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Billet de blog 14 mai 2012

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L’accompagnement éducatif : une mesure d’égalité des chances à pérenniser ?

Au dernier jour d’un quinquennat, on va examiner ce qu’il est advenu d’une mesure promise par le candidat en campagne en 2006[1], confirmée après son élection dans sa lettre aux éducateurs du 4 septembre 2007[2], et mise en œuvre de manière expérimentale en 2007 avant d’être généralisée à l’ensemble des collèges et des écoles de l’éducation prioritaire à la rentrée 2008.

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Au dernier jour d’un quinquennat, on va examiner ce qu’il est advenu d’une mesure promise par le candidat en campagne en 2006[1], confirmée après son élection dans sa lettre aux éducateurs du 4 septembre 2007[2], et mise en œuvre de manière expérimentale en 2007 avant d’être généralisée à l’ensemble des collèges et des écoles de l’éducation prioritaire à la rentrée 2008.

Le ministre Xavier Darcos, chargé de sa mise en œuvre, a ainsi présenté l’accompagnement éducatif le 29 juillet 2007 : « Aujourd’hui, dit-il, de nombreux enfants et jeunes adolescents se retrouvent livrés à eux–mêmes en fin d’après-midi dans l’attente du retour de leurs parents. Après les cours, à l’heure du goûter, ils ne trouvent pas chez eux l’aide dont ils auraient besoin pour faire leurs devoirs et progresser. Pendant ce temps, d’autres enfants peuvent profiter de la présence et de l’assistance de leur entourage familial ou de répétiteurs particuliers pour réviser leurs leçons et acquérir les savoirs inscrits dans les programmes scolaires. Cette asymétrie est porteuse d'injustices [...]. Il convient de repenser le temps scolaire pour répondre à l'attente des familles et aux évolutions sociales contemporaines. Il faut surtout rétablir l’équité par un effort volontariste […] Aujourd’hui l’école doit ouvrir ses portes, après les cours, à ceux que le Président de la République a appelé les ‘’orphelins de 16 heures’’».

Voilà donc une mesure inspirée par le souci explicite de l’égalité des chances. Si l’école veut contribuer à restaurer d’avantage d’égalité  entre les élèves, elle ne doit pas déléguer aux familles l’apprentissage des leçons et l’aide aux devoirs, l’accès à des activités sportives, artistiques et culturelles : c’est ainsi que l’écart de réussite scolaire entre les élèves se creuse pour des raisons sociales, culturelles et linguistiques. Sur la base du volontariat des élèves et des familles, ceux qui le souhaitent pourront donc bénéficier dans les établissements concernés de deux heures d’accompagnement éducatif quatre jours par semaine.

En outre, pour mobiliser l’ensemble des personnels susceptibles d’assurer cet accompagnement, et notamment celui des professeurs-documentalistes et des conseillers principaux d’éducation, au côté des professeurs de discipline, le ministre annonce lors de sa conférence de presse de rentrée 2008 un alignement sur le taux des heures supplémentaires effectives des certifiés pour les CPE et documentalistes intervenant dans l’accompagnement éducatif. Il s’agit là d’un effet collatéral d’égalité de traitement entre professeurs certifiés de disciplines et professeurs certifiés en documentation et CPE jusqu’ici rétribués à un taux inférieur de moitié à celui de leurs collègues.

D’autre part, le décret 2008-316 du 4 avril 2008 modifie le décret 2003-484 du 6 juin 2003 qui fixe les conditions de recrutement et d’emploi des assistants d’éducation pour inclure notamment dans leurs fonctions leur « participation à l’aide aux devoirs et aux leçons ».

Ainsi, au cours des années 2007-2008, un effort est consenti pour tenter de restaurer une dispositif ayant existé sous la troisième et la quatrième républiques, celui des études dirigées, qui ont paradoxalement disparu au fur et à mesure de la massification de l’enseignement secondaire, ce qui explique que l’on parle plus justement à ce propos de démographisation que de démocratisation.

Une étude demandée à la direction de l’évaluation de la prospective et de la performance a dressé le bilan de l’année de généralisation du dispositif dans tous les collèges (2008-2009)[3] : en zone urbaine, 100% des collèges avaient mis en place au moins une activité, pour 99% d’entre eux existait l’aide aux devoirs et aux leçons, pour 84% une pratique artistique ou culturelle, pour 72% une pratique sportive, pour 52% la pratique d’une langue vivante étrangère ; en zone rurale, les chiffres étaient sensiblement identiques, sauf pour la pratique sportive (60%) et celle d’une langue vivante (40%). C’est dans les collèges de l’éducation prioritaire que l’ensemble du dispositif a été le plus proposé aux élèves, avec un taux de 95% pour la pratique artistique ou culturelle, de 85% pour la pratique sportive et de 63% pour la langue vivante étrangère. En moyenne, les collèges ont disposé d’un volume horaire global de 682 heures pour l’année ; 4 élèves sur 10 ont été concernés en 6e, contre 1 sur 5 en 3e. Les chefs d’établissement ont noté une amélioration du comportement des élèves concernés, et les intervenants souligné chez les élèves une amélioration de la confiance en soi. L’étude concluait : «  Au total, la variété des suggestions des intervenants pour stabiliser ou développer le dispositif, alliée à l’insistance d’une partie des chefs d’établissement pour en rappeler l’intérêt, témoigne d’une volonté partagée de voir l’accompagnement éducatif pérennisé dans les collèges, tant du fait de son utilité pour les élèves, notamment ceux en difficulté scolaire et sociale, que du fait de la dynamique enclenchée qui semble conduire à une amélioration du climat scolaire au sein des établissements.»

Mais la pérennisation souhaitée a pâti d’un cadre budgétaire extrêmement contraint. Et, au fil des ans, le montant des heures allouées aux établissements au titre de l’accompagnement éducatif a été réduit. Des établissements ont ainsi commencé l’accompagnement éducatif après les vacances d’automne, et l’on achevé aux vacances de printemps. Ici, on l’a réservé aux élèves de 6e.  Là, il a été réduit à une heure par jour au lieu de deux. A la rentrée 2010, puis à la rentrée 2011, une des mesures éducatives emblématiques du quinquennat a ressemblé à une peau de chagrin. Dès le 26 septembre 2010, Claude Lelièvre titrait un billet de son blog : Les orphelins de 16 heures abandonnés par Sarkozy?[4]

 A l’heure du bilan, on peut donc retenir que l’accompagnement éducatif doit demeurer une priorité pour l’école républicaine. A l’heure aussi des perspectives, il faut souhaiter qu’il redevienne effectif pour tous ceux qui en ont besoin, de l’école au lycée. En effet, on ne peut à son propos que répondre positivement aux questions posées par le nouveau président élu, le 6 mai au soir, à Tulle : « Est-ce juste? Et est-ce vraiment pour la jeunesse? [5]»


[1] Le 25 octobre 2006, Nicolas Sarkozy déclarait sur TF1 : «Je souhaite qu’on généralise les études à l’Ecole pour que l’ensemble des familles de France puissent venir chercher leurs enfants une fois les devoirs faits, à 18 heures». Et il évoquait les fameux «orphelins de 16 heures qui se trouvent libérés de leurs obligations scolaires, collèges et lycées, parce que c’est terminé, et qui ne rentrent pas tous spontanément chez eux pour faire leur travail».

[2] SARKOZY, Nicolas, Lettre aux éducateurs, septembre 2007 : « je suis décidé à faire en sorte que plus aucun enfant ne soit livré à lui-même une fois la classe terminée afin que vous puissiez achever votre journée de travail sans éprouver l’angoisse de savoir votre fils ou votre fille sans surveillance, sans encadrement. Désormais les devoirs seront faits à l’école, en études surveillées »

[3] http://media.education.gouv.fr/file/2011/09/2/DEPP-NI-2011-23-accompagnement-educatif-colleges-publics_203092.pdf

[4] http://blogs.mediapart.fr/blog/claude-lelievre/260910/les-orphelins-de-16-heures-abandonnes-par-sarkozy

[5] HOLLANDE, François, discours de Tulle, 6 mai 2012

http://www.slate.fr/france/54569/discours-hollande-je-mesure-honneur-fait

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