparition du terme « instructions » est significative. Instructions au pluriel désigne, selon le dictionnaire Robert, « l’ordre de service émanant d’une autorité supérieure, du gouvernement ». Luc Châtel se posait donc en ministre qui donne des consignes des directives, des ordres, des prescriptions. Dans la nouvelle circulaire, les ministres se placent en stratèges, donnant le cap (une et non des orientations), et non en chefs. On serait plus, avec eux, d'après le titre donné à la circulaire, dans un mode de gouvernance de l’institution scolaire qu’en mode de gouvernement.

La circulaire Châtel de 2012 comptait le double de mots (15996 contre 8040) et de caractères (93817 contre 46831) que la circulaire Peillon. Cette différence de longueur confirme ce que nous avons déduit de la différence de titre : quand on donne des instructions, on ne se contente pas de fixer le cap, on explique aussi comment l’atteindre. Et, ce faisant, le ministre réduit d’autant la marge d’autonomie et d’initiative des acteurs de terrain dont il se prétend d’autre part le plus ardent défenseur.

Venons-en au fond.

En 2012, les mots clés servant de titre à chacune des deux parties de la circulaire sont "personnaliser" et "responsabiliser", qu’une annexe décline en 10 axes :

            1. Construire l'École du socle

            2. Améliorer la maîtrise des sciences et des technologies

            3. Consolider la réforme des lycées

            4. Mettre la personnalisation au service de l'égalité des chances

            5. Renforcer l'enseignement des langues et l'ouverture sur le monde

            6. Accompagner l'orientation et aider à l'insertion professionnelle

            7. Encourager la dynamique pédagogique et l'innovation

            8. Établir un climat scolaire propice à l'apprentissage

            9. Renforcer l'action éducative

            10. Soutenir l'engagement de la communauté éducative

En 2013, la circulaire est dépourvue d’annexe. Elle affiche  d’abord 5 grandes priorités. C'est deux fois moins, là encore, que l'annexe de la précédente circulaire, et, sans doute, ainsi, plus lisible. Il s'agit de :

            1. Reconstruire la formation professionnelle des métiers du professorat et de l'éducation

            2. Rénover en profondeur l'enseignement du premier degré

            3. Faire entrer l'École dans l'ère du numérique

            4. Atteindre des objectifs ambitieux de réduction du décrochage scolaire

            5. Développer l'éducation artistique et culturelle (EAC).

La ciculaire 2013 annonce ensuite « une année de transition pour le collège et le lycée ». Elle se termine avec l’objectif de « favoriser la réussite éducative ».

On ne peut manquer d’être frappé par un changement d’approche et une continuité de préoccupations.

En 2013, la première priorité est la formation professionnelle des métiers du professorat et de l’éducation. On sait en effet combien les dernières années du quinquennat précédent ont été marquées par une forte volonté d’économies dans le domaine de la formation professionnelle. « Faire entrer l’école dans l’ère du numérique », deuxième priorité, donne à cet objectif une importance qu’il n’avait pas en 2012. En effet, la formation professionnelle et l’essor du numérique n’étaient évoqués en 2012 que dans l’objectif « encourager la dynamique pédagogique et l’innovation».  Si l’affichage des priorités est modifié, on constate néanmoins une communauté de préoccupations, et il est heureux en effet que la politique éducative connaisse une forme de continuité. La réduction du décrochage scolaire, troisième priorité 2013, apparaissait  en 2012 dans l’objectif « accompagner l'orientation et aider à l'insertion professionnelle ». Quant à la dernière des 5 priorités 2013, l’éducation artistique et culturelle, elle figurait dans l’annexe 2012, entre la politique éducative de santé et la sécurité routière, dans la partie « renforcer l’action éducative ». De même, la priorité une de 2012 consacrée à « construire l’école du socle » peut trouver un écho dans la seconde de 2013 « rénover en profondeur l’enseignement du premier degré ». Ou encore l’objectif d’«établir un climat scolaire propice à l’apprentissage » en 2012 se retrouve dans celui de 2013 « Installer un cadre protecteur et citoyen pour les élèves et les personnels ».

A travers ces quelques exemples, on voit bien que la prochaine année scolaire sera bien, comme l’indique la circulaire, « une année de transition » dans le second degré, où le changement interviendra plus nettement en 2014-15. On mesure aussi le changement complet concernant la place de la formation professionnelle, initiale et continue : si l’on est convaincu, en effet, que la refondation sera pédagogique ou ne sera pas, il faut nécessairement mettre l’accent sur la formation. Que la deuxième priorité soit celle de l’ère numérique complète bien la première. D’une part, parce que le numérique, avec les modes de travail collaboratif distant et d’accès aux ressources est un élément stratégique d’une politique de formation au 21e siècle. D’autre part, parce que l’usage du numérique à l’école suppose aussi de réinventer une pédagogie qui ne peut reposer essentiellement sur un acte d’enseignement de transmission.

A lire la circulaire de préparation de rentrée 2013 en la comparant à la précédente, on mesure mieux en effet ce que la refondation de l’école signifie et dans quelle mesure concrète elle est déjà dessinée pour l’année scolaire qui vient et celles qui suivront.

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