Pénalisation des fautes à l’écrit et élitisme

Est-ce faire progresser l’inclusion à l’université que de ne plus sanctionner orthographe et ponctuation dans les travaux écrits des étudiants ? La réflexion d’universités anglaises semble n’avoir fait qu’une partie du chemin. La lutte contre l’élitisme ne saurait se borner à entériner une inégalité culturelle de fait.

C’est Le Figaro Etudiant[1]  qui attire l’attention sur les recommandations données aux enseignants des Universités de Hull et Worcester, rapportées par le quotidien  The Telegraph. Considérant que « certains étudiants, notamment ceux qui viennent d’écoles moins compétitives, dont l’anglais n’est pas la première langue ou qui souffrent de certains handicaps, peuvent se décourager », il est conseillé de rendre l’université de Hull plus inclusive en portant l’attention sur la qualité des idées et des connaissances des étudiants plutôt que sur celle de leur expression. A Worcester, il s’agit de « d’accorder plus d’importance à ce que l’étudiant a compris, qu’à son orthographe ou encore, sa maîtrise de la ponctuation ». Cela est plus juste, argumente-t-on, pour ne pas pénaliser les étudiants issus de milieux défavorisés ou frappés de dyslexie.

Il y a là, à n’en pas douter, de fort bonnes intentions. Mais il faut aller plus loin.

Première question. Est-ce parce que l’étudiant n’aura pas été pénalisé par son orthographe ou sa syntaxe approximative qu’il ne le sera pas lorsqu’il s’exprimera à l’écrit pour solliciter un emploi ?

Deuxième question. Peut-on aussi aisément que cela départager le fond et la forme d’une pensée, ou d’un raisonnement ? Si l’on souhaite que les étudiants, quelle que soit leur origine sociale ou territoriale, quel que soit leur bagage culturel et linguistique initial, accèdent à une formation qui les dote de la culture nécessaire pour s’épanouir  au 21e siècle, il faut leur faire acquérir les instruments d'expression les plus précis et les plus fins de leur pensée.  Si on ne s’attache pas à cet objectif, on prend acte d’une inégalité culturelle qu’on renonce à combattre. Et on se résigne aux conséquences futures de ce renoncement.

Troisième question. Pourquoi toujours penser les questions d’orthographe et de syntaxe sous la forme de sanction des « fautes », et non pas de valorisation des réussites ? Nous sommes particulièrement formatés, en France, par l’épreuve longtemps reine de la dictée (de celle du certificat d’études primaires à celle de Bernard Pivot en passant par celle de Prosper Mérimée), où exceller est un gage de distinction quasi absolue. Mais, heureusement, on a depuis longtemps mis en œuvre de vraies formes d’évaluation orthographique et syntaxique, qui cherchent non pas à traquer les fautes et à ne comptabiliser qu’elles, mais à valoriser, dans un écrit, chaque réussite obtenue (accord de genre et de nombre, du verbe avec ses sujets, bonne ponctuation,  passage à la ligne bienvenu…) dans le cadre d'objectifs d'apprentissage explicites.

Si, à partir d’un diagnostic initial, on dégage des priorités d’apprentissage orthographique et syntaxique, l’élève ou l’étudiant sait que, dans ses prochaines écrits, seront valorisées les mises en oeuvre réussies de telle et telle règles.

Plutôt que de penser que tout s’en va, et d’abord l’orthographe, dont on imagine à tort que tous les candidats au certificat d’études la maîtrisaient, il vaut mieux voir dans cette démarche d’universités anglaises l’amorce d’une réflexion sur l’inanité d’un apprentissage par la sanction, réflexion qui mériterait d’aller plus loin que le simple renoncement à faire de tous les étudiants des maîtres de leur langue d’enseignement et de formation. Il y a, en effet, une meilleure façon de combattre vraiment l’élitisme.

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[1] https://etudiant.lefigaro.fr/article/penaliser-les-fautes-a-l-ecrit-une-pratique-elitiste-selon-une-universite-anglaise_49c10ce2-9b96-11eb-9e49-b1d6452cf4f9/

 

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