Rentrée 2016 : l’élève, son bien-être et l’égalité dans la réussite au centre ?

On ne revient pas bredouille du jeu du « quoi de neuf ? » appliqué à la circulaire de rentrée 2016. Ce serait plutôt une bonne nouvelle.

 

Devant un texte aussi long que la circulaire n° 2016-058 du 13-4-2016[1], la tentation existe de procéder par sondages lexicaux pour en faire ressortir les priorités. Ces sondages quantitatifs ne sauraient tenir lieu d’analyse qualitative mais peuvent offrir à celle-ci des indications utiles.

Ainsi quand un des trois axes de la circulaire est intitulé : une école qui fait vivre les valeurs de la République, il est tentant de vérifier quelle place est accordée aux valeurs de la devise républicaine. On ne trouve aucune occurrence de « liberté » et de « fraternité ».  Toutefois, si « fraternité » n’est pas employé, on note 2 occurrences de « solidarité » et 7 de « coopération ». En revanche « égalité »  est cité 5 fois, et « inégalités » 7 fois. Le principe de « laïcité » est cité 2 fois. Il faudrait également évoquer « inclusive », 6 fois employé pour qualifier l’école souhaitée, et « juste » 3 fois cité. On le voit à travers ce sondage lexical, la priorité est bien fixée sur la réduction des inégalités, un effort de justice par l’inclusion et la coopération. L’objectif de tout cela, c’est bien la « réussite de tous », citée avec le verbe « réussir » 24 fois.

Des trois premières composantes de la communauté éducative, les élèves, les personnels et les parents, les élèves arrivent en tête avec 130 occurrences, devant les parents (41 occurrences), les enseignants (30), les professeurs (6) et les personnels (12), soit 48 occurrences en tout pour l’ensemble des personnels.

Une analyse  qualitative peut tirer parti aussi de ce qui est nouveau dans un texte de cette nature, censé récapituler tous les éléments constitutifs de la politique éducative pour l’année scolaire à venir.

Parmi les nouveautés, certaines ne sauraient surprendre : elles tiennent à la mise en œuvre des réformes applicables à la rentrée prochaine. Il est donc normal que la circulaire attache toute son importance à la refonte complète des programmes de la scolarité obligatoire, comme à celle de l’organisation des enseignements au collège, ou à la mise en œuvre des quatre parcours éducatifs structurant la cohérence verticale et horizontale de leur formation : parcours avenir, parcours citoyen, parcours éducatif de santé, parcours d’éducation artistique et culturelle. De même, on ne sera pas surpris que l’éducation aux médias et à l’information, désormais explicitement introduite dans le socle commun et les programmes, soit citée et sa mise en œuvre dans « l’ensemble de disciplines » étroitement liée au « professeur documentaliste qui apporte son expertise et ses compétences dans ce domaine».

En revanche, il faut souligner l’accent mis sur « un cadre de vie apaisé qui met en confiance les élèves et les personnels» : « Un climat scolaire serein[2], garant de la sécurité de chacun, constitue la condition première de la réussite des élèves dans leurs apprentissages et des enseignants dans l'exercice de leurs missions. Il réunit les élèves et les équipes autour d'une culture de coopération, de solidarité et d'attention portée à autrui ». L’approche s’enrichit, en mettant l’accent également sur l’environnement scolaire, de manière jusqu’ici inédite. « L'environnement scolaire, qui relève de la responsabilité de toute l'équipe éducative, influe sur l'hygiène, la santé et le bien-être individuel et collectif des élèves. À ce titre, la question des sanitaires ( en gras dans le texte, NDR) mérite d'être appréhendée par les équipes éducatives dans une approche globale de l'hygiène, de la santé individuelle et collective, mais aussi éducative. Il s'agit de développer chez les élèves la capacité à prendre soin d'eux-mêmes, à respecter les règles du vivre-ensemble et les lieux qu'ils utilisent. Cette approche doit être reliée à la promotion de la santé et au sentiment d'appartenance à l'établissement. Cela peut faire l'objet d'une réflexion au sein du comité d'éducation à la santé et à la citoyenneté (CESC), de la commission d'hygiène et de sécurité (CHS), du conseil de la vie collégienne (CVC) et du conseil de la vie lycéenne (CVL). Des actions éducatives et pédagogiques peuvent ainsi être élaborées et la mise en place d'un projet doit supposer un travail commun de l'ensemble des acteurs concernés : élèves, parents, équipes éducatives et pédagogiques, équipe de direction, assistants de service social, agents, infirmiers et médecins, voire représentants de la collectivité territoriale».

On ne peut que se réjouir de voir enfin explicitement abordée une priorité trop souvent laissée en jachère dans trop d’établissements scolaires. Comment peut-on prétendre éduquer les élèves et réduire les absences quand ceux qui passent la journée au collège ou au lycée, n’ont pas de quoi se laver les mains, ce qui, en période d’épidémie, est un facteur notablement amplificateur ? Comment des élèves peuvent-ils se sentir bien dans leur établissement, quand les installations sanitaires sont fermées pour cause de dégradations ou dans un état repoussant ? Il y a là un élément explicatif sans doute du fait que, parmi les élèves des pays de l’OCDE, les  français étaient en 2012 ceux qui se sentent le moins « chez eux à l’école[3] ». Il est heureux que la circulaire de préparation de rentrée fasse de cet objectif l’occasion d’un travail commun, fédérant l’ensemble de la communauté éducative, mis à l’ordre du jour de ses instances consultatives et délibératives, et dont la traduction dans la réalité du quotidien des élèves est gage de qualité des apprentissages et d’un sentiment d’appartenance renforcé, mobilisateur pour la scolarité.

« Une circulaire de rentrée peu fonctionnelle » titre Le Café pédagogique[4] du 15 avril. Doit-on attendre d’une circulaire de rentrée qu’elle fixe non seulement des objectifs généraux, mais qu’elle dise également comment y parvenir, au détriment du respect de l’autonomie de chaque établissement et du contexte de chaque académie ? Il y aurait là un travers maintes fois pointé dans de précédentes circulaires, que la circulaire 2016 tente d’éviter. Si elle n’a pas échappé au risque de la longueur, elle a du moins contourné celui du commandement bureaucratique. On ne peut que s’en réjouir.


[1] http://www.education.gouv.fr/pid285/bulletin_officiel.html?cid_bo=100720

[2] http://eduscol.education.fr/cid78038/guide-agir-sur-le-climat-scolaire-au-college-et-au-lycee.html

[3] OECD.  (2014), « Engagement à l'égard de l'école et au sein des établissements », dans OECD. , Résultats de PISA 2012 : Des élèves prêts à apprendre (Volume III) : Engagement, motivation et image de soi, OECD Publishing, Paris.
DOI : http://dx.doi.org/10.1787/9789264205345-7-fr

[4] http://www.cafepedagogique.net/LEXPRESSO/Pages/2016/04/15042016Article635963019582757364.aspx

 

 

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