Comment les élèves ont-ils vécu le confinement de mars-avril 2020 ?

Pour connaître la manière dont les élèves ont vécu les semaines de confinement du printemps 2020, une enquête auprès des collégiens, menée pendant le confinement par le Laboratoire BONHEURS de CY Cergy Paris Université, apporte de précieux compléments aux enseignements tirés par la DEPP d’une étude menée à la rentrée 2020 auprès d’élèves écoliers et collégiens lors du confinement.

La Note d’information d’avril 21 de la DEPP[1] tente de répondre à cette question. Il en ressort que « Le ressenti est très différent selon l’âge des élèves, mais aussi leur sexe ou leur lieu de scolarisation ». L’enquête a été réalisée à la rentrée 2020, auprès d’élèves qui étaient l’année précédente en grande section, CP, CM2 et 3e.

Il est intéressant de mettre les résultats de cette étude en relation avec une enquête réalisée par le laboratoire BONHEURS de CY Cergy Paris Université auprès des collégien(ne)s, en mars et avril 2020, pour recueillir au plus près leurs réponses aux questions portant sur la manière dont ils vivaient le confinement. On trouve, en rapprochant ces deux enquêtes des points de convergence et des éléments complémentaires concernant les collégien(ne)s.

Ce que confirme l’enquête de rentrée auprès des élèves qui étaient en 3e lors du confinement, c’est ce que les collégien(ne)s ont exprimé fortement en mars puis en avril : fort sentiment de manque des ami(e)s, sentiment d’ennui, préférence pour le travail au collège, temps de travail scolaire plus important chez les filles que chez les garçons.

L’enquête menée au printemps par le laboratoire BONHEURS apporte à ces données d’autres éléments importants. D’une part, parce qu’elle a questionné les collégien(ne)s sur la perception de leur niveau scolaire, ce qui a permis de dégager des différences selon celui-ci. D’autre part, parce que les collégiens interrogés appartenant à tous les niveaux, de la 6e à la 3e, l’enquête permet de percevoir des évolutions au fil des années de collège. Enfin, parce que les différences liées au genre sont plus finement perçues.

Ainsi, concernant le travail scolaire à la maison, par exemple, les élèves estimant leurs résultats bons ou très bons travaillent plus que ceux qui les estiment moyens ou insuffisants. Ceux qui estiment leurs résultats faibles consacrent nettement moins de temps au travail scolaire à la maison. Entre la 6e et les 3e, on  observe un effet de désaffiliation scolaire qui se traduit par le fait que les élèves de 3e sont moins nombreux que ceux de 6e  à faire plus que le travail demandé par les professeurs ou tout le travail demandé. Et les filles, à niveau égal, sont plus nombreuses que les garçons à effectuer tout le travail ou plus que le travail demandé.

Effet de genre aussi, les filles sont plus nombreuses que les garçons à avoir un emploi du temps à la maison. Et, parmi ces derniers, ceux qui ont des résultats insuffisants sont plus nombreux encore en avril qu’en mars à ne pas avoir d’emploi du temps.

Du point de vue des outils de travail, entre mars et avril, on remarque, notamment chez les élèves déclarant de bons résultats,  une remise en ordre scolaire, avec la prédominance du recours aux documents envoyés par le collège et aux manuels scolaires, en particulier pour les élèves affichant de bons résultats. C’est comme si le « bon élève » était plus que tout autre à l’aise dans la forme scolaire traditionnelle.

La note de la DEPP est silencieuse sur l’accompagnement du travail scolaire à la maison. L’enquête du laboratoire BONHEURS est riche d’enseignements : on observe la prédominance de l’aide familiale (parents, fratrie) qui décroît de la 6e à la 3e. Effet de genre intéressant : les filles disent plus être aidées par leurs enseignants que les garçons, et les parents aideraient plus les garçons que les filles. Mais on observe aussi que ce sont les élèves à résultats perçus comme excellents qui bénéficient le plus de l’aide conjointe des professeurs et des parents, alors que pour les élèves à résultats fragiles, c’est l’aide des camarades qui prévaut. Il y a là de quoi interroger non seulement l’impact du confinement sur les élèves, mais aussi ses liens avec les hiérarchies scolaires.

Du pont de vue des pratiques culturelles, on observe la confirmation de la décroissance de l’activité de lecture de livres de la 6e à la 3e, parallèle à la croissance du temps d’écrans, sans doute en lien avec l’autonomisation progressive par rapport au contrôle parental. Et ce qui est frappant, c’est qu’il n’y a pas d’effet de genre ou de résultats scolaires sur cette évolution, qui voit également progresser l’affiliation aux réseaux sociaux numériques en même temps que demeure un effet rassembleur de la télévision généraliste.

Il y a sans aucun doute des éléments de réflexion éducative à tirer de ces enquêtes. Sans doute tenir un plus grand compte l’importance pour les élèves de tous les moments de sociabilité juvénile que procure l’Ecole ; les recréations leur ont plus manqué que certains cours… Sans doute aussi donner plus de place à leur formation à la culture numérique et médiatique, compte tenu de leurs modes d’information, de culture et de loisir.

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[1] https://www.education.gouv.fr/dispositif-d-evaluation-des-consequences-de-la-crise-sanitaire-comment-les-eleves-ont-ils-vecu-le-322830

 

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