Equité entre les enfants en France : «tout reste à faire»?

La 13e enquête de l’UNICEF sur l’équité entre les enfants dans les pays riches confirme amplement pour la France les constats et les orientations préconisées par le rapport Grande pauvreté et réussite scolaire publié en mai 2015. Et elle témoigne que les objectifs fixés à la refondation de l’école en 2013 sont devant nous.

La 13e enquête de l’UNICEF sur les droits de l’enfant dans les pays riches[1] étudie la situation dans une quarantaine de pays, du point de vue de l’éducation, de la santé, des revenus et de la satisfaction dans la vie. Les enfants de France se situent, de ce point de vue, dans le dernier tiers du tableau.

Un mot d’abord de la méthodologie de cette étude, qui réside dans « le focus sur les inégalités entre les enfants de la médiane et ceux des 10% les plus défavorisés, et dans la mise en commun et la comparaison des données connues mais éparses concernant les revenus, l’éducation, la santé et la satisfaction individuelle dans 41 pays. De plus, pour la première fois, certaines données sont fondées sur la perception qu’ont les enfants eux-mêmes de leur santé et de leur satisfaction dans la vie. »

Un classement ne résume pas la situation des enfants de France, mais il constitue sans doute un indicateur : si la France se situait en milieu de tableau en 2010, elle figure aujourd’hui parmi les pays les plus inégalitaires, au 28e rang en moyenne, mais au 35e sur 37 en éducation, au 23e sur 35 en santé,  au 28e sur 35 en satisfaction dans la vie, alors qu’elle se situe 13e sur 41 en revenus.

 Parmi les 18 pays les plus égalitaires, on ne trouve que des pays européens en dehors de l’Australie (13e) et des Etats-Unis (18e). En tête, le Danemark, la Suisse, la Norvège, la Finlande, l’Autriche et les Pays-Bas. Parmi les plus inégalitaires, la France ne devance que la Belgique, le Luxembourg, la Slovaquie, l’Italie, la Bulgarie, la Turquie et Israël.

Pour les inégalités de revenus, la France est au 13e  rang, le premier étant occupé par la Norvège et le dernier par la Roumanie. A 11 ans, les filles ont un très bas niveau de satisfaction dans la vie, devançant seulement les belges, alors que les tchèques sont au premier rang.

Les évolutions constatées en 2006 et 2012 sont éloquentes. Du point de vue de la réussite en lecture, en République tchèque elles ont décru de 36%, alors qu’en Finlande elles se sont accrues de 22% - ce qui questionne pour le moins le modèle finlandais. En France elles ont augmenté de 4%. Du point de vue des inégalités alimentaires, elles ont décru de 12,6% à Malte, alors qu’elles ont augmenté de 6,6% au Portugal. En France, elles ont augmenté de 2,8%.

De cette étude, nous retiendrons pour la France les résultats préoccupants en matière d’éducation, de santé, et de satisfaction dans la vie. Si les inégalités de revenus sont relativement modérées, le directeur d’UNICEF France observe : «Le problème ne se situe pas à un niveau seulement économique : il s‘agit plutôt d’un déploiement inégal des services et des ressources au détriment des enfants les plus vulnérables, ayant pour conséquence une accumulation des difficultés pour ces derniers».

Les recommandations du bilan 13 de l’UNICEF ne surprendront pas les lecteurs français du rapport de Jean-Paul Delahaye Grande pauvreté et réussite scolaire : le choix de la solidarité pour la réussite de tous[2]. L’UNICEF recommande en effet aux gouvernements de faire porter les efforts sur les enfants les plus pauvres. « Le Bilan rappelle clairement que le bien-être des enfants quel que soit le pays, n’est pas la conséquence inévitable de circonstances individuelles ou du niveau de développement économique, mais dépend de choix politiques » a déclaré Sarah Cook, la directrice du centre de recherche de l’UNICEF – Innocenti.« Devant l’impact à long terme des inégalités, il est très clair que les gouvernements doivent avoir comme priorité d’améliorer le bien-être de tous les enfants, afin qu’ils aient toutes les chances de réaliser leur potentiel».

On n’oublie pas que l’article 2 de la loi de refondation de l’école[3] engage à « lutter contre les inégalités sociales et territoriales en matière de réussite scolaire et éducative » ; que le système éducatif « reconnaît que tous les enfants partagent la capacité d'apprendre et de progresser. Il veille à l'inclusion scolaire de tous les enfants, sans aucune distinction. Il veille également à la mixité sociale des publics scolarisés au sein des établissements d'enseignement. Pour garantir la réussite de tous, l'école se construit avec la participation des parents, quelle que soit leur origine sociale. Elle s'enrichit et se conforte par le dialogue et la coopération entre tous les acteurs de la communauté éducative. » On n’oublie pas non plus son article 6 : « Les actions de promotion de la santé des élèves font partie des missions de l'éducation nationale. Elles sont en priorité assurées par les médecins et infirmiers de l'éducation nationale. A ce titre, les élèves bénéficient, au cours de leur scolarité, d'actions de prévention et d'information, de visites médicales et de dépistage obligatoires, qui constituent leur parcours de santé dans le système scolaire. Ces actions favorisent notamment leur réussite scolaire et la réduction des inégalités en matière de santé. »

A cette relecture, on peut avoir envie de se dire : « tout a été écrit ; beaucoup reste à faire ».


[1] https://www.unicef.fr/article/bien-etre-des-enfants-dans-les-pays-riches-resultats-2016-trop-d-inegalites

[2] http://www.education.gouv.fr/cid88768/grande-pauvrete-et-reussite-scolaire-le-choix-de-la-solidarite-pour-la-reussite-de-tous.html

[3] https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do;jsessionid=?cidTexte=JORFTEXT000027677984&dateTexte=&oldAction=rechJO&categorieLien=id

 

 

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