Formation professionnelle : à l’international, quels enjeux communs ?

Le dossier de la RIES sur la formation professionnelle et l’employabilité fait ressortir la diversité des situations selon les pays et les continents, mais aussi un impératif commun : celui de la maîtrise par tous d’une culture générale commune, garante d’un accès ouvert à l’emploi.

Le numéro 71 de la Revue internationale d’éducation de Sèvres[1] consacre son dossier, coordonné par Christian Forestier[2], à la formation professionnelle et l’employabilité. On pourra tirer des onze contributions venues d’Afrique (Côte d’Ivoire, Maroc), d’Amérique (Colombie, Québec), d’Asie (Chine, Singapour et Philippines), d’Europe (Allemagne, Italie, Pologne et France) ainsi que de l’OCDE, deux lignes directrices. D’une part, la mondialisation de la formation professionnelle est une réalité qui se renforce. D’autre part, malgré des problématiques communes, les pays apportent des réponses différentes. Enfin, au travers de cette diversité se dégage un enjeu commun : celui de la maîtrise des compétences fondamentales.

Ecrire que la question de la formation professionnelle et de l’employabilité se mondialise, c’est sans doute partir d’une donnée brute : les 39 millions de jeunes  de 16 à 29 ans qui, dans les pays de l’OCDE, sont sans emploi, ni étude ni formation ; ils sont 5 millions de plus en 2015 qu’avant la crise de 2008. La question est posée sans ambages par la contribution polonaise[3] : « quelle relation entre formation et chômage ? » Si l’on observe à travers le monde une tendance à concevoir les formations professionnelles hors enseignement supérieur comme des voies destinées aux élèves en difficulté par rapport aux vois générales de formation, en dehors de notables exceptions comme l’Allemagne et la Suisse, on observe aussi désormais que sans maîtrise des compétences fondamentales, l’employabilité est impossible, en dehors du secteur informel des pays émergeants. L’article colombien[4] apporte au débat sur ce point une contribution importante : plus on sépare la formation professionnelle de l’enseignement général secondaire, plus on isole ce dernier du monde du travail, ce qui retentit sur l’employabilité des diplômés du général.

La lecture des différentes contributions témoigne de la diversité des politiques suivies dans ce domaine. La diversité porte sur deux points essentiels : le pilotage politique et le rôle confié aux entreprises.

On notera, par exemple, contrairement à une idée reçue, que le rôle de l’Etat est plus fort en Pologne ou au Québec qu’en France, en ce qui concerne l’adaptation des flux de formation aux besoins socio-économiques. En France, les branches professionnelles jouent un rôle plus important. Les pays se partagent également sur la question d’une formation professionnelle in vivo (dans l’entreprise) ou in vitro (dans l’enseignement professionnel). En Allemagne, par exemple, l’engagement des entreprises dans le dispositif de formation professionnelle duale est essentiel. Pour un pays émergeant comme la Côte d’Ivoire[5], l’alternance est la « solution alternative fiable de la formation professionnelle ». Mais la tendance est à la réduction des écarts entre les modalités selon les pays, avec l’accroissement, dans l’enseignement in vitro de périodes de formation in vivo : on l’observe notamment en France, comme en Italie où se développe l’alternance entre l’école et le monde du travail. De même on observe une convergence dans la complémentarité, mise en avant à Singapour et aux Philippines[6], entre « la formation préalable à l’emploi et la formation continue ».

Quant au pilotage politique, il n’est en aucun cas du seul ressort de l’Etat, mais partagé le plus souvent avec les partenaires sociaux (employeurs mais aussi employés). En Allemagne, par exemple, le pilotage est ainsi quadripartite : Etat, länder, employeurs, employés.

La nécessité pour la formation professionnelle de reposer sur un socle de connaissances et compétences générales est telle que l’enquête de l’OCDE portant sur les compétences professionnelles des adultes (PIAAC[7]) semble un décalque de l’enquête PISA[8] pour les élèves de 15 ans : on y mesure en effet leur littératie ( capacité à interpréter les textes écrits), leur numératie (capacités mathématiques) et leur compétences numériques (savoir trouver, interpréter et analyser des informations dans un environnement numérique).

La contribution de l’OCDE[9] ouvre quelques perspectives dont certaines peuvent ressembler à des vœux pieusement -et vainement ?- répétés comme « rehausser la valorisation des filières professionnelles » et d’autres plaider sans surprise pour le développement du in vivo, comme « renforcer l’apprentissage en milieu professionnel ». Mais d’autres encore, pour ne laisser personne au bout du chemin, préconisent de « développer les programmes dits de « seconde chance » » et de « créer des parcours de réussite pluriels et flexibles », comme la Suisse avec ses doubles diplômes combinant qualification professionnelle et qualification d’entrée à l’université, l’Allemagne ou les Pays-Bas.

A travers ce dossier on mesure mieux encore et la diversité des modalités de formation professionnelle selon les pays et l’enjeu partagé que constitue la maîtrise d’un socle commun de culture par tous les élèves, préalable à leur entrée dans des parcours de formation diversifiés, assurant ainsi leur insertion sociale et professionnelle.


[1] https://ries.revues.org/

[2] Chargé de mission sur la formation professionnelle à la Conférence des présidents d’université, il a été auparavant notamment administrateur général du CNAM, membre du haut conseil d’évaluation de l’école puis du haut conseil de l’éducation, recteur d’académies, directeur des lycées et collèges puis des enseignements supérieurs, président d’université.

[3] Symela, Krzysztof, Une réforme systémique de la formation professionnelle : le cas de la Pologne

[4] Escobar, Paula &Lopez, Juliano, Comment mieux prendre en compte les besoins économiques ?  Enseignement supérieur et formation professionnelle en Colombie

[5] Gbato, Maninga, Construire un système de formation professionnelle : l’expérience ivoirienne

[6] Ramos, Catherine & Gopinathan, S. La formation professionnelle et continue au service de l’employabilité à Singapour et aux Philippines.

[7]  Programme pour l'évaluation internationale des adultes http://www.oecd.org/fr/sites/piaac-fr/

[8] https://www.oecd.org/pisa/

[9] Charbonnier, Eric & Jamet, Stéphanie, Formation professionnelle et employabilité dans les pays de l’OCDE : promesses et défis

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