Dépenses d’accompagnement éducatif : l’équité, c’est pour quand ?

 

Le rapport de Jean-Paul Delahaye, Grande pauvreté et réussite scolaire, le choix de la solidarité pour la réussite de tous[1], constitue pour tous ceux qui sont attachés à une école tenant les promesses de la République en matière de liberté, d’égalité et de fraternité, une source d’informations et réflexions  particulièrement riche.

Dans le cadre de ce billet, on ne retiendra qu’un élément, celui consacré à la prise en charge des élèves hors temps scolaire.

Dans un récent billet[2], nous avons évoqué « parmi les éléments nouveaux pour la prochaine rentrée, un qui nous paraît significatif de l’écart entre le dire et le faire en matière d’égalité des chances. Les dotations horaires globales affectées aux collèges ne prévoient plus, en dehors des réseaux d’éducation prioritaire, les heures nécessaires à la mise en œuvre de l’accompagnement éducatif. » Et nous nous sommes interrogés: « peut-on dire qu’entre 2008 et 2015, les élèves rencontrant des difficultés, notamment lorsqu’ils ne bénéficient pas chez eux de conditions d’étude favorables, ont disparu des collèges hors éducation prioritaire ? Peut-on affirmer que, hors éducation prioritaire, l’égalité des chances est désormais assurée entre tous les collégiens ? On sait bien que la tendance est à l’inverse. »

Le rapport de Jean-Paul Delahaye apporte une réponse claire à cette question :

« Dans un contexte de contrainte budgétaire qui entraîne une érosion des crédits, le choix de concentrer les moyens consacrés à l’accompagnement éducatif en collège aux établissements de l’éducation prioritaire est à cet égard légitime. Mais, dans la logique d’allocation progressive de moyens prenant en compte les caractéristiques sociales des établissements, il convient de veiller à ce que ce dispositif puisse être maintenu dans les internats et dans les collèges hors éducation prioritaire qui accueillent une part significative d’élèves issus des milieux défavorisés. »

Mais Jean-Paul Delahaye va plus loin, en montrant que le contexte de contrainte budgétaire ne pèse pas de la même façon, selon qu’il s’agit des élèves des écoles et des collèges, ou des élèves des classes préparatoires. Comme Montesquieu, il se fait persan pour évoquer cette forme particulière d’accompagnement éducatif que constituent les heures de colle en classes prépas.

« Il est intéressant de se pencher sur les modalités de l’accompagnement éducatif mis en place de façon systématique en classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE). A ce niveau, l’accompagnement éducatif prend le nom d’heures d’interrogation ou « heures de colle » et consiste essentiellement en une aide à la préparation aux concours. Etant inscrites dans les arrêtés des programmes, ces heures ne sont pas soumises aux mêmes contraintes budgétaires que l’accompagnement éducatif proposé dans les écoles et dans les collèges. En 2013, la somme consacrée à cette dépense sur le budget de l’enseignement scolaire a été de 70,4 millions d’euros pour 83520 étudiants de CPGE, soit 843 euros par élève, à comparer aux 270 millions d’euros pour l’accompagnement éducatif pour 893000 élèves, soit 302 euros par élève. Ajoutons que les crédits consacrés aux heures de colle ont augmenté deux fois plus vite que le nombre d’étudiants sur la période 2002-2012. »

Cs données sont éloquentes : la nation dépense bien plus pour l’accompagnement éducatif d’un élèves de classe prépa que pour celui d’un écolier ou d’un collégien. Elles confirment que notre école est toujours fondamentalement attachée à distiller une élite scolaire réduite, plutôt que de promouvoir, en faisant le choix de la solidarité, la réussite de tous. N’ y a-t-il pas là un enjeu essentiel et urgent  de la refondation de l’école républicaine ?

 


[1] http://cache.media.education.gouv.fr/file/2015/52/7/Rapport_IGEN-mai2015-grande_pauvrete_reussite_scolaire_421527.pdf

 

[2] http://blogs.mediapart.fr/blog/jean-pierre-veran/110215/accompagnement-educatif-un-college-plus-injuste-la-rentree-2015

 

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