Projet scolaire des familles de collégiens : l’égalité des chances ?

La note d’information de la DEPP[1] se fonde sur une étude réalisée, de 2007 à 2011, sur un panel de 35000 élèves, pendant 4 ans à compter de leur entrée en 6e. Elle met en lumière des lignes de force concernant le projet scolaire familial et son évolution, et observe des corrélations entre la nature de ce projet et les caractéristiques sociales et culturelles des familles.

La note d’information datée de janvier 2016 de la DEPP[1] se fonde sur une étude réalisée, de 2007 à 2011, sur un panel de 35000 élèves, pendant quatre ans à compter de leur entrée en 6e. Elle met en lumière des lignes de force concernant le projet scolaire familial et son évolution, et observe des corrélations entre la nature de ce projet et les caractéristiques sociales et culturelles des familles, le genre et la place de l’élève dans la fratrie. 

Si, comme l’indique le titre de la note, « Seule une famille sur deux a décidé du projet scolaire de son enfant dès la sixième », la répartition des familles dans cette catégorie comme dans l’autre est nettement corrélée au niveau scolaire de l’élève et aux caractéristiques sociales et culturelles de la famille.

Il n’y a sans doute pas à première vue de quoi s’étonner qu’ «environ 70% des collégiens considérés par leur famille comme excellents élèves et encore la moitié de ceux jugés bons élèves s’inscrivent dans une trajectoire d’orientation les destinant à un bac général ou technologique (GT) dès la sixième. Une telle situation est nettement minoritaire quand le jeune rencontre des difficultés faibles ou importantes : respectivement un collégien sur quatre et un sur dix ont des parents qui font un tel choix ». On pourra toutefois observer que la difficulté scolaire, faible ou importante est donc considérée, dès l’entrée en sixième, comme une fatalité déterminante pesant sur le projet scolaire, oblitérant dès la sixième l’avenir de l’élève aux yeux de sa famille.

Il est en revanche frappant de constater que « la situation la plus fréquente– souhait en 2008 et en 2011 que l’enfant prépare un baccalauréat GT – est partagée par les trois quarts des familles de professions libérales et les deux tiers de celles d’enseignants et de cadres, mais seulement une famille d’ouvriers qualifiés sur quatre et une famille d’ouvriers non qualifiés et d’inactifs sur cinq (…) En 2011, une orientation dans l’enseignement professionnel est retenue, toutes situations de départ confondues, par seulement 6 % des parents exerçant une profession libérale et 9 % des cadres, alors qu’un tel choix s’observe parmi plus de 50 % des familles d’ouvriers non qualifiés et d’inactifs ».

Ce qui est particulièrement intéressant, c’est que cette inégalité des projets scolaires ne tient pas seulement au fait que les enfants de milieux favorisés seraient en meilleure réussite scolaire que les autres. En effet « à niveau scolaire et autres caractéristiques comparables, un collégien a d’autant moins de chances d’avoir des parents qui intègrent l’enseignement professionnel dans son projet de formation que ceux-ci sont cadres ou enseignants ». L’étude permet de constater que trois autres critères affectent la variation de projet de scolaire vers le baccalauréat général en 6e comme quatre ans plus tard : le niveau de diplôme de la mère, le nombre de livres présents au foyer, le niveau de revenus. « Le choix de l’enseignement professionnel ne dépasse pas 5 % quand la famille fait partie des 30 % de ménages les plus aisés alors qu’il est de 27 % lorsque qu’elle appartient aux 30 % de parents disposant des ressources les plus faibles ».

Le genre détermine à niveau scolaire égal le projet scolaire familial : si pour 75% des excellents élèves, le projet familial est une section S de lycée, cette orientation n’est souhaitée que pour 60% de excellentes élèves. Pour les bons élèves, la section S concerne 51% des garçons et 34% des filles. 

La place de l’enfant dans la fratrie joue également un rôle : « à niveau scolaire et autres caractéristiques familiales comparables, le lien entre le rang dans la fratrie et une orientation vers l’enseignement professionnel se dégage beaucoup plus nettement ».

La dernière observation de la note met en lumière un élément qui ne manque pas d’intérêt. D’une part, « a priori, peu de différences apparaissent entre les familles immigrées et non immigrées en matière d’aspirations scolaires au cours du collège ». D’autre part, « à situation familiale et scolaire comparable, les familles immigrées formulent des aspirations d’orientation qui reflètent une réticence importante envers l’enseignement professionnel. En particulier, les familles indécises, ou souhaitant une orientation en second cycle professionnel, font d’autant plus le choix quatre ans plus tard d’un second cycle GT qu’elles sont immigrées. Au cours du collège, les familles immigrées renforcent donc leur préférence pour cette voie d’enseignement». Il y a là, entre autres facteurs explicatifs, un lien sans doute avec la valorisation explicite de la voie générale par rapport à la voie professionnelle dans la représentation des personnels comme des parents de toutes origines, et peut-être une forme de résistance au séparatisme scolaire s’ajoutant au séparatisme social.

Cette étude montre que, si tout n’est pas joué au collège, tout ne s’y joue pas non plus. L’ambition de la réforme du collège mise en œuvre à la rentrée prochaine serait-elle d’ouvrir d’avantage aux familles des milieux populaires et à leurs enfants le choix de leur projet scolaire ? On pourra mesurer, par une étude analogue dans quelques années, si tel a été le cas.

 


[1] Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance,

http://www.education.gouv.fr/cid96999/seule-une-famille-sur-deux-a-decide-du-projet-scolaire-de-son-enfant-des-la-sixieme.html

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.