Temps d’enseignement : quelle situation pour les élèves en France?

Avec un temps d’enseignement plus long réparti sur moins de semaines, écoliers et collégiens de France se distinguent de nombre de leurs camarades de l’UE ou de l’OCDE. Les résistances à tout changement sont fortes dans notre pays, changement pourtant préconisé depuis longtemps que ce soit en 1946 ou en 2011.

La publication récente des Regards sur l’éducation 2019 de l’OCDE[1] permet de situer les élèves de France par rapport à ceux des pays de l’Union européenne et de l’OCDE, notamment en matière de temps d'enseignement.

La moyenne des pays de l’OCDE se situe à 7590 heures d’enseignement en primaire et premier cycle secondaire (école et collège pour ce qui concerne la France). Comme toute moyenne, celle-ci est le fruit d’écarts spectaculaires entre la Hongrie (5973 heures) et l’Australie (11000 heures), ou, dans l’UE, avec le Danemark  (10960 heures).

Avec 8860 heures d’enseignement prévues pour l’école (4320) et le collège (4540), la France se situe au dessus des moyennes de l’OCDE et de l’UE. En temps d’instruction annuel, les 864 heures des écoliers les 946 heures des collégiens de France se situent largement au dessus des 769 heures en moyenne pour les écoliers de l’UE et  les 892 heures en moyenne pour les collégiens de l’UE, comme des 799 heures pour les écoliers de l’OCDE et les 919 heures pour les élèves du premier cycle secondaire de l’OCDE.

La France a une autre particularité qui influe sur la situation de ses élèves : elle compte 16 semaines de congés scolaires, ce qui la place au septième rang de l'OCDE, et 36 semaines de cours, alors que la moyenne de l’OCDE est de 40 semaines, et celle de l’UE de 41.

Cela signifie qu’avec un temps d’enseignement plus long en heures et  plus court en temps scolaire disponible, compte tenu des congés scolaires, les semaines et les journées des écoliers et collégiens français sont bien plus lourdes que celles vécues dans beaucoup d’autres pays.

Cette situation n’est pas nouvelle. Elle résulte d’un processus historique qui a abouti à faire passer la répartition du temps scolaire annuel de 233 jours en 1894 à 180 en 1969 et 178 en 2010, le nombre annuel d’heures passant de 1336 à 936 puis 864. Les programmes scolaires n’ont pas suivi cette tendance, ce qui se traduit nécessairement par une surcharge pour les élèves comme pour leurs enseignants.

Depuis longtemps, cet état de fait a attiré l’attention des réformateurs de l’éducation nationale, qui ont proposé, par exemple, en 1946-7, dans le projet de réforme de l’enseignement connu sous le noms de Plan Langevin-Wallon, « pour fixer le temps consacré par l’enfant à l’école » de « tenir compte de ses possibilités physiologiques et de ses besoins psychologiques ». « Il ne devra pas excéder, entre 7 et 9 ans, 2 heures par jour et 10 heures par semaine ; de 9 à 11 ans,  3 heures par jour et 15 heures par semaine ; de 11 à 13 ans, 20 heures par semaine ; de 13 à 15 ans, 25 heures par semaine ». La commission ministérielle d’étude précise : « Dans cet horaire seront incluses les heures de « travail dirigé » (…) En dehors de la classe, l’enfant devra pouvoir se livrer à toutes les activités de son choix : jeux, lectures, etc. »[2]

En 2001, s’intéressant à l’emploi du temps des élèves dans les lycées, deux inspecteurs généraux de l’éducation nationale, Dominique Borne et François Perret, observaient un fait révélateur : « c’est le temps vécu par les élèves dont on essaye de rendre compte, le temps réel par opposition au temps légal, tel qu’il figure dans les documents officiels. Ceux-ci, en effet, donnent à voir l’emploi du temps des professeurs (la VS[3]professeur), l’emploi du temps de la classe (la VS classe), mais l’emploi du temps des élèves est un objet introuvable, non répertorié »[4].

En 2010-11, la conférence nationale sur les rythmes scolaires donne lieu à des mois de concertation, suivis de la remise d’un rapport de synthèse puis d’un rapport d’orientation, intitulé Des rythmes plus équilibrés pour la réussite de tous[5], proposant des mesures, pour « une semaine plus équilibrée » et « une année mieux distribuée ». On retiendra notamment pour la journée, l’amplitude journalière identique de 7 heures au moins pour écoliers et collégiens, avec une durée totale des cours de 5 heures par jour pour les écoliers et les collégiens de 6eet 5e, de 6 heures en 4eet 3e, avec une pause méridienne d’une heure 30 au moins. Pour la semaine, 9 demi-journées au moins de cours, et 23 heures d’enseignement maximum à l’école et en 6eet 5e. Pour l’année, 38 semaines d’école en 5 périodes de 7 à 8 semaines, 8 semaines de petites vacances d’une durée de 2 semaines chacune, 6 semaines de vacances d’été (avec une plage commune du 13 juillet au 15 août).

Quelques années plus tard, on mesure la timidité de la mise en œuvre de l’ensemble de ces recommandations, en dehors de la pause méridienne de 1 heure 30 inscrite dans la réforme du collège de 2016, et des 4 journées et demie hebdomadaire à l’école instaurées par Vincent Peillon en 2013[6], mais détricotées par Jean-Michel Blanquer en 2017[7].

Le chantier demeure donc entier, comme viennent de le confirmer les dernières données de l’OCDE.

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[1] OCDE (2019) Regards sur l’éducation 2019 : les indicateurs de l’OCDE, Editions OCDE, Paris,

https://doi.org/10.1787/6bcf6dc9-fr

[2] Allègre, Dubet, Meirieu, Le rapport Langevin Wallon, Mille et une nuits, 2003

[3] Validation de service

[4] https://www.education.gouv.fr/cid2000/l-emploi-du-temps-des-eleves-au-lycee.html

[5] https://www.ladocumentationfrancaise.fr/var/storage/rapports-publics/114000364.pdf

[6] Décret no 2013-77 du 24 janvier 2013

https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000026979035&categorieLien=id

[7]  Décret n° 2017-1108 du 27 juin 2017

https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000035022480&categorieLien=id

 

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